‹ James Ensor, peintre & graveurChapitre 60 sur 81 · LE PRIX DE ROME · texte numérisé non relu

LE PRIX DE ROME

(( Depuis trois ans les contorsions épileptiques de M. D. s'exaspèrent : culbutes triboulinesques sans nom, prurit de Turlupin exaspéré, agonie

bavocheuse et rancunière, bagarres fielleusesr foudres de zinc, épistoles de mauvais aloi, etc.r etc.

a Le Prix de Rome ajoute un complément singulier à ce vacarme superficiel Depuis, le tapage a dépassé les limites connues. A grands coups de casserole, M. D. a brûlé ses vaisseaux, sa phalange fracassante croit tracer dans la lavasse symbolique un sillage immaculé. M. D. s'y mire en ÎNarcisse ambré éjaculant la violente céruse ennemie du colon, le vert de zinc, l'ambroisie au soufre, la gelée de momie scatologiquement bistrée, la sienne brûlée, le bleu minéral, les antinomies rebelles, le stil de grain jaune et autres casse-rétines des plus violents.

a Composé bizarre, M. D. semble plutôt joaillier clinquant ou orfèvre creux ; la moindre chiquenaude le fait résonner comme une cloche fêlée. A l'inverse du chat, M. D. retombe sur le crâne; ses culbutes témoignent surtout une

grande souplesse, et nous voyons sans étonnement le peintre de la Terre et de l'Accouchée baiser la robe des vierges botticelliennes, s'attacher à la queue des mages ou se creuser le cervelet pour en tirer, à l'instar de Jupin, quelque Minerve enferraillée portant sur l'égide, non l'oiseau de la sagesse, mais la pie jacassant follement, éprise de clinquant.

(( Certes, les plaisants symbolistes se gorgent de fiente botticellienne, ce n'est pas à M. D. que l'on pourrait reprocher cet esprit de suite. C'est de Bertholet Flemalle qu'il s'inspire; son concours de Rome le prouve évidemment. Personnages boursoufflés, négation absolue de coloris, manque complet de qualités flamandes, etc., etc.

(( Disons-le en peu de mots : la banalité suinte de sa composition, du Christ gonflé aux larges pieds plats, des prêtres blindés, enclumeux, grinçants comme scie ébréchée; des juifs au jus de chique; des enfants à bedaine matronesque. Population métallique, vraie mine de zinc. Le coloris ne surpasse pas celui de M. van P., classé second. Ce drolatique concurrent détient le record du jaune safran et Isabelle et surpasse M. D. dans la confection des christs de bas étage, bons à déshonorer un calvaire de village.

u M. J. leur est hautement supérieur; c'est le troisième. Ses qualités de coloriste manqueront toujours à M. D.

M. Gogo, comme son nom l'indique, *est naïf — et intéressant.

a A remarquer parmi les envois une composition peu académique, aux figures enlevées sur fond très clair.

u Pour en revenir à M. D., son -cas est exceptionnel. Le bienveillant éclectisme philosophique s'efface devant lui.

u II appelle les roides vérités.

a M. D., portant sur son écu une vesse d'azur sur champ d'asperges, nous laisse indifférents.

« Mais ses gigotements et danses systématiques, et ses récentes pétarades de pur fiel idéaliste lancées in-

tempestivement à la figure de nos beaux peintres, c'est une grosse affaire ; les suffisances matamoresques appellent la finale crevaison grenouillère.

u M. D. goûtera peu cette appréciation, bien qu'elle soit sincère et spontanée. Elle est d'ailleurs sans appel.

« N'agaçons pas trop M. D.

a L'agitation stérile aiguise les mauvais sentiments. »

Le clan des peintres ésotériques se déchaîna contre le critique. On le traita de fou. Mais comme lui-même avait pris les devants en se qualifiant de la sorte dans une de ses eaux-fortes, les contorsions de ses ennemis ne firent que l'amuser. On le vit rire dans sa barbe frisée pendant tout un mois, rêvant d'exécutions capitales.

Ses articles sont parents des estampes intitulées : Mauvais Cuisiniers (de littérature), Mauvais Médecins, Mauvais Juges, qu'il venait de publier quelques temps auparavant.

Cependant il faisait toujours la joie de ses camarades, s'oubliant avec eux jusqu'au matin en de nombreuses ribotes. Bien qu'il fût plus âgé qu'eux, il n'était pas le moins gai. Son âme ou du moins certains aspects étaient restés jeunes. C'est un grand enfant plein de naïveté, de tendresse et de délicatesse, mais il n'aime guère à s'avouer, et,

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