‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 107 sur 272 · Wintev. 8C · texte numérisé non relu

Wintev. 8C

inple richesse, et leurs aliments, et la boisson dont ils égaient ' ».

ème souci quand il s'agit des climats tempérés et de cette jre anglaise à laquelle le poète s attache surtout. Dans ces nés abondamment arrosées les troupeaux nonchalants nent un des éléments indispensables de la scène, a Quelques Hufs ruminent couchés, d'autres, plongés à mi-corps dans le curant, baissent la tète pour boire et chaque fois laissent sur eau des rides circulaires*. » — Les insectes animent de leur lissement incessant les champs, les clairières, les cours lu, les malsons '; les abeilles bourdonnent affairées sur les teaux couverts de bruyère *. Quant aux forêts, nombreux t les passages qui nous en montrent les habitants : oiseaux nleurs ou « daims qui traversent avec bruit les fourrés * ». 'our de Thabitation du fermier ce la génisse beugle et cniande sa ration i», tandis que nous voyons à la ferme tous Ilotes de la basse-cour, et le chien de garde « paresseuselent couché ^ i».

e poète se montre plus original, et son observation est plus étrante dans les descriptions du troisième groupe. Elles t très fréquentes. La présence de ces créatures animées qui, 3 passivement et plus complètement que Thomme, subis- : TeiTet de chaque changement du monde matériel, donne euvre une vie qui fait appel à notre sympathie ; elle contre les notations diverses de la description, et contribue à pression d'ensemble qui se dégage du tableau, es premiers vers du a Printemps j> fournissent un des mples les mieux marqués : « L'année incertaine balance itre rhiver et la saison plus douce,... si bien que le butor a eine à savoir si le temps est venu pour lui de gagner le larais que son bec, plongé dans la vase, fait trembler et isonner; et, du rivage, les pluviers hésitent à se disperser xr les bruyères, et à crier leur note aigur» aux solitudes lencieuses ". » — De tous les traits qui concourent à trare cette impression de joie que le poète veut associer à la cription de la jeune saison, il n'en est pas de plus frappants cette page exquise où il nous fait entendre le concert des

WiniPr, 851-833. — 2. Stwimer, 480-493. — 3. Ibitl., 211-331. — V'W/i//, 307-514. — 5. Ihid., 93. — 0. Sitmhier, 220-23i}. — 7. Sprin^f^

oiseaux ' . Ses vers sont animés alors, selon son vœu, par cl Tâme (le la mélodie » ; ils reflètent avec un rare bonheur cet hymne d allégresse de la nature dont le poète nous montre chaque « choriste » avec sa physionomie propre et sa place exacte.

<( Du sol s'élève Talouette à la voix perçante et forte, la nies- « sagère de Taurore; et, avant que les ombres se soient dis- « persées, elle chante bien haut parmi les nuages blanchis- « sants, pour éveiller dans les nids le petit peuple des chanteurs. m Chaque taillis épais, chaque arbre sauvage, chaque buisson a courbé par le poids des gouttes de rosée au-dessus de la tète 4L des timides chanteurs qui Thabitent, tous répandent à flots a rharmonie. La grive et Talouette des bois, dominant le bruit « des musiciens qui rivalisent, égrènent les chants les plus ce longs et les notes les plus charmantes; Philomèle les laisse « s'(»n donner à co'ur joie, sachant bien que sa nuit dépassera <( leur jour. Le merle siffle sur le buisson épineux; le bou- <c vreuil mélodieux répond du bosquet; les linottes, répandues (( à pi-ofusion sur les genêts en fleur, ne restent i)as silence cieuses. Kt dans Tombre fraîche des feuilles nouvellement il écloses, d'innombrables chanteurs ajoutent leurs modula- « lions ravissantes. Le geai, la corneille, le choucas, toutes les « rauqnes voix qui entendues seules sont discordantes, font « leur part dans le concert général; tandis que sur Tensemble, « le ramier fait courir son mélancolique murmure '. »

Les animaux serviront encore au poète à rendre cette impression d'attente <*onliante et de joie que dégagent les choses à rapproche d'une pluie i>rintanière, a Les bœufs et les moutons (( laissent retomber de leur bouche les tiges desséchées, et (( d'une muette prière, leurs yeux attendent la chute de cette « ondée qui va tout reverdir. Dans une courte et silencieuse « interruption, les hôtes emplumés de l'air lissent leurs aile:?,- « ils attendent le signal prochain pour faire éclater leur « chd'ur ^ » Ktquiind la pluie est venue, a les bois s'épanouis- (( sent; tout leur orchestre s'éveille et se mêle, en un simple? <( concert, au babillage des ruisseaux, aux bêlements lointainï" « qui viennent des collines, aux profonds mugissements q'J*' « des vallées, leur répondent * ».

i. Spring, l'Ai cl siiiv. — 2. Ihid., :i8l»-C12. — 3. Mirf., 166-167. 4. Ibid,, 11)7-200.

Ist-ce une matinée d'été qui nous est décrite? Voici Tun des lils qui éveillent le plus sûrement une impression semblable Aie qu'a éprouvée l'observateur : « Du champ de blé aux iges élevées, le lièvre s'élance avec des bonds bizarres, undis que, le long de la clairière, les daims sauvages courent igers, et se retournent souvent pour regarder surpris le iromeneur matinal '. » — Kt quand vient l'heure de midi, i corneille, le freux et la pie regagnent paresseusement les leiix chênes gris, et, dans les rameaux épais, ils se perhent, protégés pendant Theure brûlante.... Au pied de arbre, les oiseaux de la basse-cour se réunissent lassés, et ans un coin de cette ombre pleine de bourdonnements, le bien de garde se couche, à côté du lévrier oisif, et s'étend ngourdi * ». — En dehors des coins ainsi abrités, la tyrannie soleil accable toute la nature. « A peine une cigale chante ans toute la prairie silencieuse' ». Et cette oppression des •ses et des êtres vivants est rendue plus saisissante par )l)Osition de la seule créature qui n'en subisse pas l'influence iguissante :

Loin du rocher sur le noir sommet duquel il a fixé son ire, l'aigle s'élève et plane d'une aile hardie dans les flots e lumière; et, livrant sa poitrine au flamboiement des ayons, il s'approche du soleil. Mais tous les oiseaux chan- 2urs, frappés par l'ardeur cruelle, languissent pèle-mele u plus épais des buissons, ou, d'un bosquet à l'autre, changent avec peine quelques notes vite interrompues, eul le ramier roucoule dans la forêt sa plainte triste et auquc *. »

.es oiseaux aussi serviront à peindre à l'âme plus qu'aux IX la mélancolie del' a Automne», a Dans le bosquet attristé, i bûcheron entend à peine une mélodie mourante encouager son labeur. C'est quelque chanteur privé de sa compagne qui, de loin en loin, en faibles accents, répand sa »lainte dans les fauves taillis; tandis que, pressés les uns ontrc les autres, grives, linottes, alouettes, tous les simples nusiciens dont les chants naïfs emplissaient naguère ces rnbrages de leur harmonie, n'ayant plus maintenant en

Summer, 57-60. — 2. Ibid., 224-233. — 3. Ibid , 4ift, 441. — 4. /6ie/..

a eux rinspiration mélodieuse, sont perchés frissonnants sur ■ u Tarbre mort, troupe muette et triste *. d I

Le ciel s'assombrit, l'orage fond sur les campagnes. « Les I « tribus aériennes descendent rapides vers les vallées pro- I (( fondes; le corbeau, ami des tempêtes, ose à peine fendre J « de son aile Tobscurité incertaine. Les bestiaux immobiles, 1 « Tôpouvante dans les yeux, regardent le ciel menaçant'. » 1 Et s'il s'agit d'une tempête d'hiver, a la génisse tourne vers le 1 a ciel ses naseaux élargis, et aspire le vent chargé d'orage' ». « Mais surtout les tribus emplumées des hôtes de l'air annonce cent la tourniente prochaine. Fuyant loin des dunes où, « tout le jour, elles ont cherché une maigre pAture, une ce bande noire de corneilles criardes s'efforce, d'un vol fatigué. « d'atteindre l'épais abri du bois. Du bosquet le hibou triste ce fait entendre sa plainte monotone. Le cormoran, de la sur- « face de l'eau, s'élève en tournoyant jusqu'au haut des airs et « cric en passant au-dessus des terres. Le héron plane et pousse « sa note stridente; et d'une aile hardie, les oiseaux de mer « tourbillonnent et fendent les nuages épais *. »

Dans la désolation que présente le paysage d'hiver un surcroît de tristesse est ajouté par a le bœuf laboureur qui épuisé <( s'arrête tout couvert de neige » et par ec les oiseaux du ciel (( qui, domptés par la saison cruelle, viennent en foule autour a (le Taire où Ton bat le blé ^ )). — « Des solitudes stériles a sortent alors leurs fauves habitants. I^ lièvre... ose s'ap- « procher des jardins. Les moutons bêlants regardent le ciel « lugubre puis la terre étincelante;... alors, tristes et dispersés, a ils fouillent la neige amoncelée pour y chercher une herbe « flétrie®. »

Thomson, on le voit, n'est pas de ces peintres dont los paysages restent privés de mouvement et de vie. Ses descriptions sont complétées par le souvenir toujours présent des êtres qui y mettent l'animation et le bruit; qui y ajoutent par là même un surcroît de vérité. Les oiseaux lui fournissent le plus grand nombre de ces détails; et c'est là encore une preuve d'observation exacte. Ils sont bien en effet, parmi les hôtes des champs et des bois, ceux dont le rôle s'impose le

1. Aulumn, 972-980. — 2. Summer, 1121-1125. — 3. U'iw/cr, 132, i:^^. — 4. lhid,y 137-147. Voir aussi 80-89. — l'y. Ihid,, 240-245. — 6. Ibid.^ 256-5^64.

lus fortement à l'attention. Mais ce n'est pas aux ei Saisons i» ue l'on appliquerait cette fine remarque d'un critique : a Chez la plupart des poètes, si on tuait les oiseaux, la nature resterait dépeuplée* ». Thomson a vu, à leur place, et avec importance du rôle assigné par la nature à chacun d'eux, ius les êtres qui peuplent les campagnes d'Angleterre. La vie 3urmille dans son poème comme dans la nature.

L'Homme.

Nous avons eu à remarquer déjà comment chez Thomson à observation des choses s'unit toujours la pensée des intérêts imains. Ses descriptions ne sont pas celles d'un dilettante ou un pur artiste. 11 a vu de trop près la vie des champs; il a op intimement partagé les travaux, les joies, les espérances i les craintes des laboureurs pour séparer comme des éléments jtérogènes la beauté des choses et leur utilité. Est-ce un mal une infériorité comme le prétendent certains théoriciens de rt *?N©us sommes disposés à croire plutôt que le poète y a gné quelques-unes de ses plus précieuses qualités : cette icérité absolue qui distingue son œuvre de tant d'autres moraux descriptifs éclos au cours du xviii* siècle, et la profonde nipathie qui donne à ses peintures tant de force et de pénéition. Quoi qu'il en soit, ce que nous avons ici à noter c'est le l'homme est toujoui-s présent dans les observations du ète. Ajoutons qu'il s'agit souvent d'une présence virtuelle,

. Auo. Â.NGELLiKR, Uurns, vol. II. p. 33 i.

I. Emerson a exprimé cette opinion dans quelques-unes de ces formules ppantes, magistrales et dogmatiques dont il est coutumier. îuskin, dont les aphorismes sibyllins et les jugements en apparence personnels reflètent souvent, dans les premières œuvres, Tinspiration penseur américain, Ruskin à son tour avait protesté contre l'union oite do la nature avec les « afTaires ou les afTections des hommes ». is dans une des curieuses notes d*une édition récente où il critique, culc et corrige ses opinions de jeunesse, il revient sur ce point pour naler une modification de ses sentiments : • As I hâve grown older, ) aspects of nature conducive to human life hâve become hourly more ir to me; and I had rather now see a brown harvest field than the ghtest Aurora Borealis ». {Modem Pointers, édit. de 4888. Vol. 1, p. 8i.)

Tliomson nous rappelle quelle est l'influence des choses ou des phénomènes qu'il décrit sur la fortune et sur la vie des êtres humains ; mais iJ nous montre assez rarement, au milieu des divers paysages, l'acteur humain qui y a légitimement sa place. Il reste en cela de son temps. C'est par exemple chose jjien moderne que la perception d'une beauté, d'une valeur esthétique dans le paysan, dans la simple noblesse de son travail, dans l'harmonie de sa vie, de ses attitudes et de son être avec la terre à laquelle mille liens l'unissent. Le xviii* siècle n'a eu ni son Wordsworth, ni son G. Sand, ni son Millet. — Mais si peu nombreuses que soient chez Thomson les descriptions pittoresques d'êtres humains, c'est dans son poème cependant que l'on pourrait le mieux trouver la promesse de cette inspiration qui devait fournir à l'art de notre siècle quelques-unes de ses œuvres les plus fortes et les plus originales.

Les premiers vers du a Printemps i> nous offrent quelques uns des meilleurs exemples que nous ayons à citer :

(( Le laboureur impatient voit avec joie la nature s'adoucir. « Il fait sortir de Tétable ses bœufs vigoureux, et les annèneau « champ où la charrue polie git dans le sillon que la gelée a n'étreint plus. Docilement ils acceptent le joug que le maître a fixe sur leurs épaules, et ils commencent leur tâche égayée (( par la simple chanson de lalouetle qui s'élève. Et le labou- « reur, pcs^uit sur le soc brillant, se penche, enlève la terre (( qui s'iittaclie au vcrsoir, dirige tout le travail, et rejette la a glèbe sur le côté du sillon. »

a Dans les champs voisins le semeur blanc s'avance d'un pas « large et régulier, et jette à pleines mains la graine au sein et fidèle de la terre. Puis la herse grinçante suit et termine le a travail '. »

1. Spi'ing, 34-47. — Uu éditeur a cru trouver dans ce tableau du labouf' une imilalion lilléraire des écrivains du Midi, une description faite • ^^ chic -. Kn réalité l'emploi de l»œufs pour le Ia))our durait encore eu Kcosse à la (in du xvnr siècle (voir Bihks, The Lea-rig), C'est sur le in<jf • shoulder - que pourrait plutôt porter le reproche d'Inexaclitude. ^' c'est une métonymie, l'épaule pour la tête, elle est fâcheuse dans un tablea'* si précis et si juste.

« Le semeur blanc » avait passé longtemps sans remarque. Mr. Keightl'-> a donné dans Noien and Queries une intéressante observation à ce sujçj (4« série, vol. H, p. :UU). Eu Ecosse cl en Irlande, dit-il, le semeur av>» un drap de lit fixé autour du cou pour porter une quantité considérai)'® de graines.

Un autre correspondant (même vol., p. 470) explique autrement l'ép'*

Notre paysan est moins exactement observé quand, en rmes un peu ambitieux et gonflés, le poète le montre, à Tapoche d'une pluie bienfaisante, « parcourant, en maître, la nature joyeuse ; de pieuses louanges dans sa pensée, et dans ses regards une vive gratitude * ». — Plus loin c'est un vil- Jieois de convention, un villageois de trumeaux et de bergelesqui nous est peint stupéfait à la vue de Tarc-en-ciel et iirant après Tobjet brillant qui fuit devant lui *. — Il y a )iiis de fantaisie dans l'indication du a berger assis au haut de a montagne, sur l'herbe épaisse », mais le poète ne s'arrête sa décrire ce personnage, pittoresque cependant en Ecosse is encore qu'ailleurs; il réserve l'efTort de sa peinture pour troupeau ^.

^lème sobriété dans 1' a Été » quand le berger vient à être ntionné. Les renseignements qui nous sont donnés sur son npte ne sont guère propres à évoquer^ devant nos yeux e image, a Éveillé par le coq, le berger vite habillé, quitte a cabane moussue où habite avec lui la paix, et fait sortir un i un du parc la foule des moutons *. » — C'est encore le trouau qui seul est décrit lorsque le berger le ramène au milieu jour \ — Le tableau de la fenaison nous met au contraire présence de travailleurs bien observés. Ici les traits d'une ?oription toute réaliste se mêlent à la phraséologie vague et ivenue de l'époque : « Maintenant le village entier se répand sur la prairie pleine de gaité; voici le jeune paysan, bruni jarson travail au grand soleil, sain et robuste; puis, épanouie comme la rose d'été qui s'ouvre au soleil vainqueur, a jeune lille aux vives couleurs, demi-nue, laissant voir les formes pleines et palpitantes, et dont les joues brûlent le ses grâces ardentes. Les vieillards courbés sont euxnêmes présents; et de leurs petites mains des enfants traîlent le long râteau, ou bien, accablés sous leur charge embaumée, il roulent sans danger au milieu du foin trop ourd pour eux. L'herbe fauchée laisse échapper au loin ses

le rie Thomson. Le grain chaulé avanl les semailles Iais.se échapper une flsière dé chaux que le venl rejeUu en parlie sur le semeur. L'explicaon parail phis simple et rimngc ainsi produite est plus satisraisanlc œil. En tout cas. il est apparent que le poète a enregistré lu l'observa- 1 d'uu fait bien réel.

. Spriny, lOl'-lIl.— 2. Ibid., 211-2ir>. — 3, IfiUl,, 83I-8iO. - \. Snmnwr, m. — 5. Ibid., 220.

î^0() JAMES THOMSON.

<( graines; tandis que tous avaiirant sur une longue ligne, on (( parcourant en tournant la prairie, étalent au soleil leur « moisson parfumée.... A un autre moment ils promènent 1^^ (( râteau sur le sol qui reparaît alors vert, et poussent le long « du champ la vague sombre; derrière eux les meules rousses a s'élèvent nombreuses en gaie succession; et d'un vallon à « un autre, éveillant la brise, résonnent les voix confondue> a du travail heureux, de Taniour, et d'une camaraderip « joyeuse *. »

Quelques traits pourraient être aussi relevés dans le tableau si plein d'éclat, de mouvement et de relief de la baignade et de la tonte des moutons. On y entend les cris des hommes, des jeunes garçons et des chiens qui poussent dans le ruisseau le troupeau effaré. On y voit le paysan impatient saisir un des moutons rebelles et le jeter dans Peau. On y entend les bergers aiguiser leui*s ciseaux sonores. On y voit la ménagère attendre le , trésor des blanches toisons. Auprès d'elle toutes les jeunes lilles en gais costumes entourent le trône de celle qu'elles ont choisie pour reine. Tout le monde est joyeux et la tdche se poursuit activement. Les uns mêlent et agitent le goudron fondu, d'autres se tiennent prêts à imprimer sur le flanc haletant de l'animal la marque du maître; quelques-uns entraînent un mouton récalcitrant; enfin (et le détail est digne de ThéO" crite ou d'un bas-relief antique) un jeune gargon tout fier de s^ force maintient par ses cornes recourbées le bélierindigné '.

Plusieurs fois encore le berger figure dans les tableaux di* r (( Kté », mais toujours avec la plus brève indication. Ici nou^ le voyons dormir sans souci au milieu de son troupeau, étend^, sur le gazon moelleux, un bi'as autour de la tète; à côté de l^** sa besace garnie (le saines provisions, et, de l'autre côté, la ho^' lette, son sceptre, et le chien vigilant \ Plus tard, après avo*^ sûrement enfermé son troupeau dans le parc, il regagne gaîme^ sa demeure, et de temps en temps soulage du poids de son se^^ plein à déborder la laitière aux joues vermeilles. — Enfin ^ deux reprises le poète mentionne les plaisirs du bain; chaq*^^ fois il s'arrête à noter les motifs de nu qui se présentent à s^^ observation. Il voit dans les eaux du Niger « les jeunes fill^^ « d'Afrique aux formes pleines baigner leurs membres ^

1. Summer, 351-370. — 2. IbUi., 311 -ill. — 3. //;«/., 493-497.

LES OBJETS dk«:rits. 307

•< jai.s ' )). Il .suit sur la surface d'une rivirre d'An^lelerre les liiouveinents du nageur; il voit sortir de leau ses tresses noires et ses joues vermeilles; il a noté (remarque plus précise) le souffle bref qui s'échappe de ses lèvres à chaque brassée; il a été charmé du reflet de luuiière humide que renvoient ses flancs luisants -.

L'« Automne )> àson tour offre quelques descriptions des travaux et des plaisirs rustiques. « Aussitôt que le matin tremble

• au ciel... devant le champ mûri la troupe des moissonneurs

• se déploie en bon ordre. Chacun s'est placé auprès de la ^ jeune fille qu*il aime, pour se charger des plus dures fati- ^ gués, et pour adoucir par mille services affectueux le labeui-

• de l'amie. Les travailleurs se baissent et les gerbes épaisses

• se forment, et dans les rangs courent les causeries, les

• médisances, les plaisanteries du village, distraction inoffen-

• sive qui trompe la longue tâche, et fait passer sans souf-

• france les heures brûlantes. Le maître s'avance derrière

• eux, dresse les meules, et, embrassant toute la scène d'un

• regard satisfait, sent la joie gonfler son coîur. Plus loin les

• glaneuses se répandent, et ramassent çà et là, épi par épi,

• leur pauvre moisson ^ »

La chasse n'est pas au poète une occasion de nous décrire le chasseur comme les chiens ou le gibier. Mais il s'est amusé à placer devant nous avec de copieux détails la scène du repas ^ui termine la journée. Nous entendons les récits des chas- ^urs; la modestie n'en est pas le trait caractéristique. Nous soyons même les provisioTis énormes sous lesquelles gémit la ^ble; les jeux auxquels on se livre, une fois l'appétit satis- ^*^t, et la galanterie robuste avec laquelle on arrête au passage '^ servante peu farouche. Nous voyons surtout, au dernier acte ^^ la pièce, les convives un à un vaincus roulant sous la table jusqu'à ce que, resté seul en face des bouteilles vides, « le

* 'Ministre à la panse énorme, grave et profond, dont la redin- ^ ^ote noire recouvre un goufre que la boisson ne peut remplir,

* ^e retire, laissant là ses ouailles qui gisent à terre, et, rumi-

* ^aint de tristes réflexions, déplore la faiblesse d'un siècle ^ dégénéré * n.

# ^- Summei\ 823, 821. - 2. lOid.. 424i-l2:.«i. —3. Au(umVy l.M-IOG. — ' '*^UL. 4y8-560.

La récolte des noisettes, celle des fruits du verger, la vendange sont énumérées sans aucun trait descriptif qui nous montre les villageois occupés à ces tâches. Mais le poète a conservé le souvenir d'une vision qui Ta frappé sur les collines de Southdean ; et quand il énumère les effets produits par un épais brouillard d'automne, il n'oublie pas ce le berger qui, a perdu sur la lande, marche à grands pas et parait gigan- « tesque * d. — Enfin toute la population du village nous est montrée à l'occasion des fêtes qui célèbrent Tachèvement des travaux de Tannée. Nous voyons le jeune homme danser, et, sous les circonlocutions du narrateur, nous reconnaissons le n réel y> écossais; la a belle d du village est là « déployant a tous ses charmes, jeune, accorte et vive, riche d'une simple a beauté; elle lance à tel ou tel un regard significatif; et quand « le sourire de ses yeux porte un encouragement, les bâtons « s'entrechoquent, ou les lutteurs s'étreignent avec une force « redoublée * ».

Ce sont aussi dans V a Hiver » les jeux des paysans, qui fournissent à Thomson l'occasion de quelques vers de description. Auprès du feu les gens a se répètent quelque histoire bien « connue de lutin, jusqu'à ce que tous sentent courir en eux a un frisson de terreur: ou bien dans la salle sonore ils se « livrent à leui-s rustiques ébats; une simple gaîté les anime; a on entend les éclats bruyants d'un rire sincère, le baiser « furtivement dérobé à la jeune fille qui, observant le galant « du coin de l'œil, a eu soin de se laisser surprendre, ou a a feint de dormir; puis ce sont les sauts, les claques, les « bousculades, et la danse qui suit la mesure d'une simple? a musique ' ».

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