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ment en face d’un confrère plus fameux. Il n'hésite pas à affirmer les droits de son génie dans les cas où la critique de Pope lui paraît affaiblir l’image ou la pensée que lui-même a voulu exprimer.
Cette édition des « Saisons » était publiée par Millar au mois de juin 1744. Woodfall en avait imprimé 1 500 exemplaires. Le mois suivant, dans le même format in-8, Millar publiait une nouvelle édition du premier volume des Œuvres, et, au mois d'août, une réimpression en un seul volume d’« Agamemnon » et d « Édouard et Éléonore » ?.
Enfin, durant cette année 1744, Mr. Lyttelton arriva aux affaires, dans l’administration qui succéda à celle de Rob. Walpole, et devint un des lords de la Trésorerie. Il fit aussitôt profiter son ami de son influence, et lui assura, dans l’administration des douanes, la place de Surveyor-General of the Leeward Islands. Cette direction des douanes des Iles Sous-le-Vent pouvait heureusement s'exercer de loin. Ow plutôt le titulaire ne dirigeait rien et se contentait d'envoyer un substitut auquel il abandonnait partie des émoluments. Thomson fit choix de William Paterson, l’ami obligeant qui avait recopié son manuscrit d « Édouard ». Il lui restait encore, après avoir payé son lieutenant, un revenu de trois cents livres. Avec les cent livres de pension du prince de Galles, notre poète se trouvait donc pourvu, indépendamment du produit éventuel de ses travaux littéraires, d’une large aisance. :
Dans un des recueils de correspondances de ce temps, nous relevons une mention de Thomson qui paraît avoir échappé à ses biographes. Elle offre cet intérêt de nous le montrer en relations d'amitié avec un des plus illustres parmi ses contemporains. Richardson, après la publication de « Paméla », en 1740, et celle de la suite qu’il crut devoir y ajouter un an plus tard, était déjà un personnage célèbre, quand Hill le
1. Tirage à 4500 exemplaires. L'année suivante, tirage supplémentaire de 500 exemplaires. (Woodfall’s Ledger, 26 juin 41745.) 2. Tirage à 250 exemplaires. (Woodfall’s Ledger, 26 août 1744.)
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chargeait, le 24 juillet 1744, de remerciments et d’amitiés pour Thomson‘. Notre poète ne se doutait guère que le digne commerçant qui venait, sur le tard, d'écrire ce récit familier et touchant, inaugurait une forme d’art nouvelle et apportait la solution du grave problème alors posé devant les écrivains et les critiques. La première moitié du xvuI° siècle s'était écoulée sans avoir vu naître une école dramatique nouvelle. Le public continuait à demander aux poètes les plaisirs que la scène anglaise avait su lui assurer dans la longue période qui va, presque sans interruption, de Marlowe à Otway. Et les poètes, pour satisfaire ce désir, continuaient à alimenter le théâtre de tragédies sans vie, qu’ils avaient élaborées sans enthousiasme et sans foi, queles auditeurs écoutaientsans émotion ni plaisir. Cette antinomie entre les aspirations du public et l’impuissance d’un genre épuisé pouvait se prolonger longtemps. Comment rajeunir et raviver la tragédie? Home devait dans quelques années la faire briller d’un nouvel et fugitif éclat; mais la vraie solution était apportée par Richardson. Le roman mettrait fin à la longue agonie de la tragédie en la tuant définitivement. Et il la remplaçait par la forme d'art la plus souple, la plus plastique, la plus propre à se transformer selon les variations du goût, des milieux et des temps. Thomson, pas plus sans doute que Richardson lui-même, ne voyait aussi loin dans l’avenir. Il persistait à croire qu’une bonne tragédie ne demandait qu’une application consciencieuse des règles du genre, avec ce que le talent de chaque auteur pouvait communiquer de noblesse ou de grâce au langage des personnages mis en scène. Ses tentatives de rénova-
tion n’allaient pas au delà d’une imitation des hardiesses de
Voltaire. L'œuvre qu’il achevait en 1744 emprunta, comme « Édouard et Éléonore », son sujet aux temps modernes, et
non pas à l’antiquité classique ?. Cette quatrième tragédie fut
4. « …. To the author of the Seasons will you be so good as to return my thanks for his remembering an old friend who, though he had still been forgotten on, would notwithstanding that, have yearly traced him round with new delight from Spring quite down to Winiere » (Hill à Richardson, July 24, 1744.)
2. Il a été fourni à Thomson par un épisode de Gil Ébalit, IV, chap.1v : « Le Mariage par vengeance ».
En revanche, la tragédie anglaise a été imitée, ou plutôt traduite en France, par Saurin, et représentée le 25 septembre 1763 sous le titre de
jouée à Drury-Lane en mars 1745. Il ne s’agissait plus cette fois de l’œuvre d’un auteur ignoré ou d’un homme de lettres besogneux. La tragédie se présentait au public avec les plus nobles répondants. Lyttelton et son cousin, Mr. Pitt, avaient suivi les répétitions avec une extrême assiduité, donnant aux acteurs des conseils que ceux-ci écoutaient avec respect et suivaient avec confiance‘. Ce n’est pas, pour la mémoire de Thomson, un médiocre honneur que ces preuves d’amitié du futur lord Chatham. Le grand orateur était un fin lettré dont le jugement s’appuyait sur un savoir étendu et solide *. Garrick jouait le rôle de Tancrède*. Le prince de Galles accepta la Dédicace, en sa qualité de « protecteur de tous les arts et de toutes les sciences et, en particulier, des œuvres dramatiques * ». Le succès fut beaucoup plus complet que pour aucune des autres tentatives faites par l’auteur à la scène. L'œuvre fut chaudement applaudie, comme l’atteste Walpole, un des critiques les plus malveillants de Thomson *. Woodfall imprima pour Millar 5000 exemplaires, plus 50 exemplaires de luxe ‘. La faveur rencontrée par cette tragédie auprès du public anglais persista pendant de longues années. Nombre d'éditions en paraissent sans épuiser la vogue dont elle est
Blanche et Guiscard. La traduction avait été publiée d'abord dans le Mercure de janvier et de février 1761.
1. « Those great persons (Pitt and Lyttelton) had taken upon themselves the patronage of Thomson’s Tancred and Sigismunda; under their direction and influence, it was acted at Drury-Lane. » (Davies, Life of Garrick, vol. I, p. 78.)
« The two great statesmen, Pitt and Lyttelton, attended the rehearsal of Tancred and Sigismunda with great assiduity; they had a sincere value for the amiable author. Their instructions were heard by the players with great respect, and embraced with implicit confidence. The play was well acted in all its parts. »
2. On rapporte de lui qu’il pouvait également éclipser Gibbon es une conversation, battre les humanistes les plus experts dans une traduction improvisée, et, à un souper shakespearien, « parler Shakespeare » de facon à humilier tous les assistants, y compris Porson lui-même.
Sa prédilection pour le théâtre datait de loin. A treize ans il avait écrit une tragédie. (Voir The Life and Letters of Lord Macaulay by G. TREVELYAN, Macaulay’s Diary, July 17, 1856.)
3. Les autres rôles étaient tenus par Sherridan et Delane, Mrs. Cibber et Miss Budgell.
&. Ce sont les termes employés par Thomson dans la dédicace.
5. « The town flocks to a new play of Thomson’s called Tancred and
Sigismunda, it is very dull. » (Horace Walpole à H. Mann, 29 mars LE Lettre 167.) .