Summer
€ où brille la rosée, dans ce champ où les fleurs se mêlent en € liberté, le Printemps aux mains de fée déploie toutes ses « beautés. Il sème d’abord le perce-neige et le crocus, la « pâquerette, le coucou, la violette d’un bleu sombre et les « teintes infiniment variées de la grande primevère, puis la € jaune giroflée aux taches de rouille, et le violier prodigue € qui parfume tout le jardin. Des douces ailes des brises € printanières tombent encore les anémones, les oreilles d’ours « dont une poussière brillante recouvre les pétales de velours ; « et la renoncule à la ronde corolle d’un rouge éclatant. Puis « vient la tribu des tulipes dont la beauté se plaît aux vains « caprices : passant d’une famille à une autre, selon le vol du « pollen fécondant, les couleurs se répandent variées ;... aucune « fleur n’est absente de toutes celles qui tour à tour éclosent, « depuis le premier bouton du Printemps jusqu'aux fleurs « musquées de l’Été. Voici les jacinthes, du plus pur blanc € virginal, qui se penchent très bas et dont le sein rougit; les « jonquilles au puissant arome; le beau narcisse qui, comme « au temps de la fable, s’incline toujours au-dessus de la fon- « taine, et les œillets, ceux-ci larges et rouges, ceux-là gaie- « ment mouchetés; et de tous les buissons tombe la rose de € Damas. Leur nombre est infini; infinis leurs délicatesses et « leurs parfums; les mots ne sauraient peindre leurs teintes « superposées; elles sont l’haleine de la Nature et son éclat « éternel !. »
Quel jugement porter sur cette page? M. Ruskin, je le crains, l’apprécierait sévèrement. Il y trouverait peu de cette imagination qui pénètre sous les apparences et va jusqu’à la vie profonde des choses. Ces fleurs sont de bien humble essence si nous les opposons à ces joyaux vivants de Milton ou de Shakespeare que le grand critique a comparés avec une ingénieuse subtilité ?. Elles n’ont pas la noble tristesse, ni l’âme altière et