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le nom d'Amanda 1. Dès le mois de février 1736, et avant qu'il se fût installé dans sa maison de Kew-Lane, il donnait au Gentleman's Magazine une courte pièce dont la dernière strophe renferme le nom d’Amanda. Deux lettres adressées à Mrs. Robertson en 1742 ?, et une lettre directement adressée à miss Young en 1743 * nous montrent que les années n’ont fait qu’enraciner l'affection de Thomson. Cette dernière lettre surtout exprime, en des termes d’une évidente sincérité, une de ces passions qui tiennent aux fibres profondes du cœur *. I y
4. 11 y en a dix environ. Quatre ont été publiées d'abord dans l’Essay du comte Buchan. Elles ont pour titres :
Verses addressed to Amanda. « Ah! urged too late! from beauty’s bondage free », etc.
To the same (en lui envoyant un exemplaire des « Saisons »). « Accept, dear nymph, this tribute due », etc. (Peut-être publié d’abord par Foulis of Glasgow.)
To Fortune. « For ever, Fortune, wilt thou prove », etc. To Myra (c'est-à-dire à Amanda). « O thou, whose tender serious eyes », etc.
Ces derniers vers se trouvent à la fin d’une lettre adressée par Thomson, le jour de Noël 1742, à Mrs. Robertson qui se trouvait à Bath avec miss Young, sa sœur.
Deux ont été imprimées pour la première fois dans l’Aldine edition, par Sir Harris Nicholas, qui les tenait de lord William Henry Lyttelton :
To Amanda. « Come, dear Amanda, quit the town », etc.
et la petite pièce : « Unless with my Amanda blesséd », etc.
Une a paru d’abord dans Hones Table-Book, d'après un manuscrit trouvé dans les papiers de Mr. Chaucer Ogle : « Sweet Tyrant Love, but hear me now », etc.
Une autre dans la vie de Lyttelton par Phillimore (vol. I, p. 310).
Verses to Amanda in imitation of Tibullus. « Come, healing God, Apollo, come and aid », etc. C'est une imitation très libre de la pièce latine : « Huc ades, el leneræ morbos expelle puellæ », etc.
La plus ancienne est celle que publiait le Gentlemans Magazine de 1736, p. 103 : « Come, gentle god of soft desire », etc.
Peut-être enfin faut-il aussi rapporter à Amanda, bien qu’elle n’y soit pas nommée, la pièce qui a pour titre :
The Lover’s fate. « Hard is the fate of him who loves », etc. 2. Elles sont du 27 novembre et du 25 décembre 1742. Sir Harris Nicholas
.n’a donné dans son Memoir of Thomson qu’un fragment de l’une d’elles,
mais elles se trouvent en entier dans l'Essay de Buchan, et dans la biographie écrite par R. Heron. La première est une des plus joliment tournées des lettres du poète. La seconde est très gaie et commence ainsi : « I believe I am in love with some one or all of you ».
-8. Datée du 29 août 1743, et écrite à Hagley, chez Lyttelton.
‘4..« …. Wherever [ am, and however employed, I never cease to think of my loveliest miss Young. You are part of my being; you mix with all my thoughts... Yes, I love you to that degree as must inspire into the
annonce son projet d'adresser à la jeune fille dès qu’elle sera de retour une proposition formelle de mariage, et il montre une certaine confiance de voir sa demande agréée. Le mariage n’eut cependant pas lieu. Il semble bien que ce soit la jeune femme qui, après plusieurs années d’une amitié où se mélait quelque coquetterie, ait mis fin au rêve longtemps caressé du poète. Elle n’était pas riche, et sa mère, femme grossière et vulgaire, si nous en croyons un témoin bien placé pour juger, s’opposait avec violence à cette union. « C’est cela! « s’écriait-elle un jour, tu voudrais épouser Thomson? Il fera « des ballades, ettu iras les chanter dans les rues ‘! » Miss Young devint la femme de l’amiral Campbell, et Thomson ne se consola point. Cet amour d’automne avait eu chez lui l’ardeur d’une première passion. La ruine lui en laissait au cœur la douloureuse mélancolie d’une déception que la vie ne pouvait plus désormais réparer. William Robertson va jusqu’à dire qu'après cette blessure inguérissable il prit la vie en dégoût ?. Au moins est-il certain qu’il traîna dès lors avec lui un souvenir attristé qui ne s’effaça jamais.
Nous serions curieux de savoir au juste ce que fut cette femme qui traversa la vie du poète pour y mêler un peu de charme et beaucoup de douleur. Mais l'amour de Thomson fut discret. Aucun des premiers biographes ne mentionne même l'épisode. Les quelques vers adressés à Amanda ne renferment guère d'indication précise sur la personne de celle qui les inspirait. Ils tendent cependant à confirmer cette appréciation du vieux Robertson : « C'était une femme belle et sensée », et le
coldest breast a mutual passion... » Le vieux Robertson ne se trompait pas, quand il disait cinquante ans plus tard : « Poor Thomson was desperately in love with her ».
4. « According to the account of Mrs. Robertson, the second wife of Mr. William Robertson, surgeon at Richmond, who was her intimate friend for a number of years, miss Young was not a striking beauty, but a gentlemannered, elegant-minded woman, worthy of the love of a man of taste and virtue..….. Her mother was a coarse, vulgar woman... She constanly . opposed the poels pretensions to Amanda, saying to her one day, « What! would you marry Thomson? He will make ballads, and you will sing them! » (Joan Ramsay or Ocnrertyre, Scotland and Scotsmen in the 18‘ century, p. 23.)
2. « I was in the room with him when he died... He seemed to me to be desirous not to live, and I had reason to think that my sister-in-law Was the occasion of this. He could not bear the thoughts of her being married to another. » (PArRK«Es Memoranda.).
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jugement très favorable qu’a porté cet autre témoin, Mrs. Robertson, dont l’opinion était si sévère à l’égard de la mère : « Miss Young n'était pas d’une beauté frappante, mais elle € avait la distinction des manières et l’élégance de l’esprit ; elle était digne de l’amour d’un homme de goût et de vertu ».
A interroger les vers à Amanda, nous apprenons que l’amie du poète était personne grave ‘. Elle n’encourageait guère les effusions brûlantes ; et Thomson, qui se plaint de trouver en elle trop de sagesse ?, croit devoir attester plusieurs fois que c’est l’âme qu’il aime en elle *. Enfin elle paraît avoir été personne fort « pratique ». C’est sans doute parce qu'elle avait peu de penchant aux idées romanesques qu’elle accueillit avec quelque faveur les hommages de James. En dépit de sa gloire, l’auteur des « Saisons » était, en 1743, un peu mûr pour un rôle de jeune premier. L’auréole poétique ceignait chez lui le front d’un barbon. L'esprit rassis de miss Young lui avait fait apprécier le rare talent et l’exquise bonté qui se cachaïent sous la bonhomie et sous la personne un peu alourdie de Thomson. Cette même tournure d’esprit lui fit peser exactement les avantages et les inconvénients du mariage proposé. Il nous faut bien supposer que la modeste situation du faiseur de ballades fut le véritable obstacle à leur union. N'est-ce pas ce que Thomson lui-même laisse entrevoir dans une pièce peu remar-
1. - « O thou, whose tender serious eyes Expressive speak the mind I love. »
a (To Myra.) 2. « Her whose goodness is my bane : »
(Sweet Tyrant Love.) 3° «’Tis not for common charms I sigh,
For what the vulgar beauty call; ’Tis not a cheek, a lip, an eye; But ’tis the soul that lights them all. » (Sweet Tyrant Love.)
La description la plus précise est celle qui se trouve dans quelques vers du « Printemps » :
« And thou, Amanda, come, pride of my song!
Formed by the graces, loveliness itself!
Come with those downcast eyes, sedate and sweet, These looks demure, that deeply pierce the soul, Where, with the light of thoughtful reason mixed, Shines lively fancy; and the feeling heart. »
(Spring, v. 483-8.)
quée des biographes? « Mais nous, frivoles esclaves de l'intérêt « et de l’orgueil. — Nous n’osons être heureux, de peur que la « langue des envieux ne nous blâme. Et voilà pourquoi je pleure &« inutilement ma fiancée! — O déplore avec moi, doux oiseau, « ma flamme malheureuse !. »
Mais, avant cette catastrophe du drame de sa vie, Thomson semble au contraire puiser dans son amour et dans l'espoir dont il se berce, une verve et une gaîté qui ne lui sont pas ordinaires. Nous avons parlé plus haut de ses deux lettres à Mrs. Robertson. Du mois de décembre 1742 est également datée une épître humoristique adressée « à un an en voyage » ?. Dans cette plaisanterie, un peu longuement poursuivie, Buff, un chien d’expérience, écrit à Marquis, son ami, jeune roquet qui s’est mis en route pour « voir le monde ». Il est bien difficile d'extraire de cette charade quelque renseignement biographique. Elle nous apprend que Marquis a habité Richmond, qu’il est gros *, qu’il accompagne à une ville d’eaux deux dames bien connues de Thomson, évidemment Mrs. Robertson et sa sœur #. Il est question d’un ami commun, € that wretched animal Scrub », qui a tous les talents voulus pour réussir en cour, et Buff ajoute, pensant à ce qui manquait à Thomson : (€ Un mot à votre oreille : Je voudrais bien qu’un « certain bipède de mes amis eût un peu de ce zèle empressé ° ». Un autre passage nous laisse entendre en termes d’un cynisme qui sans doute est ici de circonstance, que les deux amis sont
1. « But we, vain slaves of interest and of pride, Dare not be blest, lest envious tongues should blame : And hence, in vain, [ languish for my bride!
O mourn with me, sweet bird, my hopeless flame. » (To the Nightingale.)
2. « To a friend, on his Travels », datée du 7 décembre 1742. Elle a été publiée par Buchan.
3. « I will... conclude by wishing that the waters and exercice may bring down your fat sides. »
4. « Pray lick for me, you happy dog you, the hands of the fair ladies you have the honour to attend. I remember to have had that happiness once, when one who shall be nameless looked with an envious eye upon me, »
Il est fort probable que Marquis n’est autre que Robertson accompagnant sa femme et sa belle-sœur à Bath, « the great smart of scandal ». —
5. « À word in your ear. — I wish a certain two-legged friend of mine had a little of his assiduity. »
peu satisfaits des façons hautaines de certains habitants de Richmond !.
En 1743, le poète est occupé, nous l'avons dit, à un travail considérable de développement et de refonte des « Saisons ». C'est alors sans doute qu'il y fait une place, dans quelques vers émus et charmants *, à cette Amanda dont la pensée, dit-il, se joint pour lui à toute occupation. Peut-être aussi songe-t-il à tenter de nouveau la fortune au théâtre. Certain passage de la correspondance de Hill pourrait bien se rapporter à cette tragédie de « Socrate » dont le projet hantait depuis tant d'années la pensée de Thomson *. Au mois de juin de cette année, il n’a pas encore vu Hagley, la résidence de Lyttelton. Son noble ami, qui s’est marié depuis peu de temps, insiste vivement pour que la visite longtemps promise ne soit pas retardée davantage. Thomson promet d’aller, à l'automne, passer quelques semaines dans ce lieu qu’il désire voir € plus qu'aucun autre au monde », et où il trouvera « les Muses de la grande et simple nature ». Il espère qu’il pourra montrer alors à son hôte plus d’un Chant des Saisons prêt pour l’édition nouvelle qu’il prépare *.
L'engagement fut exactement tenu et le poète se rendit dans le Worcestershire à la fin du mois d'août, à ce moment de l'année qui lui offrait l'aspect de la nature qu’il préférait à tout autre.
- Ce séjour à Hagley lui causa la plus vive satisfaction. Son enthousiasme pour le lieu, pour ses hôtes, pour la vie qu’il y mène s'exprime longuement dans une lettre à miss Young, du 29 août. Nous la traduisons en entier parce qu’elle est intéressante à divers titres : elle nous initie aux goûts intimes du