Celle entre autres qui désigne ainsi les poules
« Et les oiseaux privés, dont le chant entendu Avertlit l'homme à jeun du fruit qu’ils ont perdu. » (La Chute d'un Ange.)
A. de Vigny, si plein de raillerie pour ces préjugés littéraires qu’offusquait le mouchoir d’Othello, imagine lui-même, pour parler d’une chemise, de bien ingénieuses périphrases :
« Dolorida n’a plus que ce voile incertain, Le premier que revêt le pudique matin, Et le dernier rempart que, dans sa nuit folâtre, L'amour ose enlever d’une main idolâtre. »
(Livre Moderne. Dolorida.)
Si Delille avait eu à parler du quadrille des lanciers, l’aurait-il fait en termes plus alambiqués que ceux-ci?
« Le signal est donné, l’archet frémit encore, Elancez-vous, liez ces pas nouveaux Que l'Anglais inventa, nœuds chers à Terpsichore, Qui d’une noble chaîne imitent les anneaux. » (Livre Moderne. Le Bal.)
khh JAMES THOMSON.
« intrépide ! ». Tous les hôtes de la ferme sont ainsi décrits et nommés sans fausse honte : le canard aussi bien que le cygne, le dindon à côté du paon ou du pigeon *. Les pages du poème sont pleines de descriptions aussi éloignées que possible de cette langue contournée, molle et vague que produit l’abus des périphrases. Qu'on se rappelle cette scène de l’ « Été » qui nous montre tous les animaux accablés par l’ardeur du soleil, depuis « la corneille, le freux et la pie qui se dirigent d’un vol pares- « seux vers les chênes devenus gris » jusqu’au chien de la ferme qui « dort étendu tout au long jusqu’à ce que, éveillé « par une guêpe, il la happe brusquement * ».
A lire le poème nous ne pouvons nous défendre aujourd’hui de remarquer surtout ces passages où l’écrivain semble, selon le mot de Pascal, s’ingénier « à masquer la nature et à la déguiser ». Mais si nous replaçons les « Saisons » au temps où elles ont été écrites, nous saurons gré au poète de s’être souvent affranchi du mauvais goût régnant. Nous remarquerons alors davantage tant de descriptions d’une langue si simple et d’une saveur si franche, comme la baignade et la tonte des moutons *, comme la fenaison * ou la moisson °, comme tant d'autres scènes où Thomson écrit avec son instinct naturel et que ne gâtent pas de fâcheuses élégances.
Personnificalion et allégorie. — Au même degré peut-être que la périphrase, la personnification est considérée comme un des procédés caractéristiques de la poésie classique au XvIIre siècle. Pour ce qui est de l’Angleterre, il y a là quelque injustice. L'école ne mérite pas tout entière de porter la responsabilité d’un travers qui sans doute a sévi sur beaucoup. Les maîtres du commencement du siècle sont, plus qu'on ne serait tenté de le croire, exempts de cette affectation. Pope en use assez peu. Non seulement dans ses poèmes de discussion rimée, épitres ou satires, mais même dans ses œuvres descriptives ou pathétiques, il est sobre de ces effets ambitieux 7. Plus rares encore, on le croira sans peine, sont
À. Spring, 111-1713. — 2. Ibid., 765-787. 3. Summer, 224-236. — 4. Ibid., 310-400. — 5. Ibid., 352-369. — 6. Autumn, 151-169.
1. Pas une seule personnification dans les quatre Pastorales des « Saisons », sauf ces métaphores banales d’arbres qui versent des larmes. d’ambre, ou de fleurs qui s'associent à un deuil mortel. — Deux personnifications bien caractérisées dans Héloïse el Abélard (v. 163-170 et v. 299). — Il y en à un plus grand nombre dans la « Forêt de Windsor »; mais