L*ENFANCE ET L'ADOLESCENCE
préface obligée des études religieuses, elles plaisaient au jeune homme aussi peu que renseignement de la n grammar school » auquel elles faisaient suite. Le latin restait la partie principale des programmes. Le grec y oœupait aussi une place importante; mais la langue nationale n'y était guère considérée comme un objet d'étude. Les humanités classiques avaient autrefois été cultivées en Ecosse avec un grand éclat. Mais au commencement du xvni° siècle a les Écossais, nous 4L dit le Dr. Aikin, avaient perdu leur supériorité en latinité et c n'avaient pas encore appris l'anglais » ». Thomson suivait donc le cours d'études de la Faculté, avec une assiduité dont le résultat est apparent dans sa sûre connaissance des langues et des littératures anciennes, mais sans ombre d'enthousiasme. Ici comme à Jedburgh il fait à ses maîtres et à ses camarades l'effet d'un élève médiocre et d'intelligence assez terne. Il semble se porter avec plus de goût vers l'étude des sciences naturelles qui commence à ce moment même à prendre une place importante dans l'université. Tandis que l'enseignement littéraire y demeurait exclusivement et étroitement attaché aux langues anciennes, Edimbourg s'ouvrait plus facilement que les universités anglaises à l'influence de la science telle que Newton la renouvelait et la vivifiait. On s'y livrait avec ardeur à l'étude des mathématiques et des sciences naturelles. Le programme de la 4" année du a curriculum » de la Faculté des Arts leur est presque entièrement consacré. Une école de médecine est ajoutée aux Facultés en 1710. La correspondance de Thomson pendant ces années, mais surtout son œuvre poétique, attestent l'intérêt qu'il trouvait aux grandes spéculations scientifiques appuyées sur l'observation de la nature *.
Le travail ordonné et contrôlé à la Faculté n'absorbait pas ^n entier, ni même pour la meilleure partie, l'activité de son esprit . Il lisait assidûment ces grands écrivains auxquels
1. Voir aussi Allan Cunhinghah, « Vie de Thomson », el Jeffrey dans un article de la Revue d'Edimbourg, t. XVIII, p. 80, 82.
2. Voir plus loin sur la science dans le poème des <i Saisons », deuxième partie, liv. 1, chap. vi.
TAcadémie ne reconnaissait point un rang parmi les classiques, et c'est de ces années que date sa familiarité intime avec les œuvres de Spenser, de Shakespeare et de Milton. Il n'était pas le seul qui éprouvât le besoin d'élargir ainsi le programme étriqué de l'Université. Parmi les camarades qui, comme lui, se destinaient au ministère ecclésiastique, il s'en trouvait plusieurs que les scrupules de l'église presbytérienne n'arrêtaient pas, et qui cherchaient, dans les œuvi'es des grands poètes anglais, un aliment à ce besoin d'admiration et d*ea thousiasme qui agite des cœurs de vingt ans.
La sévère discipline de l'Église ne suffisait plus d'ailleurs à réprimer ces aspirations vers le beau, vers le mouvement et vers les séductions de l'art. Des sociétés se formaient parmi les jeunes gens d'Edimbourg pour professer en commun ce goût nouveau de la poésie. Les poètes commençaient à se montrer, chaque jour plus nombreux, et, parmi eux, un au moins, AUan Ramsay, a mérité de conserver une place élevée dans rhistoiœ de la littérature écossaisse. La contagion se répand en ce moment parmi les élèves de TUniversité, parmi les candidats au sacerdoce, parmi les ministres même, en dépit des anathèmes de l'Église. En 1719, cinq jeunes gens publient ensemble à Edimbourg cinq traductions de TÉpître à Néron d'Horace *. Leurs maîtres durent trouver que c'était faire un fâcheux emploi de leur talent de latinistes. D'autres productions, de nature plus variée, font leur apparition à ce moment. Plusieurs ont pour auteurs des étudiants de la Faculté de Théologie. Nous savons déjà par l'exemple de Riccaltoun, nous verrons encore par celui d'autres amis de James : Cranstoun, Wilson, Murdoch, etc., que chaque jour se glissent dans les rangs du clergé presbytérien, des hommes qui prétendent allier à la foi religieuse l'amour des lettres.
Le jeune Thomson, on le croira sans peine, se joignit avec ardeur à ce mouvement nouveau. Il était arrivé à Edimbourg précédé de quelque réputation *. M. William Bennet avait sans doute parlé déjà à ses amis du précoce poète dont s'enorgueillissait la vallée du Jed. James trouva donc facilement accès à ces clubs où Ton faisait métier de poésie, et nous savons qu'il
1. J. Ramsay, Scotland artd Scolsmen in thn XVIll^'^ centunj^ p. 21.