RS, CS
si les ressemblances générales sont frappantes entre la poésie de Thomson et la « poésie » de Buffon, il y a là plus qu’une parenté de génies. L'écrivain français aurait-il conçu cette entreprise grandiose d’une description à la fois scientifique et noblement littéraire du monde des choses et des êtres vivants, s’il n’y avait été encouragé par le succès du grand poème descriptif anglais !? — Quant à Rousseau, on ne saurait exagérer la part qu'a prise l’œuvre de Thomson dans le développement de son génie ou au moins dans l’inspiration de son œuvre littéraire. S'il n’y avait là qu’une simple coïncidenee, elle serait la plus extraordinaire qu’on puisse relever dans l’histoire des lettres, Nous verrons dans létude de l’œuvre de Thomson que celui-ci a donné au monde, trente ans avant Jean-Jacques, et avec les différences de forme qui sont la marque du génie de chacun, la connaissance et le goût des choses de la’ nature, la perception des beautés du monde extérieur révélées jusque dans les phénomènes les plus vulgaires, la philosophie sociale dont Rousseau devait tirer de si brillants effets oratoires, la sentimentalité tantôt noble et tantôt factice ou puérile, qui va devenir comme le cachet propre de la littérature du xvrrr° siècle, la prédication morale, et cette religiosité éloquente et vague qui alimentera le spiritualisme du siècle ?. N'est-ce pas dire que l’œuvre de Thomson annonçait tout ce qui chez Rousseau à constitué le corps de doctrines, d'enseignement et d'idées de sa poésie, de sa politique, de sa morale et de sa philosophie *?
1. Quand les trois premiers volumes de l’Histoire naturelle parurent, en 1149, le poème des « Saisons » n’avait pas encore été traduit en français. Mais on sait que de bonne heure Buffon s’était familiarisé avec la langue anglaise. Quelques-uns de ses premiers travaux sont des traductions d’ouvrages scientifiques publiés en Angleterre.