‹ James ThomsonChapitre 258 sur 294 · Acte IT, sc. vin · texte numérisé non relu

Acte IT, sc. vin

tions devant lesquelles l’honneur le plus vulgaire se soulèverait? Ce sont là des questions qu’il n’y aurait intérêt à poursuivre que si les personnages avaient à nos yeux l’apparence d'êtres réels. Mais nous n’y pouvons voir que des fantoches dont la pantomime accompagne le langage parfois éloquent que le poète adresse à son public.

Ces invraisemblances et ces contradictions sont là parce qu’elles étaient dans la nouvelle de Le Sage. Thomson les a conservées parce qu'à défaut de cette puissance dramatique dont il n’a pas le secret et qui place dans l'âme et le cœur des personnages les véritables ressorts de l’action, il a été trop heureux de trouver tout prêt, dans un agencement précis et détaillé, l’enchevêtrement de faits, d'incidents, de complications et de catastrophes, qui devait alimenter ses cinq actes.

Il n’a songé à éliminer ni ce mystère de la naissance du jeune prince auquel Siffredi met fin en lui annonçant qu'il est roi; ni ce blanc-seing que le nouveau roi donne à sa maîtresse en cadeau de fiançailles, et qui devient la cheville ouvrière de l'intrigue; ni cette porte dérobée par laquelle, en amoureux d’opéra-comique, le roi s’introduit, à l'insu de tous, dans la chambre de celle qu’il aime; ni ce geôlier complaisant qui livre pour quelques heures au connétable la clef des champs et lui permet de venir surprendre le roi dans la chambre de sa femme. Et voilà comment il se fait que la tragédie la plus jouable de Thomson, celle qui est le plus ingénieusement disposée, celle qui montre le plus de mouvement scénique ne renferme pas un seul caractère vivant ou vraisemblable, mais roule tout entière sur les inventions romanesques ou extravagantes des dramaturges et des romanciers espagnols !.

4. Le public français fit, lui aussi, bon accueil à la tragédie de Thomson. La Place, l’auteur d'Anne de Ponthieu, l’'imitateur de Venise sauvée, traduisit Tancred and Sigismunda, et sa traduction parut dans le Mercure de France de janvier et février 1761. — En 1763, Saurin donnait, sous le titre de Blanche et Guiscard, une imitation qui est presque une traduction. La pièce fut représentée à la Comédie-Française le 25 février. La version française est d’ailleurs plus froide et plus anémiée que la tragédie anglaise. Brugière de Barante, qui les compare, se prononce ainsi : « Tiomson a plus de naturel. L’alexandrin francais est sans cesse pompeux et tendu. » (Vie de Thomson, p. 32.) — Il ne fallait rien de moins qu’une comparaison avec Saurin pour faire paraître aisé ou naturel le style de la tragédie anglaise. La pièce a aussi été imitée en Italie. La tragédie de Zelinda, qui obtint à Parme la couronne de lauriers en 1712, est une imitation fidèle de Tancred and Sigismunda.

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