‹ James ThomsonChapitre 187 sur 294 · Spring · texte numérisé non relu

Spring

4. Wilson (Christopher North). Voir Blackwood's Magazine, t. XXVNII p. 872. Il est vrai que l'embarras du critique est aggravé par une étrange inadvertance. Il a lu au 6° vers de l’« Été » : « The turning Spring averts his blushful face ». En réalité le texte porte « her blushful face ». Ici comme

Ce brillant prélude avec sa flottante allégorie éveille en quelques traits heureux les impressions de beauté, de richesse et de joie qu’a voulu suggérer le poète. On peut douter qu’une figure plus arrêtée y eût aussi bien réussi.

En dépit de l'opinion de Hazlitt ! qui reproche à cette figure du Printemps son insuffisance, nous ne sommes pas loin de croire que ces personnifications imparfaites sont les meilleures. Rien n’est plus dangereux que ces allégories précises et minutieuses qui multiplient les concordances entre la notion abstraite et la représentation matérielle qui en est imaginée. Des écrivains de talent et de goût arrivent, dans cette voie, aux plus puériles et aux plus étranges abus ?. En tout état de cause, ces rébus compliqués s’accordent-ils avec la véritable inspiration poétique? Notre admiration doit-elle faire grand cas de l’adresse avec laquelle le poète introduit dans le cadre de son allégorie les attributs divers qu’un peintre ingénieux peut prêter à l’idéal personnage? I1 y a là un danger que Gray lui-même, cet artiste consommé, n’a pas toujours évité. Ses per-sonnifications contribuent à donner à son œuvre un caractère un peu pédantesque et comme l’odeur de la lampe. Collins est à cet égard plus heureux. Il y a chez le jeune poète une puissance d’évocation qui s'impose au lecteur. Ce sont de véritables hallucinations que ces visions de la Peur, du Danger, de la Gaîté, ou de la Pitié, qui traversent l'esprit de Collins et que ses vers ont fixées. Mais c’est peut-être au germe de folie, qui se cachait dans le génie du malheureux poète, que ses créations ont dû d'échapper à la froideur et au caractère factice de tant d'autres allégories. e

dans tous les autres passages, Thomson personnifie le Printemps sous les traits d’une jeune fille, « the rosy-bosomed Spring ». (Spring, 1009.) — « Consenting Spring — Sheds her own rosy garlands….. » (Spr., 1168.) 1. 5% Lecture on English Poetry (Blackwood’'s Magazine, vol. IL, p. 681.) 2. Nos poètes français du xvinr siècle, et d’autres encore, pourraient fournir des exemples significatifs. En voici un qui a pour auteur Congreve, un poète homme de goût :

« And lo! Silence himself is here.

Behold the reverend shade.

An ancient sigh he sits upon

Whose memory of sound is long since gone,

And purposely annihilated for his throne. »

(Ode on Singing of Mrs. Arabella Hunt.)

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Évidemment Thomson n’a pas de goût pour ces personnifications soutenues. Ses peintures de chacune des Saisons restent sommaires et indistinctes comme celle que nous avons citée; et quand, en dehors du prélude de chaque chant, il fait reparaître une de ces mythologiques figures, c’est toujours, sauf une exception, en un trait rapide qui éveille une impression, mais n’a pas le caractère d’un portrait. C’est aussi de cette manière qué procédait Milton. On pourrait avec intérêt comparer aux allégories de la « Reine des Fées » celles du « Paradis Perdu », opposer le portrait de Duessa ?, d’un si vigoureux relief, avec la figure de la Mort au Livre IT du « Paradis Perdu » *. La description de Milton laisse à l’épouvantable gardienne de l'enfer une mystérieuse obscurité, quelque chose d’indistinct dans l’horreur qui lui assure plus de grandeur et plus d’artistique beauté que n’en a la peinture de Spenser, arrêtée et précise au point d’en être révoltante. Qu'on se rappelle encore cet admirable passage du Livre IV qui décrit la venue du soir et se termine en faisant paraître & la lune qui se lève d’abord « dans une majesté que cachent en partie les nuages, mais «bientôt, révélant sa royauté, déploie sa lumière sans rivale et « sur l’obscurité jette son manteau d'argent * ». — Voilà le modèle « sans rival » de la personnification mêlée à la vision réelle des choses. Bien des écrivains ont imité ce morceau célèbre. Ils n’ont pas toujours compris que le charme en réside dans le caractère imparfait, volontairement inachevé de la comparaison avec un être humain. Ni Collins avec la ferveur de son imagination enflammée ni Gray avec le souci de raison et de logique qu’il conserve dans ses plus grandes hardiesses lyriques, n’auraient pu s’accommoder de ces inconséquences : une reine qui dévoile sa lumière, un manteau jeté sur l’obscurité. Savage croit améliorer le passage en serrant la personnification ‘. Cette double nature de l’image est précisément ce qui en faitla beauté. Nous admirons la comparaison de l’astre

radieux à une reine et à la déesse de Virgile — « vera incessu

1. Odes to Fear, to Mercy, to Simplicity; The Passions, etc. 2. Paradise Lost, Bk. II, 648-666.

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