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l’idée de race dans notre étude de l’œuvrelittéraire de Thomson”? Cet Écossais des « Borders » est-il plutôt de souche gaëlique, danoise ou saxonne? Qui le dira? Il est probable que ses origines ethnologiques apparaïîtraient, si nous pouvions les connaitre, fort différentes de celles de Spenser ou de Milton, les poètes dont il est le plus voisin par l'esprit. Ils sont peut-être de races très diverses; mais ils ont assurément une même patrie, non pas seulement de par les géographies et l’histoire, mais aussi de par les affinités de leurs génies. Toutes les difficultés auxquelles se heurte l'historien quand il prétend rattacher à une communauté de race les manifestations littéraires d’une même langue s’effacent si nous substituons à cette idée celle de nation et de patrie ‘. Elle est aussi claire que l’autre est obscure, aussi précise que l’autre est vague. Elle remplace un concept mal défini et mal connu, vide d'énergie et de vie, par la réalité la plus certaine, la plus féconde, la plus sûrement créatrice d'effets tangibles et durables. Une patrie n’est pas seulement une portion délimitée de la surface du globe, c’est aussi, c’est surtout, une somme d’aspirations et d'efforts humains, de souvenirs partagés, d’amours et de haines com-
1. Il est bien vrai qu’il y a une littérature des races là où les agglomérations humaines ne sont pas arrivées à cet état d'organisation supérieure où apparaît la nation, la patrie. La race peut être invoquée pour expliquer les caractères des poèmes des Indous, des Germains ou des Scandinaves. Mais M. Taine veut retrouver encore cet élément dans les productions d’époques historiques d’où il a été éliminé par la triture des invasions et des conquêtes, par le mélange et la pénétration réciproque des courants de population. C’est là qu’il nous devient impossible de le suivre. Un peuple, c’est, pour lui, une race soumise à certaines modifications par le climat et par le temps. Nous croyons que c’est un être moral formé de très complexes éléments, déterminé par des influences trop variables, trop subtiles el trop nombreuses pour qu’il soit possible de les isoler par l'analyse. L’éloquent écrivain voit les peuples issus d’une même race se différencier comme des animaux soumis à des conditions diverses de climat et d'élevage. Nous serions plus tentés de comparer la formation d’un peuple aux phénomènes qu’observe la chimie. C’est de la combinaison même de certains éléments que résultent souvent les caractères propres du corps étudié; ils ne préexistaient pas à cetle union. L'analyse qui dissocie ces éléments ne peut donc pas expliquer l’idiosyncrasie du composé. Or c’est là la seule chose qui importe quand il s’agit, non pas de molécules à peser, mais de réalités de l’ordre moral à connaître et à juger.
(Ces lignes étaient écrites quand nous avons eu le plaisir de voir exposer des conclusions analogues par un penseur et un écrivain dont sont fières la science et les lettres françaises. (Étude de M. Boutmy sur le livre de M. Jusserand dans la Revue de Paris, novembre 1894.)
muns. C’est de tout cela qu'est faite l’âme d’un peuple, différente de celle d’un autre peuple, et c’est tout cela qu’exprime la littérature d’une nation. Et, comme cette âme collective exerce à son tour une influence profonde sur chacun des individus, nous concevons sans peine qu'entre des œuvres fort diverses la communauté de patrie maintienne souvent une analogie foncière. C’est un des effets où se manifeste la solidarité qui unit les membres d’une même famille humaine.
La thèse qui prétend retrouver l’empreinte de l’origine ethnologique dans chaque œuvre individuelle imagine la race comme quelque chose de permanent et d’irréductible en son fond, malgré les modifications de surface que peuvent produire certaines influences perturbatrices !. L’âme d’un peuple au contraire, cette grande entité qui se compose de l’union des âmes individuelles, est chose changeante comme tout ce qui vitet se développe. Étudiée à divers moments, elle peut nous montrer tantôt des caractères permanents, tantôt de violents contrastes. La France de Louis XIV et de Bossuet n’est-elle pas séparée par un vaste intervalle intellectuel et moral de la France de François 1°" et de Rabelais, comme de celle de Louis XV et de Voltaire? De même il s’opère, au xvir° siècle, une révolution dans cette âme de l’Angleterre qu’exprime la littérature aussi bien que dans le corps politique. La nation accepte, sous les Stuarts restaurés, de renoncer à l’antique liberté, sans même acheter de ce sacrifice, comme sous les Tudors ou sous Cromwell, la grandeur de la patrie. La nation renonce en même temps à ce qui avait fait l’originalité, la force et la beauté de sa poésie; elle demande à un autre peuple un idéal artistique et des modèles nouveaux. Elle imite la poésie et le drame français, comme elle adopte la monarchie absolue de la France. Mais cet abandon est passager. En dépit d’une transformation qui semble radicale, l’âme anglaise conserve au fond les aspirations et les croyances dont elle a vécu si
4. « Si différents qu'ils soient, leur parenté n’est pas détruite; la sauvagerie, la culture et la greffe, les différences du ciel et du sol, les accidents heureux ou malheureux ont eu beau travailler, les grands traits de la forme originelle ont subsisté, et l’on retrouve les deux ou trois linéaments principaux de l'empreinte primitive sous les empreintes secondaires que le temps a posées par-dessus. » (TAINE, Hisloire de la Liltérature anglaise, Introduction, V.)
longtemps. Elle renonce vite à cette mode importée du despotisme, et bientôt aussi elle se sent inquiète et gênée sous ces autres modes étrangères que lui imposent les littérateurs,
Car elle a dans le cœur cette fleur large et pure L'amour mystérieux de Pantique nature !.
Le malaise cesse le jour où une œuvre indépendante lui montre ou lui rappelle où est sa voie, quelle est son aptitude, quelles sont pour elle les sources d'inspiration vraiment fécondes. Cette œuvre a été les « Saisons »; et leur rôle nous paraît avoir une importance qu’on ne saurait exagérer parce qu'elles ont fait revivre, avec la connaissance et l’amour de la nature, un des éléments essentiels, un des plus caractéristiques et des plus puissants qui contribuent à former le génie artistique de l'Angleterre.
4, Vicror HuGo, Les Voix intérieures. Virgile.
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Lessing, Voltaire, Hill et Thomson.
Dans la lettre à Falkener qui forme la préface de Zaïre, Voltaire parlait d’un ancien usage du théâtre anglais qu'il trouvait très fâcheux, celui de terminer chaque acte par une comparaison en vers rimés. Il faisait honneur à Hill d’avoir été le premier à rompre avec cette pratique de mauvais goût.
Lessing a pris très vivement Voltaire à partie à l'occasion de cette préface 1. Ses critiques ne sont pas cependant exactes de tout point et il peut y avoir intérêt à contrôler son jugement.
« Il n’y a pas, dit-il, plus de trois inexactitudes dans ce passage, et ce n’est guère pour M. de Voltaire. Les Anglais, depuis Shakespeare et peut-être avant lui ?, ont eu l’habitude de terminer leurs actes écrits en vers non rimés par une couple de lignes rimées : cela est vrai ?. Mais il est absolument faux que ces lignes rimées ne renfer-