‹ James ThomsonChapitre 87 sur 294 · Comming to kisse her lyps (such grace I found · texte numérisé non relu

Comming to kisse her lyps (such grace I found

Me seemd, I smelt a gardin of sweet flowres,

That dainty odours from them threw around,

For damzels fit to decke their lovers bowres.

Her lips did smell lyke unto the Gillyflowers;

Her ruddy cheekes, lyke unto Roses red;

Her snowy browes, lyke budded Bellamoures;

Her lovely eyes, like Pincks but newly spred;

Her goodly bosome, like a Strawberry bed;

Her neck, lyke to a bunch of Cullambynes;

Her brest, lyke Lillyes, ere theyr leaves be shed;

Her nipples, like yong blossomed Jessemynes; Such fragrant flowers doe give most odorous sinell; But her sweet odour did them all excell. »

(Sonnet LXIV.)

service de ses convictions . Et comme chez Spenser aussi, cette aspiration vers un but élevé, cette sorte d’apostolat poétique est associée chez Milton à un sentiment très vif de la beauté sous toutes ses formes. Dans ses œuvres de jeunesse nous retrouvons tous les motifs inspirateurs du poête que nous venons d'étudier : l’éclat radieux de l’antiquité païenne, la noblesse morale du platonisme et de la foi chrétienne, la soif d’idéal et le charme naïf des poèmes chevaleresques ou des légendes populaires. Mais il y ajoute quelque chose. Si ces premières productions, l’Allegro, le Penseroso, Comus, Lycidas, etc., méritent d’être considérés comme les chefsd'œuvre les plus achevés de la poésie de la Renaissance, en dehors du théâtre, c’est que Milton y manifeste, à un plus haut degré que Spenser, une ferme étreinte de la réalité, un sentiment large et profond de la nature.

Est-il besoin de rappeler que l’Allegro et le Penseroso énumèrent avec une complaisance ravie les spectacles, les travaux et les plaisirs de la campagne? Malgré l’opinion des critiques à qui ces tableaux ont paru manquer d’exactitude, est-il rien de plus justement vu et noté que la plupart de ces traits descriptifs? Sans doute l’imagination seule du poète.a entendu l’alouette lui chanter à la fenêtre une joyeuse aubade *. Mais ce sont bien des impressions directes que ce bruit « du «faucheur qui aiguise sa faucille * », ou la vue de « ces meules « fauves qui s'élèvent dans la prairie ‘ », de « cette cheminée de « chaumière dont la fumée monte entre deux vieux chênes », de « cette lune voyageuse qui semble se baisser pour franchir « un nuage floconneux f », de « cette petite pluie qui, du bord « du toit laisse tomber à intervalles réguliers ses gouttes sur les « feuilles qui bruissent' ». Les scènes merveilleuses de Comus se déroulent au milieu de paysages qui ont à la fois l’éclat des tableaux de Spenser et le charme pénétrant des champs et des bois véritables. Ce sont des vallées aux broderies de violettes,

4. « Milton has acknowledged to me, that Spenser was his original. » (Dryen, Preface to Fables.)

Dans l’Areopagitica Milton lui-même exprime en ces termes son jugement sur Spenser et sa conviction que le poète a une mission morale : « the sage and serious Spenser, whom I dare be known to think a better teacher that Scotus or Aquinas. »

2. L’Allegro, v. 46. — 3. Ibid., v. 66. — 4. Ibid., v. 90. — 5. Ibid., v. 81, 82. — 6, 11 Penseroso, v. 71, 72. SAR lbid., v. 197- 130.

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qu'emplissent la voix d'Écho, la douce nymphe, et les tristes chants d’amour du rossignol !; une forêt de sombres pins dont les cimes noires s’agitent et secouent sur le voyageur égaré l'horreur et la menace?; des clairières où, sur le bord du ruisseau à la surface légèrement ridée, les nymphes des bois ornées de parures de pâquerettes célèbrent leurs veillées joyeuses *; des sables jaunes où dansent les fées légères et les gracieux lutins *, des sources entourées de fragiles roseaux ÿ, des rives que tapissent les primevères à la tête de velours f. Lycidas commence par une apostrophe à ces plantes symboliques : le laurier, le myrte, le lierre; il se termine par la mention de bois et de prairies. Et dans le poème luimême que de souvenirs des choses de la nature, depuis l’énumération célèbre des fleurs dont le poète veut joncher la tombe de son ami’, jusqu'à ces nombreux traits de description qui tantôt reproduisent la perception précise d’une délicate observation, et tantôt évoquent d’une poétique image, plus éloquente et plus suggestive qu’une longue énumération de détails, quelqu’une des apparences familières de la nature. Est-il rien de plus rustique ou de plus fidèle que ces vers où nous entendons le bourdon du taon sous la chaleur étouffante de midi °? que ceux où nous voyons s’allonger, au soleil du soir, l'ombre des collines *? que ceux où sont dépeintes ces vallées profondes que hantent les faibles murmures des ombres, des vents capricieux et des ruisseaux jaillissants, et dont le frais repli reçoit rarement le regard de l'étoile néfaste ‘°? Et d’autre part la poésie moderne a-t-elle jamais retrouvé plus heureusement le don de création de ces mythes à la fois gracieux et merveilleusement pittoresques où se plaisait la poésie des Grecs? Qu'on se rappelle ces « prés élevés qui apparaissent lorsque commencent «à s'ouvrir les paupières de l’Aurore ‘! », ou « le calme matin «s’éloignant avec ses sandales grises ‘? ». |

1. Comus, v. 230-235. — 2. Ibid., v. 36-38. — 3. Ibid., 120, 121. — 4. Ibid. V. 117, 118. — 5. Jbid., v. 890, 891. — 6. Ibid., v. 898. — 7. Lycidas, v. 142- 150. —-8: Tbid, v. 28. — 9. Ibid., v. 190. — 10. Ibid., v. 136, 138. — T1 1014;;ev. 28:

42. Lycidas., v. 187. — Macaulay a très justement noté ce caractère des premières œuvres de Milton que nous essayons ici de préciser : « Neither Theocritus nor Ariosto had a finer or a more healthful sense of the pleasantness of external objects, or loved better to luxuriate amidst sunbeams and flowers, the songs of nightingales, the juice of summer fruits, and the coolness of shady fountains.» (Essay on Milton.)

Trente années séparent ces premières productions de l’œuvre épique à laquelle est attachée surtout la gloire de Milton, trente années de passions ardentes, de haines sans mesure, d’âpres luttes aboutissant à une défaite sans espoir. Que reste-t-il de la vive et lumineuse imagination qui inspira l’Allegro et Comus chez le polémiste qui pendant vingt ans a rédigé, argumenté et bataillé en pesantes périodes latines? À coup sûr le changement est profond du jeune homme pour qui tout spectacle de la nature était une joie et provoquait un chant, au vieillard aigri, souffrant et aveugle qui dictait le « Paradis Perdu. » Mais cette fête des sens, dont il avait joui si pleinement, lui avait laissé un souvenir trop vivant pour que la nature fût exclue du poème qu’enfantait son génie assombri et en même temps grandi. Ce n’est pas seulement le souvenir des lectures, c’est aussi celui des visions d’autrefois qui, selon le mot délicat et poétique de Hallam, « venait éclairer sa route «sombre et solitaire comme la lune sortant des nuages » !. Sans doute les paysages qu'il donne pour cadre aux scènes de son poème surhumain ne sont point des copies de la Nature. Ni le Ciel dont le sol brille comme une mer de jaspe ?, que traversent les flots d’ambre du fleuve de la Félicité, où croissent l’amaranthe et les fleurs élyséennes ?; ni l’Eden fortuné qu'entourent d’infranchissables murailles ‘, où d’une source de saphir, s’échappent des ruisseaux de nectar qui coulent sur un lit de perles et de sables d’or *, pour arroser l’arbre de vie et des roses sans épines ‘; ni ce monde sans couleur et sans forme où règnent l’Antique Nuit et le Chaos et qu'emplit la lutte sans fin des éléments 7, rien de tout cela n’appelle des peintures du monde réel. Et cependant la vision de ce monde est toujours présente à ces yeux de l’âme que le poète demande à la lumière divine. En quelque région merveilleuse qu’il place les héros de son poème, lui-même ne renonce pas à parcourir les séjours favoris des muses : claires fontaines, bosquets ombreux ou colline ensoleillée *; il s’y nourrit de pensées et

4. « The remembrance of early reading came on his dark and lonely path like the moon emerging from the clouds. » (Introduction to the Literature of Europe in the 15, 46% and 17% centuries.

2. Paradise Lost, Bk. II, v. 362-364. — 3. Ibid., v. 353, 359. — 4. Ibid.; Bk. IV, v. 175 et suiv. — 5. 1bid., v. 231-240. — 6. Ibid., v. 256.— 7. Ibid., Bk. IT, v. 890 et suiv. — 8. Jbid., Bk. III, v. 53. —19.:Jbid., v. 27-29.

de souvenirs qui font naître en lui les vers harmonieux !. Et c’est grâce à cette communion persistante avec la réalité qu'il trouve, pour le développement de son œuvre mystique, une langue toujours éclatante, pleine et ferme, et toujours poétique, là même où la pensée semblerait ne pouvoir revêtir qu'une forme abstraite et froide. Chaque page, presque chaque vers évoque devant nous quelque image du monde extérieur. Tantôt c’est une comparaison hardie et frappante, comme celle de Satan déchu mais non pas entièrement dépouillé de tout éclat et de toute beauté, avec le soleil voilé au matin par les brumes de l'horizon ?; comme celle aussi, parmi tant d’autres, des anges frappés, mais non pas domptés, avec les chênes et les sapins foudroyés qui s'élèvent flétris sur la lande *. Souvent encore, c’est une personnification, qui, plus sûrement qu'une description directe, éveille en nous l’écho de sensations et de souvenirs. « Voilà que l’Aurore, faisant sur l'horizon rose « de l’Est ses premiers pas, a parsemé la terre de perles étince- « lantes “. » — «La Terre, achevée par la main du Créateur, «sourit charmante, dans son riche costume * », etc. — Et enfin quand le poète nous peint expressément quelqu'un des grands aspects de la nature qui peuvent trouver place dans son œuvre, un de ceux en particulier où l'effet est dû plus aux jeux de la lumière qu’à l’harmonie des formes, il atteint une puissance descriptive qui n’a jamais été dépassée. Il suffira de rappeler ces vers dans lesquels Adam éveille sa compagne et l'invite à venir goûter avec lui les grâces du matin °, ou ceux dans lesquels est décrite la tombée progressive de la nuit depuis l’apparition d’'Hespérus jusqu’à la venue de la Lune qui jette sur la terre son manteau d'argent ?.

Si rapide que soit cette étude du sentiment de la nature chez Milton, elle ne saurait négliger un des traits qui caractérisent toute son œuvre : « Milton », disait Coleridge, « fut, «comme poète, plus musicien que peintre. » Ilentendait par là que ses descriptions doivent leur charme et leur puissance à l'harmonie et à la magie des sons plus qu’à la fidélité des lignes et des couleurs $. Le mot resterait encore exact si nous lui

1. Paradise Lost, v. 31, 38. — 2. Ibid., Bk. I, v. 594-596. — 3. Jbid., v. 612-615. — 4. Ibid., Bk. V, v. 1. — 5. Ibid., Bk. VII, v. 501, 502. — 6. 1bid., Bk. V, v. A7 et suiv. — 7. 1bid., Bk. IV, v. 598-609.

8. Milton était musicien, et fils d’un musicien — comme Pindare l'avait

donnions une autre interprétation. Milton a noté plus fréquemment, plus complaisamment et plus heureusement qu'aucun poète, sauf Shakespeare, les sons de la nature. Et ce n'est pas là un caractère particulier des œuvres écrites quand « les ailes « de la Nuit eurent étendu sur ses yeux leur ombre épaisse ». Déjà les premiers poèmes témoignaient de cette perception délicate des bruits qui donne à ses paysages tant d'animation et de vérité. L’Allegro ne renferme pas moins de vingt-trois notations de sons, et le Penseroso en renferme vingt. L'air que respirent les personnages de Comus est animé de mille sons divers, chants des oiseaux, murmures des bois et des ruisseaux, voix aériennes, ou bruyantes orgies de la troupe impure de Comus. Déjà l’ « Ode sur la Naissance du Christ » renfermait en grand nombre des effets de cette nature, et quelques-uns d’une délicatesse extrême : « Les vents ravis etmuets « baisèrent doucement les eaux, annonçant à voix basse des « joies nouvelles à l'Océan paisible ! ». Et les poèmes des dernières années abondent à leur tour en notations de sons dont quelques-unes sont restées célèbres, comme cette comparaison des anges déchus qui, se levant tous ensemble dans le Pandé-

monium, font entendre un bruit semblable au grondement loin-

tain du tonnerre *, ou ce vers de sonorité merveilleuse qui nous fait entendre l'appel de Satan résonnant dans les abîimes de l'enfer *. Il serait exact de dire que Milton est le poète du

son, de la musique des choses, comme Spenser est par excel-

lence le poète de la lumière.

Un dernier caractère nous reste à signaler par lequel Milton dépasse et Chaucer et Spenser, et, avec ce Shakespeare aux mille âmes qui a tout compris, tout senti et tout exprimé, devance notre poésie moderne dans son interprétation de la nature. Le monde n'est pas seulement pour lui un panorama aux spectacles merveilleux, une source de beauté et de joies. Il y voit une force en contraste avec l'humanité; un enseïigne-

êté, dit-on. — Dante, le poète à qui l’on a le plus souvent comparé Milton, était lui aussi musicien. (Voir De Vulgari Eloquie.) - Ps 41. On the Morning of Christs Nativity, str. v. = 2. Paradise Lost, Bk IT, v. 476, 411. ;

+ « He called so loud that all the hollow deep- — RE of bell resounded. » SS

— {Paradise LE Bk. I, v. su, MIS

du

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ment, une influence bonne et salutaire pour nos passions; une moitié de la création qu’il tend à associer étroitement à cette autre partie qui est le monde des âmes. On peut suivre dans les œuvres poétiques de sa jeunesse le développement de cette conception du rôle des choses et de l’harmonie de l’univers. Déjà l’Allegro et le Penseroso unissent l @ état d'âme » qu'ils expriment aux spectacles de la nature. Le plaisir que promet à ses fidèles Euphrosyne, la fille de Zéphyr et de l’Aurore, c’est avant tout la jouissance des formes et des couleurs des choses, l'éclat radieux du soleil, les sons et les parfums de la campagne ‘. Et de même, au premier rang des joies que la divine Mélancolie assure à ceux qui la suivent, le poète place la contemplation de la nature sous ses aspects de pénétrante et délicieuse tristesse. Il nous peintavec ravissement le charme des belles nuits où, au-dessus du chêne familier, Cynthia arrête son attelage de dragons, où le rosignol, « si mélodieux et si mélancolique », emplit de son chant les bois silencieux, où la lune semble errer comme un voyageur égaré dans les plaines du ciel, où le son lent et grave d’une cloche lointaine apporte une note si triste et si émue sur le rivage de la mer sans bornes ?.

Le Comus nous présente la même union des réalités matérielles à nos plaisirs et à nos tristesses. Comus associe aux rites de la volupté le chœur des astres qui dans leur ronde rapide entraînent les mois et les années, et les mers dont les vagues dansent en suivant le mouvement de la lune, et les sables jaunes ou les sources mystérieuses que hantent les fées et les dryades *. Et, d’autre part, la jeune fille invoque le secours des choses bonnes et pures. Perdue dans la forêt dangereuse elle fait appel à Echo, la douce nymphe ‘; un nuage tourne vers elle pour la guider sa frange d’argent *. La nature exerce une saine et vivifiante influence qui s'oppose aux maléfices du magicien. La pure divinité qui seule peut briser le pouvoir du fils de Circé, c’est la nymphe d’une rivière. Et enfin, dans l’épilogue lyrique qui termine le Masque, l’Esprit vient proposer à la Vertu, comme récompense suprême, la libre contemplation des magnificences de l’univers.

4. L’Allegro, passim. — 2. Il Penseroso, v. 56-16. — 3. Comus, v. 112-121, — 4. Ibid., v. 230 et suiv. — 5, Ibid., v. 221-225.

Lycidas associe plus directement encore la nature à une émotion humaine. « Les saules et les verts buissons de coudrier «n’agiteront plus gaiement leurs feuilles aux doux chants de « Lycidas !. » Mais c’est la nature aussi qui console l’ami laissé seul. Il arrache aux lauriers, aux myrtes sombres, au lierre toujours vert leurs feuilles et leurs dures baies pour honorer Lycidas. Il veut que sur cette tombe les vallées jettent leurs clochettes et les mille couleurs de leurs petites fleurs; il invite les ravins profonds à y répandre l'émail de ces jolis yeux qui, sur le gazon vert, boivent les pluies délicieuses *. Et quand sa foi religieuse lui montre, dans la bonté de Dieu et dans le bonheur de l’ami perdu, la vraie consolation de sa douleur, il rêve que les vertus de Lycidas lui auront mérité cette récompense de devenir le « génie » des rives où il est mort *.

Enfin les traits de ce genre ne sont pas absents non plus du grand poème plus « objectif » cependant que ceux dont nous venons de parler. La nature a une sympathie pour l’homme dans le « Paradis Perdu ». Au spectacle de la faute, « la Terre « frémit jusque dans ses entrailles, — et la Nature fit entendre «un gémissement; — le ciel s'assombrit, et, murmurant dans « le tonnerre, pleura — quelques tristes larmes quand le péché « de l’homme fut commis ‘ ».

1. Lycidas, v. 31-44. — Ce n’est pas sur ce point même que nous fondons le titre de Milton à une originalilé parmi les poètes descriptifs. La nature attristée par le deuil qui emplit l'âme de écrivain, c’est un des lieux communs les plus anciens et les plus constants de la poésie. On le trouverait à toutes les époques et dans toutes les littératures depuis l’antiquité jusqu'aux poètes contemporains. Et, dans la longue liste des pièces à la fois descriptives et élégiaques, il faudrait réserver une place d’honneur, entre certains morceaux de Spencer et de Milton, à ceux de Ben Jonson. Dans le Sad Shepherd, quelques passages inspirés de Théocrite et de Bion sont au nombre des vers les plus exquis de ce genre, qui est du domaine public de la poésie.

‘2. Lycidas, v. 134 et suiv.

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