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libraire qui a fait faillite. Désespoir de Thomson qui ne peut payer. Le « constable » attendri lui prête la somme, et le poète promet d'éterniser sa gloire au temple de mémoire.
La scène suivante ramène Garrick en peintre. Il se nomme Fogarth. Il vient implorer la permission de faire le portrait du grand homme. « Je veux, dit-il :
Qu'on dise en vous voyant décorer mon salon : Je connais cet auteur, c’est l’illustre Thompson, Le voilà, c'est bien lui quand sa plume féconde Traçait Coriolan, Tancrède et Sigismonde..…. »
Le poète accorde la permission demandée; Garrick-Hogarth exécute le portrait et l'emporte, laissant en remerciement à Thomson surpris et confus « Les Grâces » de l’Albane.
C'est en directeur de théâtre que Garrick reparaît ensuite. Il va ouvrir une nouvelle salle, et offre une somme considérable pour l’'Agamemnon. L'auteur s'excuse en assurant que la tragédie est promise à Garrick, mais le directeur se déclare assuré de l’assentiment de celui-ci.
Enfin une dernière incarnation nous montre Garrick sous les traits de mylord Spleen. Le nouveau visiteur, Ecossais comme le poèie, expose qu'il a été sauvé par la lecture des « Saisons » d'un ennui qui le poussait au suicide. Il vient apporter à son sauveur mille livres sterling. Il propose aussi que tous trois dinent ensemble, et quand il se dépouille de sa redingote, Thomson le reconnait : « C’est Garrick! » Comment résister à tant de preuves d'amour pour la nièce et d’admiration pour l'oncle? Le mariage est décidé et la pièce finie.
La prononciation de Thomson.
Cette absence de scotticisme dans la langue littéraire de Thomson est d’autant plus digne d'attention que le poète conserva jusqu’à la fin de sa vie quelque chose du vocabulaire et de l'accent de ses compatriotes que l’on entend au nord de la Tweed.
Un barbier-perruquier de Richmond, William Taylor ?, racontait au comte de Buchan que le poète avait conservé un accent écossais très prononcé, et l’appelait toujours « Wull ».
Une autre anecdote confirme cette indication et mérite d’être rap-
1. Celui-là même qui étaitemployé dans la maison où Thomson s'approvisionnait de perruques. Nous savons qu'il y metlait son luxe, et que l'une d'elles avait fort souffert de la chaleur et de l'émotion du poète à la première représentation d’Agamemnon. Voir plus haut, p. 124.
portée parce qu’elle témoigne de la fidélité du poète aux amitiés de sa jeunesse aussi bien qu’au langage de sa terre natale.
Le fils de ce docteur Gusthart qui avait été pour la mère de Thomson un ami des jours d’épreuve, et pour James un patron de la première heure, se présente un jour, à Richmond, chez le poète devenu célèbre. Il ne dit pas son nom et attend qu’on le reconnaisse. Thomson, faisant usage d’un scotticisme bien connu, s’écrie : « Troth, sir, 1 cannot say Ï ken your countenance well. Let me therefore crave your name. » — Ajoutons que lorsqu'il eut appris le nom de son visiteur, le poète ressentit une ‘émotion qui lui mit des larmes dans les yeux en lui laissant à peine la force de prononcer ces mots : « Grand Dieu! vous êtes le fils dé mon cher ami, de mon ancien bienfaiteur! » Et, se jetant dans les bras du jeune homme, il l’embrassa, avec les témoignages de la joie la plus vivé !.
4. « Vie de Thomson » par Shiels dans la collection des « Vies des poètes » de Tu. Cisser (Monthly Review, t. IX, p. 481).