‹ James ThomsonChapitre 3 sur 294 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Thomson n’est pas un de ces écrivains dont la vie est étroitement liée à leur production artistique ; ce ne sont point d’ordinaire les événements de son existence qui lui inspirent ses vers; il ne faut pas chercher dans ses œuvres le reflet mouvant des passions qui l’ont agité. Nous ne renoncerons pas cependant à présenter le tableau de cette vie. Il ne semble pas qu’une étude littéraire puisse se passer de cette préface. Bien des années se sont écoulées depuis que Sainte-Beuve a donné à la critique une méthode et une direction nouvelles, bien des années et aussi bien des opinions et bien des modes, bien des systèmes différents du sien. Nous entendons autour de nous discuter

avec autant d’ardeur que jamais les bases mêmes de toute étude artistique. Le critique est-il un juge qui distribue l'éloge ou le blâme après avoir comparé l’œuvre au code formel et absolu des lois consacrées? Doit-il au contraire se borner à préciser et à expliquer l'impression qu’il ressent en face d’une œuvre d’art, à essayer d’en pénétrer l’intime inspiration, à reconnaître d’ailleurs que le jugement à porter reste chose d'ordre subjectif autant que l’émotion subie? On n’est pas plus d’accord à la fin de ce siècle qu’on n’eût pu l’être en 1825 sur ces sujets d’éternelles controverses. Mais une chose demeure acquise définiti-

vement de la révolution introduite par Sainte-Beuve. C’est la nécessité de joindre l’étude de l’homme à celle de l’œuvre. Les divers systèmes de philosophie de la littérature qui se sont produits depuis trois quarts de siècle ont tous apporté de nouvelles raisons pour justifier le procédé employé par le critique avec une si pénétrante etsi féconde sagacité. Pour les écoles qui professent d’ambitieuses prétentions scientifiques, l’étude de la vie d’un auteur, la notation des influences qui ont agi sur lui, des circonstances au milieu desquelles s’est développé cet ca tillon de la plante humaine, la recherche même de ses antécédents de famille ou de race, tour cela constitue les faits qui fournissent une détermination rigoureuse de cet accident qui est l’œuvre elle-même. Quant aux critiques, plus nombreux aujourd’hui qu’ils n'étaient il y a peu d'années, qui voient beaucoup d'hypothèses gratuites dans ces prétendus documents, beaucoup de vague et nuageuse spéculation dans ces méthodes à l'apparence scientifique, s’ils croient que le génie échappe aux déterminations trop précises par cela même qu'il est le génie’, ils s’attachent d'autant plus à connaître ces âmes d’élite dont ils ne prétendent pas exposer dogmatiquement l’origine et la formation, mais où ils trouvent l’ultime et suffisante explication des œuvres produites. Enfin la critique la plus décidée à promener sur la face de toutes les productions littéraires le niveau de lois extérieures et supérieures, celle-là même reconnait que, pour bien comprendre avant de juger, il faut tenter de revivre les intentions, les efforts et les sentiments de l’auteur. Nous ne pouvons donc plus considérer une œuvre littéraire comme une chose qui se suffise à elle- même, comme une fleur à laquelle nul ne demande sur quelle tige elle s’est épanouie. Mais nous y voyons l’efflorescence … d’une âme humaine, c’est-à-dire, s’il en faut croire le poète … critique, du plus ob objet d'étude que puissent se proposer | les hommes ?.

Ces raisons générales ne sont pas les seules qui justifient ici

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