Edinburgh Miscellany, 2e éd., vol. 1, p. 193 à
titre do. M. A. (Ma^nsler Artiuiii). Depuis plusieurs années la Faculté avait négligé ses réunions régulières; les grailes n'étaient plus accordés que comme une pure formalité; ils avaient dès lors perdu tout prestige. Le nombre des étudiants consacrés M. A. à Edimbourg, qui était en 1705 de 105, diminuera peu à peu, à partir des changements introduits en 1708 dans Torganisation de la Faculté des Arts, pour tomber enlin au chiffre de 3 en 1749. Ainsi s'explique cette absence du titre dans laquelle Johnson paraît voir une preuve de Findolence ou de l'incapacité du jeune étudiant. Devenu en 1719 élève de la Faculté de Tliéologie, Thomson continua le genre de vie qu'il menait depuis plusieurs années, partagé entre des tr3-vaux académiques où il n'apportait qu*un zèle fort tiède, et d^s occupations irrégulières qui s'emparaient chaque jour plus complètement de lui. Un certain nombre des pièces fugitives qui datent de cette époque nous sont conservées; on les trouvera étudiées à leur place dans Tœuvre du poète. Elles traduisent bien la diversité des influences qui se partagent l'esprit du jeune liomme. A côte d'une pièce religieuse : A Paraphrase of Psalm GIV, c'est une pièce sentimentale sur la douleur de> l'amant séparé de sa maîtresse : An Elegy on Parting; à côtST d'un morceau inspiré par l'amour de la campagne : The Morn'in^ in the Country, c'est une adresse à La Beauté ou au Vertugadin. La première lettre de Thomson qui nous soit restée est do- 11 décembre 1720. 11 l'envoie d'Kdimbourg à son ami Cranstoun qui, ses études de médecine terminées, s'est établi à Ancrum. Ces franches effusions avec un camarade de la veille conlir-^ ment exactement les suppositions que d'autres renseignements pouvaient suggérer sur le caractère et sur les goûts de nolr^ étudiant. Son amitié s'y exprime en accents chaleureux. l9 constate qu'il fréquente peu « le beau monde » d'Edimbourg^ 11 se plaint avec bonne humeur de manquer d'élégance, d^ galanterie et d'argent; mais il trouve compensation à tout dand l'affection de son ami. 11 apostrophe les feunnes avec l'ardeur d'un jouvenceau et d'un poète, et leur i*eproche de ne pas réserver toute leur admiration au génie. Il cite Shakespeare *
i. • Wil and bcaïUy thus joined would be, as Shakespeare bas it, makiog honey a eaucc to siigar. » — C'est une adaplatioii ingénieuse du mot de Touchstono : « For boue^ty couplcd to bcauty is lo bave honey a sauce lo sugar •. (AU is Well ihat Ends Well, acte 11, se. m.)
L'ENFANCE ET L'âUOLESCENCE. 29
pour expliquer Taveuglement des belles, et termine sur la promesse d'envoyer bientôt à son correspondant un poème manuscrit.
Cranstoun, paraît-il, lui avait reproché de trop tarder à lui communiquer de nouveaux travaux littéraires; et Thomson s'excuse en disant : « Comment pouvez- vous attendre mieux t de l'amphithéâtre de théologie ou d'une Cave à deux pence? d -I What can you expect from the Divinity Hall, or a Tipenny f Ceir? » Et plus loin, dans la même lettre, il parle des gens de sa condition comme des a humbles fils de Tipenny d. Il y a là, en même temps qu'un souvenir curieux du vieil Edimbourg, un détail intéressant sur la vie de notre étudiant.
Les plaisirs offerts aux jeunes gens n'étaient pas nombreux dans la capitale écossaise. La liste de ceux qui restaient accessibles aux futurs ministres presbytériens était fort réduite. Les combats de coq, introduits en 1702, les bals publics dont le premier datait de 1710 ', le théâtre qu'alimentaient surtout les tours de force d'une acrobate italienne, la signera Violante, n'étaient pas des distractions abordables aux étudiants en théologie. Les jeux de golf, de tennis, le tir à Tare étaient passe-temps de « gentlemen i». Pas de concerts; la première société musicale fut fondée en 1728 *. Restaient les tavernes, et nos théologiens les fréquentaient comme tout le monde. On y allait pour traiter d'affaires, pour boire et pour jouer. Celles "qui avaient le plus de vogue nous paraîtraient aujourd'hui fort naisérables. « Elles étaient en général sales et lugubres'. t> Quant î^ux établissements ouverts aux bourses modestes, celaient ^ Tipenny-Cells où se débitait, au prix de deux pence la pinte ^ossaise, une bière médiocre. Nous aimons à croire que Thomson n'y cherchait pas les plaisirs du jeu; nous pouvons P^ser qu'il n'en sortait pas pour se livrer aux scènes de désordre ®^ de tapage nocturne qui indignaient les pieux magistrats du Conseil *. Mais nous sommes bien obligés d'admettre que le lieu
i. Ils étaient soumis, on peut le croire, à une étroite surveillance. Un arrêté du Conseil de 1121 interdit l'enseignement public ou prive de la danse, à moins de licence spéciale accordée par le Conseil.
2. HcGO AarsOT, The History of Edinburgh, p. 195, 366, 379, 381.