H. Abxot, The Histonj o.r Ediiihurgh. p
L'ENFANCE ET L'aDOLESCENGB. 23
la vieille et pittoresque forteresse une ville nouvelle largement ouverte à Tair et à la lumière ^
Il commençait donc à suivre les études de l'Université, souffrant de la nostalgie de ses chères campagnes du Teviotdale. Mais il oublia bientôt ces premières amertumes de la vie : il n'allait pas tarder à en connaître les douloureuses blessures. Quelques mois après son arrivée à Edimbourg, en février 1716, il perdait son père dans des circonstances singulières et tragiques. Nous reproduisons le récit de l'événement tel que Ta donné le Dr. Somerville, parce qu'elles n'ont pas été sans influer sur la destinée de James Thomson. Elles jettent d'ailleurs une lumière imprévue sur certain état d'esprit des contemporains écossais de ces Anglais dont Montesquieu et Voltaire admiraient si vivement la saine et libre raison.
« La croyance aux fantômes, aux sorcières, aux fées était si générale au commencement de ce siècle qu'on eût considéré comme hérétique uq prêtre qui aurait mis eu doute Texistence de ces êtres, on même leur intervention directe *. Une des dernières apparitions de ces agents redoutables eut lieu à Woolie, dans la paroisse de Southdean.... Mr. Thomson, le père du poète, consentit à essayer de conjurer Tesprit mauvais.... Mais à peine avail-il commencé les prières qu'une boule de feu vint le frapper à la têle. Saisi de frayeur, il ne put prononcer un mot de plus. On le transporta chez lui où il languit <iuelque temps et enfin expira. »
H avait cinquante ans, et apparemment, une vigoureuse s^té. L'attaque d'apoplexie qui l'a terrassé semble à notre ^riosité sceptique pouvoir s'expliquer par l'émotion et la frayeur '. L'honnête pasteur fut enterré dans le cimetière de ^ paroisse où des soins pieux ont restauré, il y a vingt-cinq
f.Mary, la plus jeune sœur de Thomson, avait épousé en premières noces
William Craig, négociant à Edimbourg, et ensuite un certain Mr. Thomson.
Son fils, James Craig, fut architecte et ingénieur. C'est lui qui arrêta le
projet d'agrandissement et d'assainissement d'Kdimbourg, et qui donna
les plans de la Ville Neuve.
2. «In 1678 his Majesty's advocate could prosecule, PiTteen impartial jurymen convict, and the suprême judgcs of the nation condcmn lo tUe Haines, ten women in one day, for having had carnal copulation with the deril. » (Ar50t, The Uiaiory of Edinburgh, p. 194.)
3. Oa a même mis en doute le fait qui aurait donne naissance à la légende. Cependant Taffirmation de Somerville est péremptoire, et trouve quelque confirmation dans ce fait qu'on démolit à Woolie (ou Wolflca) une Diaisoo parce qu'elle était hantée.
ans, sa tombe modeste/et remplacé par une plaque de bronze l'inscription devenue illisible *.
James arriva trop tard pour recevoir le dernier soupir de ce père auquel rattachait une affection profonde. Il ressentit un chagrin violent et un ébranlement nerveux qui laissa des traces prolongées. C'est depuis ce temps-là qu'il manifesta, au dire de son intime ami Cranstoun, une crainte superstitieuse des êtres surnaturels. Il ne pouvait rester la nuit seul et sans lumière; et son camarade de chambre nous rapporte comment cette faiblesse, pour nous très explicable, offrait à ses compagnons une occasion de cruelles moqueries *.
James reprit donc avec une tristesse nouvelle sa vie d'études, et sa chambre dans une sombre ruelle de la capitale. Sa mère ne l'y laissa pas longtemps isolé. Elle hypothéqua ses droits à la propriété de Widehope, réalisa ainsi une certaine somme, et vint avec toute sa famille s'établir à Edimbourg. Elle savait que les difficultés ' de la vie y seraient plus grandes qu'à la campagne, mais elle ne voulait pas que les études de son fils favori fussent suspendues. Elle réussit en effet, à force d'activité et d'économie, à faire vivre les siens avec ses modiques ressources. Quelques amis de son mari l'aidèrent de leurs avis, peut-être aussi de secours plus directs. Murdoch a signalé en particulier le dévounient actif de Mr. Gusthart, et nous savons par des lettres de Thomson lui-même que, dix ans après la mort de leur mère, deux sœurs du poète trouvaient encore chez ce vieil ami une affectueuse hospitalité *.
Quant aux études de la Faculté des Arts, qui étaient la
1. Ooodliugh constatait en 4827 que Tinscription était ù demi cfTacée, En 1867, les Heritors (propriétaires) de la paroisse ont recouvert le moiiiiment d'une plaque de cuivre rappelant que Th. Ttioinson fui le père de Tauteur des • Saisons >•.
2. Le fait est rapporté par le Dr. Somerville qui le tenait de John Cransloun, le frère du Dr. Wil. Cranstoun, rinlime ami du poète. Johii avait vécu quelque temps à Edimbourg, partageant avec Thomson la même chambre.
3. Les conditions de la vie passaient pour être onéreuses à Edimbourg. Les documeuts du temps nous apprennent cependant que la viande s'y payait en moyenne 2 penre 2 farthings la livre; qu'où y pouvait acheter une poule pour u pence et une paire de pigeous pour 2 pence 2 farthings. (\'oir 11. An.NOT, The Ui^tortj of Edinburqh. Tableau des prix des provisions dé 1605 ù 1715.)
4. Lettre à Mr. Ross, du 6 nov. 1736. Lettre à Mr. Gavin Hamilton, fév. 1737.