Spring
cinq fois; — les tons neutres dérivés du rouge et du jaune (brown, russet, tawny), huit fois; — et le gris une fois. Mais, à dire vrai, on ne peut guère faire état de pareils relevé». Il est tel effet incontestablement dû à révocation d'une couleur, que les vers expriment sans un mot qui nomme directement cette couleur. C'est le cas, par exemple, du passage où nous voyons le lièvre se cacher parmi les objets dont la nuance est semblable à celle de sa fourrure : « la lande pierreuse, le <c chaume du champ crevassé, les chardons de la pelouse, les « buissons touffus des genêts, la fougère flétrie, les sillons « exposés à l'ardeur brûlante du soleil, ou la rive sableuse au > « bas de laquelle coule un torrent » ». C'est le cas encore de telle description toute en tons neutres et eflacés qui peut cependant figurer parmi les plus heureuses, et, en un certain sens, les plus colorées du poème : « S'élevant lente et blême, sur le ciel « plombé de l'orient, la lune porte un cercle blafard autour de « ses pointes émoussées *. »
On peut croire que Thomson n'attachait pas à cette notation précise des nuances des objets l'importance que les descriptions littéraires modernes y ont attribuée. Nous le voyons, par (îxemple, dans un des remaniements de son texte, remplacer par dix vers, où ne se trouve pas une seule indication de couleur, cinq vers des éditions antérieures qui en contenaient trois ^ Il sacrifie sans regret la mention de la mer verte ou du ciel bleu. Il est rare qu'il accolle à un nom une simple et banale épithète de nature rappelant la coloration de l'objet. S'il parle du bleu du ciel c'est pour en remarquer la qualité particulière à telle saison ou telle heure du jour, ou pour rappeler le fond sur lequel se détache w\\ autre objet qu'il décrit. Quant à mettre directement sous nos yeux une teinte subtile et complexe, ou à reproduire pour l'esprit cet orchestre de valeurs et de tons qui chante dans un paysage, il ne croit pas