‹ James Ensor, peintre & graveurChapitre 80 sur 81 · LE VERGER · texte numérisé non relu

LE VERGER

Voyez ses Masques qui se chauffent devant un poêle éteint. Eh bien ! ils n'ont pas froid. Le poêle est si exactement peint du rouge violacé de la fonte brûlante qu'ils y tendent la paume de leurs mains et qu'ils ont chaud. On vous défie de saisir, sur leurs traits de carton enluminé, l'expression de la moindre désillusion!

Observez ses Masques enjuponnés. Ils sont assis en rond, boivent du café et, si je m'en souviens bien, sucent du sucre candi. Que leur chaut, la mort ni sa faulx passant à la porte entre-bâillée?,. . Pifs et mentons de Polichinelle, malgré la mort, aiment le café sucré.

<( EX cpae Jcs cataclysmes, les cataractes, les catastrophes et autres « cata» catarrhent ! » s'écrient des bandes de drilles costumés et masqués, et de chie-en-lit endiablés dansant leur charivari sous un ciel chargé d'ossuaires, de pestes noires et de glauques typhus. « En attendant, il faut vivre ! »

Sages paroles des masques multicolores ! Pour ce propos sublime, je proclame notre peintre d'Ostende le père des masques, un profond philosophe doué d'une âme banderolée et d'un cœur tonitruant. Il a senti l'importance débordante de l'apparence; il s'est fait, dans la vie, le serviteur de la fantaisie. Prodigieuse découverte, suprême dextérité ! Cet esprit leste et falot, M. James, s'est formulé : la supériorité de l'inattendu dans l'univers; la régularité de la surprise ; la loi du caprice; la perspicacité de la folie!... Il s'assoit dessus !

sur les raisons carrées, et il fait la nique à l'inconnaissable, parbleu! A coups de batte et de vessies gonflées, il houspille la réflexion, cogne la précaution, met a mal la prudence et fausse la mesure... La Vérité? quelle

pru

maigre vertu !

Comme des masques dans la rue, n'est-ce-pas ? la vie ainsi nous emporte... Sur les ondes des parfums, des sons, des couleurs, et la nouveauté plaisante des formes, les hommes se transmettent, du fond obscur des millénaires, le fardeau de l'existence. Les épines de la faim, les fouets du désir nous secouent chaque matin et nous poussent en avant. Et nous allons, parce qu'il y a des images sur là route, nous allons a la mort en riant! — Pourquoi soulever les masques? Pourquoi découvrir l'ordinaire et plate laideur des visages qu'ils blasonnent? Que ferions-nous de ces vérités nues et horribles? Laissons les masques! Le plus heureux, le plus homme des pauvres hommes, c'est celui dont le cœur retentit du plus de musique, dont les yeux se réjouissent du plus de couleurs, sous le plus de déchirures d'épines et de lanières de fouet...

Pour vivre si jalousement parmi les géants, les diables et les masques, toutes choses extra-humaines, James Ensor est un peintre profondément humain.

LOUIS DELA TTRE.

ÙNGE exterminateur

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