RS
Rien ne vient donc établir de façon positive la paternité de Thomson, et de très sérieuses considérations s'opposent au contraire à l'hypothèse de Cary et de Cunningham. Puisque toute carrière est en cette circonstance ouverte aux suppositions, nous serions plutôt tentés de croire que la pièce eut pour auteur quelque poète du cercle de Thomson, peut-être Mallet, et que l’auteur des «Saisons », apportant à l’œuvre son amicale collaboration, y laissa ces traces, dont nous avons nous-même signalé quelques-unes, de sa manière et de ses idées.
NI Poèmes divers.
Les éditeurs de Thomson classent sous la dénomination de « Miscellaneous poems » un grand nombre de morceaux d’importance très inégale. Nous avons isolé et considéré à part les pièces consacrées à la mémoire de grands hommes ou d'êtres aimés. Parmi les morceaux qui restent !, une première division s'impose. Trois au moins de ces courtes pièces devraient figurer parmi les œuvres de jeunesse. Leur valeur littéraire est faible, et l’intérêt le plus grand qu’elles puissent revêtir est de nous fournir des indications, conformes à celles que nousavons déjà recueillies, sur les débuts de la carrière poétique de Thomson, sur les premiers tâtonnements de sa langue et de sa versification, et même sur les particularités de sa prononciation.
Ce sont des observations de détail qui nous permettent d’appuyer sur une base solide l’avis ici exprimé. Toutes ces pièces sont rimées, et l’examen de ces rimes détermine une division assez nette. Si nous considérons quelques morceaux dont la date soit fixée, sans nul doute possible, à l’époque de la maturité de Thomson, par exemple : On the report of a wooden Bridge to be built at Westminster; To his Royal Highness the Prince of Wales, on the Birth of his first child (1737) —
1. Ils sont au nombre de 28 dans l’Aldine Edition, ou de 29 si l'on y comprend le poème Britannia.
ou bien la pièce sur miss Stanley morte en 1738, nous y observons une entière propriété des rimes. Dans cette dernière pièce en particulier nous trouvons les rimes « fear.» et « sincere », « die » et Ç eye », contrairement à ce que nous ont montré les pièces juvéniles. Mais dans À Paraphrase on the latter part ofthe VI" chapter of saint Matthew !,nous voyons ce même substantif « Lear » rimer avec € care », « appears » avec le verbe « bears » et « feeds » avec « spreads ». — Dans la chanson intitulée To Fortune, que du reste Buchan, qui l’a publiée le premier, déclare avoir été écrite dans la jeunesse du poête et seulement remaniée plus tard, nous relevons les rimes «prove » et «love », « flown » et € gone », « groan » et € on ». C’est là une raison suffisante pour que nous reconnaissions dans ces pièces quelques-unes des productions de la jeunesse de lécrivain *.
Une mention spéciale est due à la pièce très curieuse et très intéressante qui a pour titre An Elegy upon James Therburn, In Chatto. Le morceau nous est parvenu dans un état imparfait, trois strophes sont incomplètes, et le sens général n’est pas entièrement clair. Mais c’est la seule pièce de dialecte écossais que nous possédions de Thomson, et elle est de nature à nous faire regretter qu’il ne se soit pas abandonné plus souvent à cette veine de facile et gaie fantaisie. Rien dans ses petites pièces n’approche de l'allure chantante de cette élégie ironique. Par la vivacité du tour, aussi bien que par la langue, elle appelle le souvenir de Burns. Ce n’est pas faire de cette esquisse inachevée un éloge immérité que de dire qu’elle pour-
1. Le fragment n’est pas sans valeur. Il souffre de la comparaison que ne pourra manquer de faire le lecteur français avec le chœur d’Athali» et avec quelques lignes admirables où Bossuet nous donne aussi une paraphrase du chapitre de saint Mathieu. (Sermon sur la Providence.)
2. Ce n’est pas à dire que dans les autres morceaux la prononciation soit toujours parfaitement correcte. Mais les anomalies y sont rares et portent sur un nombre de mots fort restreint. « Blood » rime avec « good » dans la pièce To the Prince of Wales on the birth of his first born child. Les deux sons longs de la voyelle z sont assez souvent confondus : « solitude » et « good », « assume » et « bloom » riment dans l’'Hymn on Solilude; « sure » et « pure » dans To Seraphina, « choose » et « muse » dans Stanzas to Lyttelton, ete. — Le mot « love », qui joue un grand rôle dans ces pièces, y est toujours accompagné d’une rime fausse pour nos oreilles. C’est « approve » (To Amanda in imitation of Catullus), « grove » (On Mrs Mendez Birthday), « improve » (Come, deur Amanda), « prove » (To Fortune), « grove » (The Lover’s Fate, To the Nightingale, To Myra), « move » (Song. When Blooming Spring, etc.)
LA
: CSS
rait être attribuée au poète d’Ayrshire. (est la même hardiesse de plaisanterie; c’est la même allure fortement rythmée du vers; c'est aussi la même strophe prosodique dans laquelle se développent plusieurs des pièces de Robert Burns ‘. Ne seraiton pas tenté de croire que le grand lyrique, dont l'admiration pour Thomson est bien connue, a trouvé quelque inspiration dans cette élégie, si l’on ne savait qu'il à directement imité l’élégie de Sempill que rappelle la pièce de Thomson *?? On en jugera en lisant de celle-ci le début et deux strophes caractéristiques :
Now, Chatto, you're à dreary place, Pale sorrow broods on ilka face, Therburn has run his race
And now, and now, ah me, alas!
The carl lies dead.
The fumbling fellow, some folks say, Should be jobbed on baith night and day, She had without’en better play, Remained-still, Barren for ever and for aye, Do what he will.
Therefore they say he got some help
In getting of the little whelp;
But passing that, it makes me yelp, But what remead?
Death lent him sic a cursed skelp, That now he’s dead.
4. Cette strophe est composée de trois vers tétramèlres, puis un trimètre, un tétramètre et un trimètre. Les quatre tétramèlres ont une seule rime, les deux trimètres riment ensemble. — Robert Fergusson et Allan Ramsay avaient fait usage de cette strophe; Robert Sempill l'avait employée
avant eux, : k 2, Si bien que nous retrouvons certain trait à la fois chez les trois
poètes :
« But what remead?
Hood ego tiers let us
Hab Samson’s dead. »
(R. Semricr, The Piper of Kilbarchan.)
« But what remead
That now he’s dead. »
(Tnomsox.)
« Yet what remead?
(Burns, Tam Samson’s Elegy.)
Le reste de ces œuvres légères nous montre, avec une certaine diversité de sujets, plusieurs points communs. Toutes ces petites pièces sont rimées;, elles sont presque toutes à rimes croisées. Il y a là des sujets qui appellent l'allure grave du pentamètre. Ce sont des morceaux de morale ou de description de la nature, comme celui que Thomson adresse à Dodington : « l'Homme Heureux », ou bien des pièces ironiques, de plaisantes parodies telles que « L’incomparable Docteur soporifique », ou la pièce « Sur le bruit qu’un pont de bois doit être construit à Westminster », ou encore des pièces inspirées par un sentiment élevé telles que les « Stances à Lyttelton », ou « l’Ode à la Harpe Éolienne », ou la pièce « Au Rossignol ». Même alors le poète s’efforce d’introduire quelque variété dans l'allure noble et facilement monotone du vers héroïque, en le divisant en strophes et en y croisant les rimes. Mais toutes les fois que le sujet s’y prête, et en particulier dans les nombreuses pièces (la plupart adressées à Amanda) où il prend posture d’amoureux, il varie son rythme, a recours au tétramètre, croise ses rimes, ou combine dans la même strophe les rimes alternées et les rimes plates. Voyez par exemple la pièce « À son Altesse Royale le Prince de Galles ».
Quant au fond, il n’est pas de nature à nous arrêter longtemps. Thomson n’est ni poète lyrique ni poète érotique. Sa gloire ne serait en rien diminuée par la disparition de ces courtes pièces peu connues et rarement attrayantes. Les dissertations morales de « l'Homme Heureux » sont d’une facture aisée mais monotone et sans accent. Les poésies de circonstances ne valent guère mieux que ce qu’auraient pu produire alors Cibber ou Eusden, les poètes-lauréats en fonction. Rien de tout cela ne vaut la courte pièce de dialecte écossais dont nous avons parlé plus haut. Les poésies amoureuses peuvent nous fournir quelques renseignements peu certains sur l’histoire de la passion de Thomson pour Miss Young. Mais il n’y faut chercher rien de ce feu, de cette éloquence, de cette grâce ou de cette force qui se trouvent dans les moindres couplets adressés par Burns à l’une des femmes qu’il a aimées. Faut-il croire que la pureté même des sentiments exprimés par Thomson se prêtait mal à l'inspiration enflammée de la grande poésie érotique? Sans doute un amour qui se déclare même chose que l’amitié (« Le Destin de l’amant ») se condamne à
ee NP ana Ne eu CS
une éloquence tempérée. Mais surtout Thomson, la chose est claire, n’a rien de ce qu’il faut pour ce genre de poésie. Il n°y a pas en lui ce pouvoir de concentration qui met dans une courte strophe ou dans un seul vers toute l’énergie d’une passion et toute la vie d’un cœur. Il n’y a pas non plus la grâce et la légèreté de main qui, à défaut du grand ébranlement de l'âme, donne un charme aux badinages de quelques poètes érotiques. Ses madrigaux sont lourds, sans spontanéité, sans aisance. — Voyez par exemple les « Vers en recevant une fleur de sa maitresse » oula pièce « À Myra » dont nous citerons une strophe :
Ah! c'en est trop! Je ne puis supporter
Un rayon à la fois si doux et si perçant;
Par pitié donc, ma belle bien-aimée,
Détourne ces yeux capables de donner la mort!
Encore est-ce là une des plus intéressantes parmi ces pièces amoureuses. La première strophe, de facture médiocre, contient un trait qui n’était pas banal. Avant de leur adresser le plat madrigal de la fin, Thomson avait vu dans les yeux de son Amanda des choses d’une complication assez moderne : l’azur limpide du cielen même temps que l'ombre pensive des bois ?.
Une fois encore le poète touche à une source d’inspiration qu'on croirait devoir lui être particulièrement favorable. Écossais et tout nourri de Spenser, il devrait être un heureux interprète du merveilleux, des fées et des esprits. Mais son «Ode à la Harpe Éolienne » reste une froide composition, sans rien de la grâce vague et vaporeuse qu’il saura lui-même exprimer dans le « Château d’Indolence »; sans rien non plus de cette émotion mystérieuse que Collins fera vibrer dans ses vers; à plus forte raison, sans rien de la puissante évocation de ces êtres surnaturels et à demi inquiétants que nous donne l’auteur de Tam O’ Shanter. De toute cette collection de poèmes divers, le mieux venu sans doute est cette page de fantaisie
JE -« Ah!’tis too much! Icannot bear At once so soft, so keen a ray :
In pity then, my lovely fair, O turn those killing eyes away ! »
« O thou, whose tender serious eyes Expressive speak the mind I love, The gentle azure of the skies, The pensive shadows of the grove. »