Voir infra, deuxième partie
3. Aussi les jugements portés sur Thomson sont-ils très généralement favorables ou hostiles au poète anglais selon que celui qui les exprime, procède ou non de l’influence de Rousseau. Pour prendre un petit nombre d'exemples, Grimm s'exprime ainsi : « .… Je ne dirai qu’un mot des Saisons de Thomson comparées aux Géorgiques de Virgile; c’est que la muse de Thomson ressemble à Notre-Dame de Lorette, et la Muse de Virgile à Vénus : l’une est riche et couverte de diamants, l'autre est belle, nue et n’a qu’un simple bracelet. Virgile est un modèle de bon goût; Thomson serait tout propre à corrompre celui d’un jeune homme. » (Cor-
Soit directement, soit par l'intermédiaire de Rousseau, Thomson a donc exercé sur la littérature française une influence considérable. Mais outre cette action générale l'œuvre du poète anglais a provoqué un grand nombre d’imitations formelles et conscientes quoiqu’elles ne soient pas toujours avouées. Il suffira de rappeler les Saisons de Léonard '; Les Saisons jadis fameuses de Saint-Lambert, où Voltaire voyait une des œuvres maîtresses de la poésie moderne ?; Les Mois de Roucher *; les Fastes de Lemierre *; les diverses œuvres où Delille a copieusement mis à contribution le poète anglais : les
respondance de Grimm; cité dans le Quarterly Review, vol. IX, p. 116.)
Au contraire, Mme de Staël admire dans les « Saisons » jusqu'aux lieux communs de morale et aux intermèdes sentimentaux :
« Les vers de Thomson me touchent plus que les sonnets de Pétrarque. » (De la Littérature, préface de la 2° édition.)
« Est-il une plus délicieuse peinture de l'amour dans le mariage que les vers qui terminent le premier Chant de Thomson sur le Printemps? » (De la Littérature, chap. xv.)
Et Mme Roland, dans sa prison, cite de mémoire des vers des Saisons,
Quant à Chateaubriand, qui aurait dû goûter la magnificence et la pompe des descriptions de Thomson, il le juge de façon bien sècheet bien étroite. 11 l’associe à Pope comme ayant concouru à la même œuvre :
« Ainsi repoussée en France, la Muse des champs se réfugia en Angleterre... En ne peignant plus que la vraie nature, elle voulut tout peindre... Thomson mème dans son chant de l’Hiver, si supérieur aux trois autres, a des détails d’une mortelle longueur. Telle fut la seconde époque de la poésie descriptive.
« D'Angleterreelle revint en France avec les ouvrages de Pope et du chantre des Saisons... » (Génie du Christianisme, liv. IV, chap. mr.)