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Plaines, champs, prairies, landes, marais, etc.
Sans doute ces aspects que nous avons étudiés, et dans lesquels la nature se montre sublime et surhumaine, sont ceux qui sollicitent le plus justement l'effort d’un grand artiste. Ils ne sont pas peut-être ceux dont l’interprétation nous révèle le plus sûrement chez l’écrivain un sentiment pénétrant et sûr du monde visible. Il faut plus de délicatesse de perception et une sensibilité plus fine pour goûter et pour traduire le charme d’une scène simple et familière, d’un panorama sans accidents grandioses, d’un paysage de plaine. C’est la pensée qui se dégage des vers où Sainte-Beuve, observateur à coup sûr capable de tout comprendre, déclare choisir pour son domaine les aspects les moins imposants de la nature :
« Laissons Chateaubriand. < ne rien demander
Due dontendié F4 foudre en longs éclats gronder,
Ou mugir le lion dans les forêts superbes.
Bien ; il faut l’aigle aux monts, le géant à l’abime,
Au sublime spectacle un spectateur sublime.
Moi, j'aime à cheminer et je reste plus bas.
Dos des rocs, des forêts, des fleuves? Oh! non pas,
Mais bien moins; mais un champ, un peu d’eau qui murmure, Un vent frais agitant une frêle ramure;
L'étang sous labruyère avec le jonc qui dort. »
Thomson qui, nous l’avons vu, a montré, dans la description de quelques-uns des grands tableaux, une admirable maestria, Thomson est aussi le peintre épris des simples beautés de la terre, des grandes plaines couvertes de gazon, ou des champs de blé ondulant au souffle du vent. Il connaît et il retrace le charme dé ces paysages, dont l’uniformité a aussi sa grandeur. Il les a vus et il nous les montre sous tous leurs aspects, aux différentes heures du jour et aux différentes saisons. Les descriptions qu'il nous en donne ont une franche saveur et un véritable parfum rustique :
« Oh! loin de la ville enfumée,.… errer par les champs
« mouillés de rosée où tout est fraicheur! et, des buissons « courbés, faire jaillir les gouttes tremblantes, à mesure que € j’avance dans le vert dédale des haies de chèvrefeuille! sentir « l’odeur des étables! gravir quelque éminence et de là voir « la campagne, aussi loin que l’œil peut atteindre, épanouie « comme sous une pluie de fleurs mêlées, blanches et « rouges !. »
Évidemment ce sont là des tableaux qui l’attirent plus que les violences superbes de la mer ou l’écrasante grandeur des montagnes. Il y revient avec une complaisance manifeste. C’est devant une de ces scènes au charme discret, qui plaisent sans étonner, qu’il veut parler d'amour à la femme aimée. « Viens «et promenons-nous longtemps en ce lieu où la brise nous « arrive après avoir franchi ce champ de fèves en fleur. « L’Arabie n’a pas de plus suave parfum... Viens et que ton « pied ne dédaigne pas la prairie, toute couverte d’une fraiche « verdure et de fleurs innombrables, parure spontanée de la « Nature ?. » — Ets’adressant encore à son Amanda : « Parcour- « rons-nous la prairie souriante? ou bien nous promènerons- « nous au hasard dans les champs où ondulent les moissons °°? » S'il finit par proposer à son amie une ascension modeste ‘, c'est pour lui faire admirer, du haut de la colline de Richmond, un riche panorama « dé collines, de vallées, de bois, de € champs, de clochers, de villes brillantes et de cours d’eau « dorés, jusqu’au point où l’immense paysage se perd dans la € brume‘ ». — Dans cette description même, ni l’amoureux, ni le peintre ne font entièrement disparaître le fils des champs, élevé parmi les rudes laboureurs. La pensée des richesses promises s’associe pour lui, devant ce paysage d'été, au charme des couleurs chaudes ou riantes, comme elle s’associait au ravissement de la campagne couverte de fleurs au printemps.
1. Spring, v. 100-110. — 2. Ibid., 491-504. — 3. Summer, 1403-1406.
4. Un des premiers commentateurs et critiques des « Saisons », J. More, a fait cette remarque que jamais Thomson ne décrit une scène un peu vaste sans avoir au préalable amené le spectateur ou le lecteur jusqu’à un point élevé. (Voir More’s Sérictures, et The Monthly Review, vol. 58 (année 1188) p. 286, 287.)