‹ James ThomsonChapitre 207 sur 294 · SA · texte numérisé non relu

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poète blessé des laideurs et du bruit de la ville. Elle évoque en traits précis et nets ces scènes de la vie des champs où se plaît le jeune homme. Les vingt premiers vers sont employés à mettre en contraste le tumulte des villes enfumées et Jes sons doux et charmants de la campagne.

Ces descriptions, il faut revenir sur ce point, ont souvent un caractère exact, local, de chose vue et non pas seulement d'impression générale vaguement conservée. On le vérifiera par exemple dans la courte pièce « Le matin à la campagne ». Chaque vers y apporte l’écho d’une observation directe. Les notations de sensations variées : vue, odeur et son s’y SuCCëdent. Le berger qui y figure n’est pas le mythologique et incolore personnage de tant de pastorales. Cest le plaid écossais qu'il jette sur ses épaules avant de faire le tour de son parc à moutons; et, s’il doit plus tard « chanter », lui aussi, € les louanges de quelque charmante bergère », il Commence par « remettre en place sur le talus de clôture les mottes tombées « pendant la nuit ».

Voilà la vraie et franche inspiration d’où sortiront tant de fraiches descriptions des « Saisons ». Le jeune poète se laisse très rarement entrainer jusqu'aux hyperboles extravagantes ou aux concetti qui forment la monnaie courante de la langue des bucoliques. Dans la € Pastorale entre Thirsis et Corydon, sur la mort de Damon », nous lisons bien :

0 ruisseaux qui glissez, pleurez au point de laisser à sec votre lit; Les flots de mes larmes l’empliront abondamment !.

Mais de pareilles fautes de goût sont très rares dans ces productions d’un enfant ou d’un très jeune homme. Si toutes ces pièces restent assez médiocres, en dépit de quelques traits de description heureux, c’est par la teinte grise et monotone de l’ensemble, et non par la recherche d’ornements criards. L'inspiration ne vient pas au poète des pastorales artificielles de l’école; mais de la nature avec laquelle il vit en communion intime, et du poète Ramsay pour qui son admiration s'exprime dans la pièce intitulée « Sur la Beauté ? ».

4 « Ye gliding brooks, o Weep your channels dry, My flowing tears them fully shall supply. »

2, « Most sweetly sung in Allan Ramsay’s song. »

Après la Nature, la Religion est le « motif» le plus fréquent de ces pièces juvéniles. Plusieurs sont entièrement des morceaux religieux : « Hymne à la puissance divine », € Paraphrase du psaume CIV », « Pastorale sur la naissance de notre Sauveur », € Fragment d’un poème sur les œuvres et les merveilles de la Puissance Divine ! ». Elles nous donnent toutes l’impression d’un sentiment religieux ardent et sincère. Le premier de ces morceaux, « l’Hymne à la puissance divine » offre pour nous cet intérêt particulier d’être comme un €premier état » de cet Hymne dont Thomson fit plus tard le magnifique couronnement de son poème. La mesure n’est pas la même, le rythme de ces strophes à quatre vers, tétramèêtre et trimètre iambiques à rimes alternées, produit un effet différent de celui de la noble, grave et éloquente prière des « Saisons ». Mais l’idée générale est identique; c’est une imitation du psaume de David; c’est toute la nature appelée à célébrer la gloire de Dieu. Et le mouvement général du morceau, cette série d’apostrophes accumulées donne bien le même effet général que le morceau plus étendu et seul devenu célèbre dont nous avons ici plus que le germe *.

Notons en passant que dans une de ces pièces, et sans doute une des plus anciennes, si nous en jugeons par la facture, le € Fragment d’un poème sur les œuvres de la Puissance divine », Thomson exprime ce désir, qui l’a plus tard et longtemps hanté, d'étudier la nature en philosophe et en savant, comme il la goûte et la peint en poète.

Même dans des pièces qui n’ont pas une inspiration purement religieuse, un vif sentiment de piété se trouve parfois exprimé. Telle est la &« Lamentation sur les misères de la vie ». Le jeune poète y professe cette misanthropie et ce pessimisme que, comme une crise de l’esprit, doit subir l'adolescence. Le

4. Donné par Thomson à Hill, et inséré par celui-ci dans le n° 46 de som Plain Dealer. 2

2. Tous les motifs de la première pièce se retrouvent sous une forme plus riche ou plus ample dans l’ « Hymne » des « Saisons ». Il en est un cependant que le poète n’a pas conservé et qui mérite d’être noté. C’est le trait par lequel il fait ingénieusement intervenir dans ce concert des créatures. un élément tout passif :

« Ye seas, in your eternal roar, His sacred praise proclaim;

While the inactive sluggish shore Reechoes to the same. »

morceau se termine par une strophe pleine de foi, par un engagement pris de suivre la loi divine, et de traverser les misères et les corruptions de la vie en tendant toujours vers les hauteurs et vers la lumière.

Ces premières pièces font aussi une part à un élément d’intérêt que le poème des « Saisons » devait exclure presque entièrement, c'est l'humour. — Le « panier », condamné par les puritains moroses, trouve en James Thomson un défenseur complaisant. Il consacre une courte pièce à cette parure qui, « combinée avec le tartan, rend une jeune fille radieuse comme une déesse ». — Dans le morceau On Beauty, il fait de la divinité à laquelle sont consacrés ces vers une description détaillée, et il l’orne elle aussi « d’un ample panier » et d’un «@ brillant tartan ».

Plus heureuse dans cette veine de gaieté malicieuse est la pièce dédiée à sa plus jeune sœur : € Lise se séparant de son chat ». La rime est ici abandonnée et le morceau se poursuit sur un ton moitié grave et moitié plaisant, avec les prosopopées, les interrogations et les interjections voulues; elle constitue un court échantillon d’un excellent style de parodie souriante.

« Sur le Bonheur » est une dissertation morale de cent soixante vers, pieuse, froide et plate. Des réflexions sur la vanité des plaisirs y sont développées en un langage terriblement prosaique. L'œuvre se termine par l’assurance exprimée en vers bien pesants que le seul bonheur réel est celui que Dieu réserve à ses élus. Deux passages seulement viennent rompre la monotonie, et, pour tout dire, l'ennui de ce sermon. Une image imprévue et qui tranche fort avec le ton du reste compare l’homme, dans sa recherche d’un bonheur toujours fuyant, à un épagneul qui poursuit sur l’eau un canard sauvage. Chaque fois qu'il croit l'avoir atteint, l'oiseau plonge et disparaît et laisse le chien à demi suffoqué par l’eau happée au lieu de la proie !. — Quelques autres vers du même morceau, où se reconnaissent des souvenirs de Spenser et de Milton, nous montrent l’unique trace peut-être que contienne la poésie de Thomson, avant 1748, d’un goût pour le merveilleux féerique. Il en devait naturellement sentir l'attrait en sa qualité d'Écos-

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