‹ James ThomsonChapitre 276 sur 294 · Dramaturgie de Hambourg », XVIe soirée · texte numérisé non relu

Dramaturgie de Hambourg », XVIe soirée

2, La restriction de Lessing est superflue. La plupart des vieux poèles tragiques ont placé à la fin des actes ces appendices. La forme en est habituellement celle d’un chœur. Le premier exemple est fourni par la première des tragédies anglaises, Gorboduc.

3. 11 n’est pas vrai cependant que cette habitude fût constante. Marlowe ne la connaît pas (sauf deux vers à la fin du chœur de Faustus). Toutes les pièces de Shakespeare n’ont pas ces vers rimés à la fin de chaque acte. Ben Jonson ne s’astreint pas toujours à cette obligation. Dans le Poetaster, le dernier acte seul se termine par quelques distiques rimés. 11 n’y en a guère plus dans Edward Il; au contraire Caliline et Sejanus ont des chœurs ou des vers rimés à la fin de tous les actes. L'usage est de même variable chez Webster, Massinger et quelques

autres. :

Le terme employé par Lessing : une couple de vers rimés, n’est guère

juste. Les cas sont très nombreux où le nombre des vers varie. Dans Sejanus, par exemple, le 1° acte en a 6, le 2° 2, le 3° 36, le 4e 5, le 5° 2.

massent et ne dussent renfermer que des comparaisons, et je ne comprends pas que M. de Voltaire ait pu dire en face quelque chose de pareil à un Anglais qu'il devait soupçonner d’avoir lu, lui aussi, les poètes tragiques de son pays.

« En second lieu, il est faux que Hill, dans sa traduction de Zaïre, ait abandonné cet usage. A la vérité, il est presque incroyable que M. de Voltaire n'ait pas dû regarder la traduction de sa pièce plus exactement que moi ou tout autre. IL faut pourtant bien que cela soit, Car, aussi vrai qu’elle est écrite en vers blancs, chaque acte se termine par deux ou quatre lignes rimées. Sans doute elles ne contiennent pas de comparaison, mais, comme je l'ai dit, de toutes ces conclusions rimées par lesquelles Shakespeare, Jonson, Dryden, Lee, Otway, Rowe, et tous enfin terminent leurs actes, il y en a certainement cent contre cinq qui n’en renferment pas non plus. Qu'est-ce que Hill a donc fait de particulier?

«Et quand il présenterait réellement cette exception que Voltaire lui attribue, il serait encore faux, en troisième lieu, que son exemple ait eu l'influence que Voltaire lui prête. A cette heure encore, il parait en Angleterre autant, sinon plus, de drames qui présentent ce caractère que de drames qui ne le présentent pas. Hill lui-même ne s’est affranchi entièrement de l’ancienne mode dans aucune des pièces qu'il a faites depuis sa traduction de Zaire.

Et qu'importe enfin que nous entendions ou que nous n’entendions pas des rimes pour terminer? Quand il y en a, peut-être donnentelles le signal de prendre les instruments; et quand ce signal viendrait de la pièce même, cela ne vaut-il pas mieux que de le donner à l’aide d’un sifflet ou d’une clef? »

(Trad. de Suckau.)

Il y a en effet quelque chose d’inexact dans le passage incriminé ; mais peut-être en peut-on trouver une autre explication que le penchant naturel de Voltaire au mensonge, comme le laisse entendre Lessing. L’inexactitude consiste en une exagération de faits réels. IT est très vrai que le goût du temps imposait alors au poète l'usage de vers rimés à la fin des actes. Il est vrai également que ces vers renfermaient, non pas nécessairement, mais très souvent, une comparaison. Où remonte cet usage? Il y a eu des comparaisons depuis qu'il y à un style poétique; mais nous pouvons rattacher l'emploi complaisant, méthodique et formel de cette figure à l’époque de la

tragédie héroïque !. Le goût des comparaisons pompeuses, et l'usage:

1. C’est, par exemple, un des ridicules auxquels s'attaque Buckingham

dans The Rehearsal. Témoin ces deux passages :

« Bayes. — So boar and sow, when any storm is nigh, Snuff up, and smell it gath’ring in the sky;

Boar beckons sow to trot in chesnust groves,

And there consummate their unfinished loves : Pensive in mud they wallow. all alone,

And snore and gruntle to each others moan. »

de terminer les actes par un air de bravoure se sont combinés et ont donné naissance à ces passages rimés qui terminent les actes par une comparaison ou quelque autre effet brillant.

Cet usage a dù frapper Voltaire. Il le voyait observer dans ce Cato d’Addison qui lui paraissait le chef-d'œuvre du théâtre anglais; il trouvait de nombreuses comparaisons rimées dans les trois tragédies de son ami Young; et nous avons vu que la Sophonisba de Thomson se conforme à cette règle du théâtre. L'observation qu’il émet n’est donc pas aussi dénuée de fondement que le dit Lessing.

Quel a été maintenant le rôle de Hill? Il a renoncé à cet usage, non seulement dans sa traduction de Zaïre, mais presque entièrement aussi dans ses autres œuvres dramatiques. Dans ses quatre tragédies antérieures à Zara les actes se terminent par des vers rimés, mais non point par des comparaisons !,

Zara marque bien un progrès dans la voie recommandée par Voltaire. Tandis que les premières pièces de Hill contenaient des morceaux rimés qui prenaient parfois un assez long développement ?, les

Il y a là une parodie d’une comparaison de la Conquest of Grenada : p q

« So two kind turtles, when a storm is nigh,

Look up and see it gathering in the sky,

Each calls his mate to shelter in the groves,

Leaving, in murmurs, their unfinish’d loves :

Perched on some dropping branch, they sit alone,

And coo, and hearken to each other’s moan. »

(Part. I).

De même aussi :

« CHLoris. — As some tall pine, which we on Ætna find

T’have stood the rage of many a boist’rous Wind,

Feeling without that flames within do play,

Which would consume his root and sap away;

He spreads his woorsted arms unto the skies,

Silently grieves, all pale, repines and dies :

So shrouded up, your bright eye disappears.

Break forth, bright scorching sun, and dry my tears. » (Acte If, sc, nr.)

Cest une imitation grotesque de ce passage :

« As some fair tulip, by a storm opprest,

Shrinks up, and folds its silken arms to rest;

And bending Lo the blast, all pale and dead,

Hears from within the wind sing round its head :

So shrouded up your beauty disappears;

Unveil, my love, and lay aside your fears

The storm that caused your fright is past and gone. » (Cong. of Grenada, part. 1.)

41. Les seules exceptions seraient les comparaisons rimées quise rencontrent à la fin du 2*acte dans The Fatal Vision or the Fall of Siam, 1716, et dans Athelwold, 1731.

Page 1