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Thomson jugé par un confrère et un contemporain.
Épiître à Mr. Thomson sur la première édition de ses « Saisons », par SOMERVILLE,
« Tantôt brillant, tantôt obscurci, le soleil, un jour d’avril, lance ou cache ses rayons capricieux; tantôt haut, tantôt bas, l’alouette monte en chantant, ou bien retombe à terre et replie ses ailes; tantôt unie, tantôt soulevée, la mer qui baigne nos rivages, sourit dans le calme, ou rugit dans la tempête.
« Crois-moi, Thomson, ce n’est pas ainsi que j'écris, mêlant la sévérité à la bienveillance, aigri par l’envie ou par le dépit. Je ne voudrais pas dépouiller ton front pour orner le mien; ce sont là des manœuvres inconnues à mon âme honnête. Je te lis comme doit lire un ami, affligé quand tu échoues, ravi quand tu réussis. Pourquoi faut-il que ta Muse, née si divinement belle, manque de ces soins journaliers de la toilette qui complètent la beauté? Habille cette vierge joyeuse, rehausse chaque grâce naturelle, et fais ressortir toutes les gloires de son visage. Artistement simple, élégamment nette, naturelle dans ses paroles, aisée dans son attitude, la nymphe accomplie, parfaite, couverte de ses plus beaux atours sera applaudie par les cours et admirée par les foules prosternées. Audacieux avec prudence, raidis les rênes et, ferme sur ta selle, retiens ton coursier ardent. Tes défauts sont peu nombreux, mais qui peut se vanter d’être parfait? Les taches du soleil se perdent dans son éclat : cependant ces taches mêmes, efface-les d’un soin patient, et n’aie pas la faiblesse d'épargner la moindre erreur. Bon et sage est le père qui condamne la plus légère faute chez l'enfant qu’il aime. Lis beaucoup Philips, admire Milton plus encore; mais de leurs scories extrais le pur mélal. Forger des mots nouveaux, ou en faire revivre d’anciens, c’est chez les poètes du Sud chose dangereuse et hardie; mais rarement, très rarement l'essai réussira, quand les mots seront frappés au delà de la Tweed. Que le discernement préside à tout — et bientôt tu seras la joie et l’orgueil de ton pays. La gent rimant et tintinnabulant, qui, avec clochettes et chansons, conduit son Pégase boiteux, apprendra de toi à s'élever d’un vol plus hardi, à dédaigner les sentiers battus, et à parcourir les airs. Un génie si précieux, si juste et si grand fixera dans l’île de Bretagne le séjour de la Muse, et crééra chez nous un nouveau Parnasse. Tous les bardes futurs tireront de tes œuvres leurs règles, de tes œuvres qui s'élèvent au-dessus des lois trop étroites du critique, et qu’enrichissent des pierreries brillantes et sans défaut. »
(The Works of the English Poets…., by SamueL Jonxson, vol. XL, p. 224.
HI
Thompson et Garrick, ou l’Auteur et l’Acteur.
Comédie en un acte et en vers, mêlée de vaudevilles, par MM. J.-A. JAcoueuIN et Oury, représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, -le 23 janvier 1822.
Une note des auteurs nous prévient qu'ils ont trouvé le sujet de leur pièce dans un trait de générosité de l’acteur Quin rapporté par Laplace, au 6° volume de ses Pièces intéressantes et peu connues. « Mais, ajoutent-ils, nous substituons Garrick à Quin dont le nom prononcé Couin serait désagréable pour des oreilles françaises. »
Ce vaudeville poétique est devenu fort rare; la Bibliothèque Nationale n’en à pas d'exemplaire. Voici l'analyse rapide de cette curiosité littéraire où les auteurs affirment une fois de plus le droit du théâtre à interpréter très librement l’histoire.
Garrick se présente chez Thomson. Il est reçu par Fanny, la nièce du poète, qu’il aime et veut épouser. La jeune fille lui fait connaître les obstacles qui s'opposent à ce projet : le poète est pauvre et ne veut que des prétendants sans fortune; Garrick ne peut lui convenir. Pour le moment du reste il est impossible de le voir; il dort après une nuit de travail. Garrick se retire après une conversation dont on jugera le style par cette seule citation :
Oh oui! je vous conçois; son immortel génie Lui valut cette nuit une noble insomnie.
Thomson entre. Il compose et se relit, et les vers que les auteurs lui prêtent sont les meilleurs de la petite pièce :
La chaleur a vaincu les esprits et les corps; L'âme est sans volonté, les muscles sans ressorts. L'homme, les animaux, la campagne épuisée Vainement à la nuit demandent la rosée.
Sous un ciel sans nuage on voit de longs éclairs Serpenter sur les monts et sillonner les airs. Tout est morne, brûlant, tranquille, et la lumière Est seule en mouvement dans la nature entière.
Fanny s'efforce de faire comprendre à son oncle quel avantage il y aurait pour lui à s'assurer l'appui de Garrick. Il ferait jouer Agamemnon et procurerait quelques ressources au ménage fort dépourvu du poète. Mais la fière dignité de Thomson n'est pas ébranlée. D'ailleurs il compte sur les produits d’une nouvelle édition des « Saisons ».
Garrick se présente en « constable », c’est-à-dire en exempt. Il
réclame le paiement d’un billet passé par le poète et signé par un
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