‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 100 sur 272 · Sunnner · texte numérisé non relu

Sunnner

Ci. u Tlie raptured eye

Hurries from joy to joy, and, hid bineatli The fair profusion, yullow Au tu m n spies. »

(Spring, 110-112.)

aux moissons mûries, orgueil el joie du cultivateur, les contemple et les montre avec un inépuisable 'oici, au début de T a Automne », de vastes champs de e soleil inonde de sa lumière, et sur lesquels un nuage î jette une ombre mobile. « La scène, gaiment chan- , est bien faite pour dilater le cœur. Partout, aussi ue Tœil peut atteindre, il rencontre les flots sans 1 d'une mer d'épis *. » — Les vagues de cette mer Vïn- : plus que celles de Tocéan. Elles ont aussi leurs orages oète décrit comme il avait décrit leur lourd sommeil Ac\ir de midi. « Dabord un murmure étoufTé parcourt imps de blé qui doucement s'inclinent. Mais quand la te aérienne s'est abattue bruyamment sur le monde,... ? nu à la rage du vent, le champ se creuse en longues 5 qui courent et roulent dans cette mer d'épis. Les bien que flexibles, ne p'=îuvent échapper à la violence tourmente; elles sont arrachées ou vidées de leurs s 2. „

Lableaux de la tei're féconde et cultivée, il convient de uelques-unes des grandes scènes de la vie des campapoète n'a eu garde de les oublier. Ses descriptions de DU ' et de la moisson *, pleines de détails d'une exquise

procédant d'une belle allure simple et franche, sont eaux célèbres.

;s champs ne revêtent qu'un moment ces parures que

les grandes lierbes et les jaunes épis. Nous les voyons ind la prairie roussûlre s'empreint d'une mélancolie . pas sans charme pour le promeneur solitaire et ou quand la saison des humides brouillards alourdit s, confond les couleurs et attriste la nature ^. Puis ver qui étend sur vmk son âpre empire, et bientôt « la tièrc de la terre, cachée sous une enveloppe épaisse et , n'est qu'un désert éblouissant et confus, où toutes les s de l'homme sont ensevelies " d.

maisons » nous transportent quelquefois loin des scènes éfjfions. Le poète sait d'une touche puissante et large vaut nous les immenses savanes de l'Amérique * ou

/m, 37-42. — 2. Mi//., :n4-:i30. — ;i. Summev, 352-370. — ,151-106. —5. MiW.. 1»70, \rA. —fi. M/V/.. 1081-10X7. — 7. W'inter, 8. Summer, O'.i0-r.U2.

Je (lés(Tt africain ^ Mais c'est dans la description des scènes intimes de la nature anj^laise, tempérée et discrète, qu'il trouve ses plus heureuses inspirations. Son âme rencontre une émotion à chacun des petits événements de la vie des champs, et l'on pourrait multiplier les exemples d'observations délicatement notées et rendues avec une fine précision. Ce sont, par exemple, ces signes précurseurs de la lin de l'hiver qu'il a surpris quelque pâle matin : <( L'année tremble encore incer- « taine, et souvent, vers le soir, l'Hiver envoie de nouveau « sa bise glacée.... Le butor sait à peine si la saison est venue « 011 il peut plonger son bec sous l'eau et agiter le marais « sonore; à peine les pluviers savent-ils s'ils peuvent se € répandre sur la lande et lancer leurs notes sauvages à la « solitude attentive '. » C'est, devant l'étang que recouvre un vert manteau, l'observation des millions d'insectes qui se cachent dans cette verdure flottante '. N'est-ce [)as l'œil d'un peintre qui, dansée paysage d autonme, a noté ces tons effacés grâce auxquels l'influence dominante est si fortement accusée: « Sur les champs labourés que la charrue vient de laisser tt humides, les troupeaux à la toison sans couleur se dispera sent * »? — Et dans ce tableau de la plaine vue le soir, au aruv de l'hiver, les phénomènes observés n'évoquent-ils pas plus que la perception, mais presque la sensation d'une nuit brillante et glacée? ce La terre gelée résonne fortement, et sa c surface duirie réfléchit et double chaque son, quand le chien « du village aboie vigilant pour écarter le rôdeur nocturne, a quand la génisse beugle, quand la brise ondule et apporte « le bruit de la cascade lointaine, et que sous le pas presse du « voyageur, la plaine sonore vibre au loin *. ]»

Il est sansdouteinutile de multiplier ces exemples. Thomson, on le voit, aimait la nature dans ses aspects les plus familiers et les plus simples. Il sentait, comme l'a enseigné depuis un penseur qui fut un poète, que les étoiles brillent la nuit sur une landt' brune et banale avec autant de magnificence qu'elles en ont versé jamais sur la campagne romaine, ou sur les déserts peuplés de marbres de l'Egypte ^ II a su trouver par-

1. Swnmet\ «Gl-S:";. — 2. Sprhtg, 48-25. — 3. Summcr, 303-305. - 4. WintPr, 63-Jî:i. — l). Ihiti., 732-738.

6. • We exa^Keratc llie praises of local seenery. In every landscape. Ihc point of astoniBhment is lliu meeting of tlie sky and the earth, and tbAt

tout la beauté dont aucune œuvre de la nature n'est privée. Il nous a montré celle des champs cultivés et des prairies plates, ceJle des landes incultes et des marais brumeux.

Les Cours d'eau.

Kn bon paysagiste, Tauttmr des <c Saisons » sait quel parti eut être tiré pour Tordonnance d*un tableau, d'une surface *iuide, réfléchissant le ton du ciel et celui des verdures et oiînant à l'ensemble la tenue et rharrnonic. Mais peut-être invient-ii plutôt de ne pas établir pareille assimilation. Si les ïisseaux se rencontrent fréquemment dans les descriptions ' Thomson ce n'est pas refTot d'une banale recette d'atelier. >n àme s'est éveillée à l'observation de la nature dans un strict où Tabondance des eaux vives est le caractère dominant i paysage. Et d'autre part, Taptilude propre de son génie scriptif devait le porter d goûter tout particulièrement, dans 5 choses visibles, ces éléments de vie et de mouvement, dont mobilité anime la surface terrestre, comme celle des nuages ime le ciel. Aussi le ruisseau l'intéresse-t-il sous tous ses )ects, et trouve-t-il une place dans presque toutes les scènes :n.semble. Nous le voyons naître « dans la fraîche grotte apissée de chèvrefeuille, et toute mouillée de la rosée de sources toujours jaillissantes * ». Nous le voyons couler paile a entre des berges aux riches herbages ' », ou « parcourir n jasant le bois aux mille voix, tantôt s'irritant au-dessus l'un rocher, tantôt se mouvant à peine pour traverser l'étang ;ouvert de roseaux ; ici se précipitant en un brusque torrent, t là s' étalant doucement en une plaine limpide ^ ». Un peu is loin, quelques vei^ brillants nous font voir et entendre e de ces cascades qu'offrent en si grand nombre les paysages

een from Ihe first hillock as well as from tlie top of tlie Allrglianies ' .stars at niglit sloop ovcr the brownost, homeliest common wilh ail

spiritual ma^Qificeuce th.it llicy «-lied on thc Campagna. or on the •ble déserts of Ep\pt. - ;EMEh^ON, Eftsaj/s. second séries; Nature,)

Summery 461, 2. — 2. Ibid., X'Vi. — 3.' Ihid., 480-484.

iSi . JAMES THOMSON.

écossais *. — Voici le moment d'aller pécher la truite, t Maina tenant que le premier et trouble torrent des ruisseauK grossis a par les pluies du printemps s'est écoulé, que sur leur lit coloré a par les mousses descend Fécume blanchissante de leurs flots, « maintenant que Teau encore brune et sombre favorise la ruse a du pécheur'. » Le poète a vu aussi : « le ruisseau capricieux a et sauvage qui dans un vallon où croissent les coudriers tombe tt avec un bruit rauque de rocher en rocher ' i». — Il a vu les terreui-s de Tinondation : « le déluge ne cesse de s'accroître; a les ciiamps disparaissent noyés et nivelés sous le flot impur. « Kii peu de temps les fossés s'emplissent, les prairies sont n inondées. Du haut des montagnes, d'innombrables ruisseaux « se précipitent rouges et mugissants, et soulèvent la rivière ft bien au-dessus de son lit. Alors le Ilot tumultueux renverse a et roule pèle-mèle bœufs, moutons, moissons, chaumières et a villageois; tout ce que le vent avait épargné, rafTreuse inon- « dation le ruine en un moment *. » — L' « Hiver i> nous fournit encore une magistrale description d'un cours d'eau et des camctères opposés qui marquent successivement son cours : a La rivière, grossie de maint torrent, et charriant péle-méle (( les ruines de ses rives, linit par répandre au loin, hors de « son lit, ses Ilots gonllés et rapides : irrésistible, rugissant et « elTrayante elle descend des montagnes sauvages et des vallons a déserts, et se précipite parmi les rochers abrupts, avec un « fracas retentissant. Puis sur la vallée sablonneuse elle s'étale m lentement, calme, paresseuse et muette; jusqu'à ce que de iL nouveau, n^sserrée entre deux hauteurs rapprochées, elle « s'élance dans le détilé, où les rochers et les bois surplombent (L son courant bourbeux; et là, d'une force triplée, là, rapide a et profonde, elle bout, tournoie, écume et passe comme un <( tonnerre *. » Mais l'hiver finit par enchaîner toute c«tte violence : a Vers le soir une bise glacée, venant de différents (k points, souffle sur le marais et le couvre d'une pellicule « bleuâtre; elle arrête, au milieu de sa course, le ruisseau « frémissant. La glace détachée, charriée par le courant et à a demi dissoute pendant le jour, ne fait plus entendre aucun «L bruit, mais se soude à la rive couverte de roseaux, ou

1. Summct\ 590-r.06. - 2. Sprhig, ;n8-383. — 3. Auttnnn, 610-612. - 4. Ihid.j 331-342. — 5. Winter, 9i-105.

s'amasse autour de quelque pierre pointue et forme un

pavage de cristal que le souffle de Tair cimente solidement,

jusqu'à ce qu'enfin, prise d'une rive à Tautre, la rivière

emprisonnée gronde sous la glace *. » Et quand, après la

uit écoulée, le poète nous montre Tœuvre de la gelée, nous

oyons <c la cascade muette dont le torrent impuissant semble,

el semble seulement, rugir; le glaçon suspendu, le travail

délicat du gel, où apparaissent des teintes fugitives, et

d'imaginaires figures; le ruisseau figé dont le fianc de la

montagne versait le flot abor^dant et qui, au matin, n'est

plus qu'une traînée livide réfléchissant une froide lueur ' ».

Indépendamment de ces descriptions détaillées, combien

observations délicates pourraient être relevées, comme celle

e « cette vapeur qui monte, au matin, au-dessus du cours

d'eau bleuâtre * », ou celle des jeux de la lumière sur l'eau

ouvante*; ou la note terne et sombre que met la rivière

iiueuse au milieu de l'éblouissante blancheur de la neige ^.

Enfin le poète nous parle aussi des fleuves d'autres conti-

ints que le nôtre : le Nil auquel il consacre dix-neuf vers •;

Niger, le Méinam et l'Indus ', et ces fleuves monstrueux du

>uveau Monde, l'Orénoque, l'Oi'elIana, la Plata « dont les

Ilots pressés roulent fièrement vers la mer. La mer vaincue,

refoulée par ce choc, cède à la pression de cette masse liquide

versée par une moitié du globe; et Tocéan tremble pour son

vert domaine *. »

Il est des occasions où l'emphase est moins admissible que tis une description du conflit de ces masses prodigieuses, js ce n'est pas dans ces traits d'une rhétorique habile qu'il it chercher le meilleur du talent de Thomson. C'est dans les tations vives, pittoresques, véridiques et si nombreuses des irs d'eau d'Angleterre, qui donnent aux « Saisons » quelque 3se de la fraîcheur de ses vallées natales de la Tweed ou du

. \Vintei\ 720-731. — 2. lOùi., •;48-7:>3. -- 3. Summer, 5(>. — I. Mm/., 89-90. -162. — 5. Winter. 234, 23r.. — 6. Summer. 803-82^ . - 7. Ibûl., H22-831. <. Ifjid., 832-859.

Forêts, bois, arbres.

<c 0 vallons et bois sauvages ! . . . Dans cette tombe repose votre druide. » C'est ainsi que se termine Tode touchante inspirée à CoUins par la mort de son ami. Thomson, en effet, mérite d'être appelé le poète des bois s'il suffit de constater que, de toutes les scènes naturelles, il n en est pas qu'il ait paru plus aimer, ni dont le souveuir apparaisse plus souvent dans ses vers. Il n'est pas une des « Saisons » où les forêts ne soient maintes fois mentionnées. Évidemment les scènes de son enfance, les restes majestueux d'une ancienne opulence dont se paraît encore « la vallée sylvestre du Jed * », lui ont laissé au cœur l'amour des bois *. Et cependant il faut bien noter qu'il ne nous en donne pas de descriptions expresses, à mettre à côté de ses a ciels » ou de ses « ruisseaux ». Jamais il ne fiait poser devant lui la forêt comme un modèle isolé. Elle figure toujours dans l'ensemble de ses tableaux, comme liée aux autres manifesUitions de la vie de la nature.

Du reste les traits rapides où il en évoque l'image suffisent à nous laire sentir combien il en subit profondément le charme. Il la célèbre conmie une des beautés de sa patrie, a la Calé- « donie aux forêts hautes, robustes, incultes, immenses, planttîes « par la main de la nature' ». — Il en connaît et en comprend tous les aspects. Quand la verdure printanière s'étend successivement de la prairie humide à la montagne flétrie, il nous montre l'œuvre de la force vivifiante complétée au moment où « la forêt épanouie expose aux soupirs de la brise la pleine luxu- <c riance de ses frondaisons, alors que les daims traversent les « fourrés épais qui bruissent, et que les oiseaux chantent invi-

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