‹ James ThomsonChapitre 123 sur 294 · Winter · texte numérisé non relu

Winter

F3, Les vers 154 à 164 du « Printemps » ont pris la place du passage suivant :

« High from the summit of a craggy cliff Hung o’er the green sea, grudging at its base, The royal eagle draws his young, resolved To try them at the sun. Strong-pounced, and bright As burnished day, they up the blue sky wind. »

la tâche possible, et il ne la tente point ‘. Est-il certain que les « coloristes » les mieux doués y puissent réussir? Les descriptions de la langue peuvent-elles jamais placer sous nos yeux les couleurs d’une scène ou d’un tableau, ou l’exacte nuance d’un ton particulier? Voyons comment y réussit tel peintre-poète :

« L'ensemble éblouissant de ces vives couleurs... Où le jaune-citron, l’orangé, l’incarnat,

Le lilas, l’outremer, l’azur et le grenat,

Tous les tons violents, toutes les notes franches Eclatent au milieu des grandes masses blanches ?. »

Ces vers peuvent-ils nous suggérer une image de la moindre netteté? la réalisation du tableau ainsi esquissé ne peut-elle pas

1. Son ami et son élève, Savage, a élé plus audacieux. Les « Saisons » ne renferment pas une observation de couleur aussi compliquée que celle-ci :

« There blue-veild yellow, thro ? a sky serene, In swelling wixture forms a floating green; Streaked thro’ white clouds a mild vermilion shines, And the breeze freshens, as the heat declines. » (The Wanderer, Canto V, v. 233-256.)

2. JuLes BRETON, OEuvres poétiques : le Pardon de Sainte-Anne-la-Palud. Il s’agit d’une scène dont le peintre s’est plus d’une fois inspiré et en particulier pour une de ses toiles les plus importantes : le Pardon de Kergoat. Mais l’énumération des couleurs par l'écrivain ne reproduit guère l'effet obtenu par le peintre.

Un autre exemple nous est fourni par le petit poème Grongar-Hill, cette réduction des « Saisons » qui, par une si curieuse coïncidence, paraissait quelques mois avant l « Hiver ». L’auteur, Dyer, était, comme notre Jules Breton, un peintre doublé d’un poète. L’œuvre commence par une invocation à la nymphe qui colore la nature. Mais tout le coloris de l’écrivain se réduit à des effets tels que celui-ci :

« Below me trees unnumbered rise, Beautiful in various dyes :

The gloomy pine, the poplar blue,

The yellow beech, the sable yew,

And beyond a long and level lawn,

On which a dark hill, steep and high, Holds and charms the wandering eye. »

Il y a une incontestable fermeté d'observation dans la description; mais que dire des effets de couleurs? Ils ne sont pas plus complexes que chez Thomson et ils sont moins justes. L’œil exercé de l’observateur a noté une valeur un peu bleutée dans le vert du peuplier, un peu jaunâtre dans celui du hêtre; et alors exagérant cette exacte notation, ne voyant plus la teinte dominante mais seulement l’élément de distinction qui s’y mêle, il déclare bleu l’un de ces arbres et l’autre jaune. N'est-ce pas ainsi que se peuvent expliquer ces étrangetés de coloration qui, dans certaines peintures, déconcertent les profanes?

produire aussi bien un barbouillage cru et déplaisant qu’une peinture d'harmonie éclatante comme le tableau qu'avait vu Jules Breton”?

L'écrivain peut-il mieux réussir à rendre l’effet d’une nuance spéciale, rare et subtile? Le vocabulaire de la langue s’y prête mal, mais une ressource y peut suppléer, c’est la comparaison avec un autre objet de nuance semblable et déjà connu. Cest le procédé dont se sont servis ceux des poètes de notre siècle qui ont visé surtout à ces effets de couleur. Excellent s’il reste discret, il ne tarde pas, entre les mains d’un virtuose trop habile, à devenir la raison même et la fin de la description. Notre attention se porte alors sur l’ingénieux rapprochement de l’auteur, plus que sur l’objet qu’il s’agissait de peindre. Plus la comparaison est habile, c'est-à-dire imprévue et cependant exacte, plus grande est notre admiration de l'artiste, mais plus faible aussi l'impression provoquée en nous par l’imagination de l’objet lui-même qui a fourni l’occasion de ces variations brillantes. 11 nous semble que tel est bien le caractère de la plupart de ces pièces de Théophile Gautier, auxquelles conviendrait mal le nom de description, et où le poète-peintre a voulu fixer les teintes les plus délicates par une série de comparaisons accumulées !.

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