‹ James ThomsonChapitre 255 sur 294 · Ces vers par exemple de Pacte IT, sc · texte numérisé non relu

Ces vers par exemple de Pacte IT, sc

«. Where yon oak With wide and dusky shade o’erhangs the stream That glides in silence by, I took my stand What time the glow-worm thro’ the dewy path First shot his twinkling flame ».

Ou ceux-ci dans lesquels le royal fugitif parle de ses enfants :

« .… O0, What safe shade Can skreen their opening blossom from the storm That beats severe on us? Not sweeter buds The primrose in the vale, nor sooner shrinks At winter’s churlish blast. »

(ete IL ser) —

« de la destruction étaient présents et mêlaient à la trame

« leur puissance maudite; et toujours les sœurs chantaient :

« Répands, Ô étendard, répands sur nos ennemis cette « ruine !! »

Ils pouvaient surtout, au milieu de l’effervescence du sentiment national, au moment où se préparaient les expéditions de Vernon et d’Anson, applaudir à l'expression de ce patriotisme ardent et violent qui emplit et soutient ces deux actes. C'est lui qui, après tant de pages d’une rhétorique justement oubliée, a inspiré les six strophes immortelles de € Rule, Britannia. » Le succès de ces vers fut immédiat et il fut prodigieux. Dès les premières représentations d’ «Alfred » la faveur populaire s’attacha à ce chant. Les Anglais n’ont cessé depuis de l’associer à toutes les manifestations de leur orgueil national. Il restera, comme le dit Southey, « l'hymne politique de l’An- « gleterre aussi longtemps qu’elle saura maintenir sa puissance « politique ». Il mérite cette haute fortune. Au contraire de ce qui s’est passé pour notre chant national, où l’élan de la musique emporte des stances dont la violence déclamatoire paraitrait en elle-même bien froide, dans l'hymne britannique la musique fait un accompagnement grave et sobre aux paroles. Et celles-ci, sans trop d’emphase, traduisent cette fierté qu’inspire au Deuple anglais sa glorieuse histoire. Tous ses titres d'honneur sont rappelés l’un après l’autre : la liberté politique d’abord qui, pendant tant de siècles, a fait de l'Angleterre une si étrange anomalie parmi les nations de l'Europe, puis la gloire militaire, la richesse due à l’agriculture et au commerce, la splendeur d’une admirable littérature, la beauté même des femmes de l’ile heureuse, et le cou-

4 « Wrought by the sisters of the Danish king, Of furious Ivar, in a midnight hour : While the sick moon, at their enchanted song Wrapt in pale tempest, labour’d through the clouds. The Demons of destruction then, they say, Were all abroad, and mixing with the woof Their baleful power : the sisters ever sung : - — Shake, standard, shake this ruin on our foes! »

rage des hommes qui les protègent ‘. Après la mention de chacune de ces gloires revient le fier refrain qui s’est gravé dans le souvenir et dans le cœur de tout Anglais :

Règne, Ô Britannia, règne sur les flots, Jamais les Bretons ne seront esclaves.

N'est-ce pas une chose singulière que l’on ne puisse dire avec certitude auquel des deux poètes revient l'honneur d’avoir donné à l'Angleterre son chant national ?? — On sera tenté de croire que peut-être il est dû à leur collaboration. C’est de toutes les solutions de la difficulté la plus improbable. Le morceau, du reste fort bref, est trop homogène, emporté d’un élan trop soutenu pour qu’on y puisse supposer une double origine. Le seul renseignement de fait que nous ayons sur le mode de travail des deux associés est la préface mise par Mallet à l’œuvre refondue et amplifiée par lui en 1751. Il y dit que les deux auteurs avaient une part nettement séparée dans l’œuvre primitive *; — mais il ne dit pas auquel des deux appartient l’ode finale. Chacun des poètes a trouvé ses partisans. Mr. Bolton Corney, l’un des éditeurs les plus savants et les plus scrupuleux de Thomson, Mr. Dinsdale qui a publié en 1837 un recueil des « Ballades et Chansons » de Mallet, Mr. Julien Marshall qui a consacré à cette question des recherches minutieuses opinent en faveur de Mallet. Au contraire, Robert Bell, l’auteur de l’une des meilleures biographies de

À, « Blessed isle! with matchless beauty crowned, And manly hearts to quard the fair. »

2. Le doute s'étend également à la musique de ce chant. L'auteur en est-il le grand Händel ou le modeste Dr. Arne? On pourra lire sur cette question un échange de notes, qui n’entraine pas de conclusion définitive, entre MM. Chappell, J. Marshall, W. H. Huck, etc., dans Notes and Queries (2" series, vol. IV, p. 152 et 415; — 7" series, vol. IT, p. 4, 132, 410, 490).

Händel reproduit la musique de l’Ode dans son Occasional Oratorio. Aurait-il fait un emprunt à Arne?

Le Dr. Arne est le beau-frère de ce Theophilus Cibber, sous le nom duquel parut la première biographie de Thomson. Sa sœur, Suzanna Maria, la seconde Mrs. T. Cibbers, était elle-même actrice et lettrée. Elle a traduit en 1752 une comédie de Poullain de Saint-Foix, l'Oracle.

3. « According to the present arrangement of the fable, I was obliged Lo reject a great deal of what I had written in the other; nor could I retain of my friend’s part more than three or four speeches and a part of one song. »

Thomson, Mr. Chappell, l'interlocuteur de Mr. Marshall dans la discussion insérée par Notes and Queries, et Mr. Logie Robertson, le plus récent des critiques et des biographes de Thomson, tiennent pour les titres de ce dernier. La plupart des commentateurs et des critiques s’abstiennent de prendre parti. Les arguments de fait qui ont été mis en avant sont en effet peu concluants.

Mallet, disent les uns, déclare qu’il à conservé seulement dans sa version remaniée du Masque, € trois ou quatre discours et une portion d’un chant » dus à son ami. Or, Rule Britannia est une ode et non pas un chant, et Rule Britannia figure dans l’ € Alfred » de Mallet. Donc celui-ci en est l’auteur. D'ailleurs jamais personne, parmi les contemporains des deux poètes, n’a protesté contre la prétention de Mallet. — A quoi l’on répond qu'il n’est pas sûr que celui-ci ait jamais émis cette prétention; que la distinction entre une « ode chantée » et un «chant » est bien subtile et ne saurait être invoquée ; que Rule Britannia est. précisément conservé en partie dans l’œuvre nouvelle, comme le « chant » dont parle l’auteur de la préface . D’autre part on a relevé la publication, dans un recueil de pièces diverses imprimé à Édimbourg du vivant de Mallet, sous le titre de The Charmer, de l'ode Rule Britannia avec les initiales J. T. pour désigner l’auteur. Le livre eut au moins deux éditions. Mallet qui avait conservé des relations à Édimbourg n’a jamais protesté contre cette attribution.

Tels sont les seuls renseignements de fait qui aient été avancés. On voit que, s’ils établissent une présomption plutôt favorable à Thomson, ils ne sont pas de nature à entrainer une conviction absolue. Mais, en dehors des preuves directes qui font défaut, il est d’autres considérations qui peuvent nous permettre d'asseoir un jugement solidement fondé. Plusieurs des biographes et des critiques de notre poète ont émis cette

1. Les trois strophes supprimées dans VAlfred de Mallet étaient remplacées par trois strophes nouvelles écrites par Bolingbroke. Mr. Chappel fait remarquer que Mallet devait plus volontiers abandonner aux remaniements du poète grand seigneur une production de Thomson qu’une des siennes propres.

Dans le même ordre de preuves négatives on pourrait encore mentionner ce fait qui n’a pas élé signalé : Johnson, qui avait connu Thomson et Mallet, donne dans son choix des œuvres de Mallet une ode tirée du masque de Brilannia (c'est l’Alfred remanié), et, malgré la vogue du Rule Britannia, ce n’est pas là l’ode qu'il cite.

opinion que les considérations extérieures militent en faveur du grand poète contre l’adroit faiseur de vers. Cest aussi notre conviction très arrêtée, mais au lieu d’une impression subjective nous voudrions exposer les observations exactes qui nous ont imposé cette opinion.

Et d’abord une comparaison des œuvres des deux écrivains ne crée-t-elle pas déjà un titre sérieux à Thomson? Dans tout ce qu’il a écrit se trouve la‘ preuve d’un patriotisme sincère et ardent jusqu’à l’emphase, d’un dévouement enthousiaste à la liberté, d’une foi intolérante dans le droit de l’Angleterre à l’empire de la mer. Il a consacré à ces idées des poèmes entiers : Britannia, Liberty; et, dans ses autres œuvres, « Les Saisons », « Poème à R. Walpole », « à Talbot », « Tragédies », il ne se lasse pas de les reproduire.

En regard de ces œuvres dont le sentiment national et l'amour de la Liberté forment, à l’égal de l’amour de la Nature, l'inspiration dominante, que nous offrent les écrits accumulés par Mallet au cours d’une vie beaucoup plus longue”? Des satires, des poèmes descriptifs, des ballades sentimentales ou des contes grivois, pièces de tons variés et de valeur fort diverse, dans aucune desquelles nous ne rencontrons la trace des sentiments qui emplissent l’âme de Thomson. Une fois cependant il se propose de louer une Société qui s'occupe d’arracher au dénument et à la dépravation des hommes et des enfants dont on fera des marins. Et ce sujet qui aurait inspiré à Thomson un enthousiasme peut-être sans grâce mais à coup sûr fervent et éloquent, Mallet le développe sous une forme narquoise et paradoxale. Son ami se serait indigné de voir traiter, sur ce ton de persiflage, des questions qui touchaient à la puissance navale et à la grandeur de l’Angleterre. Lui qui ne parle jamais du chêne qu’avec une sorte de respect, parce qu’il y associe l’idée des navires qui porteront sur tous les points du monde le drapeau, l'influence et la gloire de son pays, il aurait peu goûté la plaisanterie de Mallet attribuant à cet arbre comme destination suprême la potence de Tyburn !. Que le dilettante sceptique, l’homme de lettres sans pudeur

4. Tyburn : to the marine Society. OEuvres de Mallet. — Il faudrait encore noter ce prologue de Britannia où un marin ivre vient amuser le public de ses saillies grotesques. N’est-ce pas le digne début d’une pièce qui doit se terminer au chant du Rule Britannia?

qui devait plus tard employer sa plume aux plus basses besognes politiques et, pour un salaire, réclamer et obtenir l’exécution d’un soldat malheureux, que Mallet ait pu donner à son pays son chant national, ce serait en vérité une affligeante ironie de la fortune. L'hypothèse est de celles contre lesquelles il faudrait protester si même on ne pouvait appuyer d’observations concluantes la réclamation élevée au nom de Thomson.

À prendre successivement les idées énoncées dans les six strophes de l’ode, il serait facile de montrer que chacune d’elles a été maintes fois exprimée par Thomson dans ses autres œuvres; mais nous nous attacherons seulement à relever les similitudes d'expression où se révèle la main du même ouvrier.

Les premiers vers énoncent une image, [celle de l'ile de Bretagne sortant des flots, et une idée, l’empire des mers providentiellement destiné à l'Angleterre. L'image et l’idée se trouvent déjà exprimées en des vers moins concis, mais où l'analogie des termes est frappante, dans un passage de Liberty et un autre de Britannia (1727) :

When Britain first, at Heaven’s command,

Arose from the azure ! main,

This was the charter of the land,

And guardian angels sung this strain :

Rule, Britannia, rule the waves, etc. (Ode, 1'° strophe). RS OU Since first the rushing flood, Urged by Almighty power, this favoured” isle Turned flashing from the continent aside ?.

ET de pie SUR RUN The native power for which you were designed By fate, when fate designed the firmest state That e’er was seated on the subject sea ÿ.

For this these rocks around your coast were thrown t.

La deuxième strophe proclame fièrement le bonheur de l'Angleterre, seule libre au milieu des nations asservies.

The nations not so blest as thee, Must in their turns to tyrants fall; While thou shalt flourish great and free.

4. L’épithète « azure » est fréquente dans les « Saisons » (voir Summer, 82, 1223. — Autumn, 885, 1215; Winter, 183, etc.) et se retrouve aussi plusieurs fois dans « La Liberté » (Voir Britain, 103, 465), etc.

2, Liberty, Britain, 460-462. — 3. Britannia, 191-194. — 4. Id., 199.

La même idée se représente plus d’une fois. En voici la forme dans « La Liberté » :

MR AT a tue Me S O happy land!

Where reigns alone this justice of the free! !

La troisième strophe rappelle les victoires de l'Angleterre et associe à ce souvenir l’image du chêne natal :

As the loud blast that tears the skies Serves but to root thy native oak.

C’est une association analogue que nous présentent ces deux D

vers de Britannia :

For this, your oaks, peculiar hardened, shoot Strong into sturdÿ growth ?,

La cinquième rappelle les sources de la grandeur de l’Angleterre, agriculture, commerce, suprématie maritime. Le dernier vers,

And every shore it circles, thine,

doit être rapproché d’un vers de « l’Été » dont il reproduit une expression caractéristique et où l’on peut sans témérité trouver le germe du refrain célèbre de l’ode :

Hence rules the circling deep, and awes the world 3. Enfin le deuxième vers du refrain :

Britons never will be slaves,

n'offre-t-il pas une analogie remarquable avec ce vers du « Château » :

Those wretched men who will be slaves 4?

Certainement ni la deuxième partie du poème, ni ce vers n'étaient écrits en 1740. Il n’est que plus intéressant d’y voir, comme par une contre-épreuve (les autres passages cités étant

4. Liberty, Britain, 515, 516. — 2. Britannia, 201, 202. — 3. Summer, 431. — 4, Chant IL, 303. fe

tous antérieurs à l’Ode), l'attestation que c’est bien la main de Thomson que nous trouvons dans Rule Britannia.

L’hommage rendu dans la dernière strophe à la beauté des femmes anglaises, est un des lieux communs de la poésie de notre auteur, Aux deux vers de l’Ode :

Blest isle! with matchless beauty crowned, And manly hearts to guard the fair,

on comparera, par exemple, ces deux vers de « La Liberté » :

Such the fair guardian of an isle that boasts Profuse as vernal blooms, the fairest dames {.

Avons-nous tort de croire que ces rapprochements prouvent la paternité de Thomson, qu’ils donnent aux impressions un peu vagues des juges qui avaient cru à cette parenté une démonstration solide, et qu’ils laissent définitivement au poète des « Saisons » un honneur que méritait l’ardeur de son patrio -

tisme ?

Page 1