‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 141 sur 272 · Mensure for measure, acte 111, se. i, vers · texte numérisé non relu

Mensure for measure, acte 111, se. i, vers

• And Ihe poor beetle that \ve tread upon. In corporal sulTeraDce finds a pang as great As when a giant dies. »

3. Sprinfjy 390, 391. Il pourrait bien y avoir là un souvenir de (îay, dont les Rural Sports présentent avec le poème de Thomson des affinités qui n'ont pas été suffisamment remarquées.

« Around the steci, no torlur'd worm shall twine. No blood of living inscct stain my line. Let me, less cruel, cast the feather'd liook

Aod with the fur-wrouglit fly delude the prcy. »

[Rural Sports, Canlo I, v. *205-270.)

Cette subtile distinction, cette sensibihté qui s'exalte en faveur du ver, et ne s'émeut pas pour le poisson, avait attire h Gay une boutade de Swift

L'auteur des a Saisons i> a donc une part et une part importanteau retour du sentiment dans la poésie, et à rétablissement aussi de cette forme d'affectation qui, sous le nom de sensibilité, va sévir pendant près d'un siècle sur la littérature de l'Europe. Faudra-t-il de ce chef le condamner? Il semble qu'on doive lui tenir compte d'une réelle sincérité qui perc^ sous les exagérations d'une rhétorique parfois emphatique. C'est, au demeurant, un noble rôle qu'il assigne à la Muse, quand il l'invite à prendre courageusement la défense des petits, des faibles, des victimes impuissantes et muettes, de tous les êtres qu'il nomme ses frères parce qu'ils ont comme lui le pouvoir de sentir, d'aimer et de souffrir. S'il l'applique, ce beau nom, aux oiseaux chez qui les poètes se sont plu à constater une commune mission de chants *, nous savons que son cœur l'étend à tout ce qui a vie. Thomson annonce et prépare ici l'un des plus nobles a motifs d inspirateurs de la poésie moderne, celui qui a dicté tant de beaux vers non seulement à Cowper et à Burns, mais aussi à Goleridge et à Wordsworth * et que Shelley a ainsi formulé :

« Terre, océan, air, fraternité chérie.

N'esl-il pas vrai que jamais je n'ai sciemment blessé

Xi un oiseau brillant, ni un insecte, ni un iuofTcnsif animal,

Mais que toujours j'ai aimé ces éti*es, mes frères '? »

Sans doute cette sympathie étendue à tant de choses peut devenir puérile. Chez plus d'un « le sentiment b va cesser d'être

que Lei^h Hunt fuit figurer dans ses conversations de Pope et de Swifl : « Mr. Gay, vous êtes le seul pécheur que je connaisse qui ait une idée dans la tête; et de toutes vos idées, c'est la seule qui ne mérite pas que vous l'ayez. • (Voir Lbioh Hum, Table Talk.)

\. • Be not the muse asliamed, hère to bemoan

lier brothers of the jçrovc. »

(Spring, 101,102.!

2. I*ar exemple dans the Taie of Ihc Ancient Mariner, dans HarlUap Wrll et dans The v^hite Doe of liaveior.

l\. • Karth, océan, air, beloved brotherhood !

ir no briglit bird, insecl or gentle Iteast I consciously hâve iuJurecJ. but still loved And cherished thcse my kindred.... •

{Alasior,)

LES iiors-d'œl'vrk mklks Ai: POÈME des«:hiptif. 3î)o

mie émotion, pour lu^ reslur qu'un»' juniniace. Mais celloîilleiMation iiu''me u«î vaul-eiio pas mieux encore que l'allectation d'une insensibilité où beaucoup croient prouver une force et une supériorité * ? La raison avait eu son long règne. On avait vu les plus grands penseurs, en France, en arriver, par d'ingénieuses déductions, à nier chez les animaux toute l'acuité de sentir. Les philosophes anglais fondaient volontiers leur morale ou leur politique sur régoïsme ou sur les pires instincts, ceuxlà seuls leur semblant partie essentielle de Tàme humaine. Ce n'est pas une gloire méprisable pour Thomson que d'avoir, un des premiers, rappelé les droits du sentiment et protesté contre une véritable mutilation de la nature humaine. Nous avons connu depuis un autre goût et une autre attitude de grandes écoles littéraires. C'est peut-être pour nous une raison de voir avec plus d'indulgence Témotion et même la sensiblerie de Thomson et des écrivains qui l'ont suivi. On peut trouver leur puérilité moins déplaisante et moins contraire à la vérité de Tàme humaine que l'irritante et orgueilleuse sécheresse de certaines écoles très modernes.

Philosophie.

Nous avons dit que, dans les a Saisons », la représentation poétique du monde ne procède d'aucun système religieux ou philosophique. Il n*est pas moins vrai cependant que le poème renferme l'exposé d'opinions doctrinales auxquelles Tauteur attachait assurément une grande importance. Il était, depuis l'université, resté enthousiaste des hautes spéculations de la pensée. Les problèmes de la métaphysique se posaient devant lui non seulement à l'occasion de ces réflexions morales dont nous parlions dans les pages précédentes, mais aussi comme le terme de sa longue observation de l'univers matériel. Il nous a dit lui-même quel charme il trouvait à poursuivre, avec quelques amis, la solution de ces grandes questions. Durant les

1. On peut lire sur ce sujet une page spirituelle de Olivek Wekdell Holmes, dans The Poet ni the Breakfast-Table, V, p. 12D, 120.

loisirs des soirées d'hiver^ on se demandait, dans la petite maison de Kew-foot Lane, a si la structure immense de Funivers fut tardivement évoquée du monde de la Nuit, ou si elle jaillit éternelle de Téternel Esprit; quelle est sa vie, quels sont ses lois, son dévclo[)poment et sa fin ' ». Thomson célèbre avec chaleur les beautés et les joies de la philosophie : elle défendiez hommes éclairés de Tesclavage des superstitions, de la t foi mystique » et de « Tétonnement aveugle »; elle leur assure les jouissances divines du savoir *. Et, apostrophant la noble science elle-même, la « Philosophie sereine,.... source jaillissante de vérité », il termine V « Été » par une longue énumération des bienfaits dus à ces eiïorts de l'esprit vers le vrai absolu, auxquels il rattache toute science, toute civilisation et tout progrès '.

(Juelle est donc la doctrine du poète? Il n'est pas très facile de lier à un système nettement précisé les nombreuses expressions qu'il donne successivement à sa pensée. Les professions de foi panthéiste abondent : « Quel est cet esprit puissant...'? « Quel est-il, sinon Dieu, qui, esprit partout présent, énergie « incessante, pénètre, dirige, supporte et meut le monde « entier*? » — « La Maison remonte jusqu'à Celui, Essence pro- <i ductrice du monde, qui seul possède l'être *. » — « En toi, <ï Printemps charmant, et dans tes douces scènes, on voit le « Dieu souriant^. » — Le début de PHvmne final est aussi très explicite : « C) père Tout-puissant, toutes ces saisons, a. dans leurs changements, ne sont que le Dieu manifesté <i divei*sement. Tu remplis l'année dans ses révolutions. C'est <( ta beauté qui s'avance dans le Printemps charmant, c'est « ta tendresse et ton amour ", etc.... » On comprend que des affirmations aussi catégoriques de la doctrine aient paru contraires à l'orthodoxie : que Lyttelton ait voulu atténuer la netteté de ces professions de foi »*; que Gibbon et Dugald-

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