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de charité. C'était une représentation au bénéfice du vieux Dennis tombé dans un profond dénûment. Thomson multiplie les démarches. Peut-être est-ce son intervention qui décide Pope, en dépit d'anciennes rancunes et d’une longue hostilité, à fournir un prologue pour cette représentation !. Savage de son côté offre au vieux critique le concours de ses vers pour remercier les confrères qui lui venaient généreuse-
de « This dreadful satirist Dennis will confess Foe to his pride, but friend to his distress »,
dit Pope lui-même dans son épître à Arbuthnot (vers 370). Mais la générosité dont il se targue cache une dernière attaque contre son vieil ennemi. Le Prologuz est d’une ironie que les circonstances font paraître cruelle et lâche.
« How changed from him who made the boxes groan, And shook the stage with Thunders all his own!
If there’s a Critic of distinguish’d rage; .
If there’s a Senior, who contemns this age;
Let him to-night his just assistance lend,
And be the Critic’s, Briton’s, Old Man's friend. »
Mr. Leslie Stephen (Life of Pope, p. 44) dit qu’à ce moment le misérable Dennis était hors d'état de comprendre cette petite perfidie. Le trait n’en serait pas plus beau. Mais il ne semble pas que le vieux poète fût arrivé à ce point d’affaiblissement intellectuel, si nous en jugeons par les vers suivants que publia le Gentleman's Magazine (année 1733, p. 156) :
« To Mr. Thomson on his generous Concern for Mr. Dennis’s last Beneñt.
« While I reflect thee o’er, methinks I find Thy various Seasons in their author’s mind!
Spring in thy flowery fancy spreads her hues, And like thy soft compassion sheds her dews; Summer's hot strength on thy expression glows, And o’er thy pages a beamy ripeness throws.
Autumnws rich fruits th’ instructed reader gains, Who tastes the meaning purpose of thy strains. Winter. but that no semblance take from theel! That hoary seasons’s type was drawn from me... Shatter’d by time’s bleak storms, I with’ ring lay, Leafless and whitening, in a cold decay, Yet shall my propless Ivy... pale and bent Bless the short sunshine which thy pity lent. »
Peut-être aussi sont-ce là les vers dont parle D’Israëli comme ayant été écrits par Savage au nom de Dennis (Calamilies of Authors, p. 55). Ils ne figurent pas cependant parmi les œuvres de Savage données par Johnson. D’après D’Israëli, Dennis auraïît au moins conservé jusqu’au bout cette humeur atrabilaire et celte brutalité de langage qui l'avaient caractérisé. Après avoir lu les vers du confrère charitable qui parlait en son nom, il se serait écrié : « They could be no one but that fool Savage’s! »
ment en aide. — Ces efforts réussirent; la représentation eut lieu au théâtre de Haymarket, et les acteurs abandonnèrent au bénéficiaire tout le profit de la soirée. Le vieux Dennis ne jouit pas longtemps de ce rayon réconfortant de sympathie et de confraternité. Il mourut, quelques jours après, le 6 janvier 1734.
Voilà donc Thomson devenu à son tour un personnage influent, une autorité en matière de lettres, un protecteur pour les écrivains qui réclament un appui. La pauvreté ne l'avait pas laissé aigri; la prospérité ne le trouva pas égoïste ni jaloux. Dennis ne fut pas le seul qui reçut des preuves de sa bonté cordiale et de sa simple et serviable bienveillance. Un jeune Écossais, son compatriote du Roxburghshire, John Armstrong, après des études de médecine faites à Édimbourg, était récemment venu, dans un de ces « vols de vautours » dont parlait un jour hé on 1, s'établir à Londres. Le jeune docteur était poète. Il avait écrit, lui aussi, en 1725, un poème sur l « Hiver », et ilen soumit le manuscrit aux écrivains en vue : Thomson, Mallet, Hill et Young. Mallet promit d'imprimer la pièce, et n’en fit rien. Thomson félicita son nouveau confrère, l’encouragea, et se lia avec lui d’une amitié que la mort seule devait rompre ?. |
À son tour Hill en venait à solliciter l’appui de son ancien protégé. Dans une lettre du 10 novembre 1733, il exprimait son regret de n’avoir pu depuis longtemps causer avec lui, il lui envoyait sa tragédie de Zara, et le priait d'assurer à la pièce la protection de Dodington *. Thomson promit avec empressement de satisfaire ce désir ‘. Sa réponse nous apprend aussi qu’il compte venir se fixer bientôt à Londres pour l’hiver, qu'il est en relations familières avec Pope, que tous deux se promettent de passer plusieurs soirées heureuses dans la com-
1, Voir suprà, p. 39.
2. John Armstrong était né en 1709 à Castleton, et fut reçu M. D. en 1732. Sa carrière de médecin à Londres fut assez prospère, mais il ne renonça pas à la poésie; et l'amitié de Thomson y fut sans doute pour quelque chose. Ses poèmes The CEconomy of love, 1131, et The Art of preserving heallh, 1744, reflètent l'influence de l’auteur des « Saisons ». Nous verrons qu'il contribua au « Château d'Indolence » » les quatre strophes qui terminent le premier chant.
3. The Works of the late AaroN Hizt, London, 1154, lettre du 10 nov., 1733.