Lettre du 20 oct
•2. Liberty, pari 111, 32-70.
.1. TlioinsoD a d'ailleurs liii-mt^me exprime sun respect el son admiratiou pour Ai^hlcy Cooper, 3« comte de Shaftesbury. Voir Winler, 1551-1*15;). — Le panthëii^me de Sliaftesbury ou de Pope n'est pas du reste une doctrine •hoirie pour ses mérites propres. C'est surtout une dos formules par oiï l'exprime chez eux le sentiment d*une harmonie parfaite dans la création: r*est l'optimisme qui se retrouve sous cette forme métaphysique.
Ouant aux vers de Pope qui énoncent la doctrine, ils sont nombreux lin ri s VEssaf/ on Alan, Contentons-nous de rappeler ce distique :
« AU are but parts of onc stupendous whole, Whose body Nature is, and God the soûl. •
c'est que toute poésie de Tunivers a une tendance à voir dans la divinité Tàme dos choses *. Ce genre évidemment sacxîonimode, mieux tjue la poésie didactique* ou moi*ale, d un système qui aboutit à Tapothéose de la nature. Lauteur des <i Saisons )) cependant n'a pas trouvé d'inspiration très lïeureuse dans cette doctrine demeurée en son esprit incertaine et nuageuse. La poésie philosophique n'est pas son fait. Il n'y a pas dans sa langue cette ferveur contenue qui a permis à Dryden, par un phénomène presque unique, de traiter en {?rand poète des thèses de philosophie ou de politique.
ïhomson est plus heureux dans les vers de sentiment purement religieux. Quand, oublieux des subtilités métaphysiques où il lui arrive d(^ se perdre, il se laisse entraîner à une effusion de piété, pour adorer la puissance suprême, force immanente et essence unique, ou au contraire Dieu créateur et Providence tutélaire, alors il trouve des accents d'une éloquence enflammée qui ne sont pas indignes de Milton. Tels sont quelques-uns des passages rappelés plus haut *. Tel est surtout cet « Hymne » qui tout à la fois résume le tableau de la nature et fait de la Création entière un clidîur magnifique de joie reconnaissante.
Ici sans doute il convient de mentionner les quelques analyses psychologi(|ues qui se rencontrent dans le poème. Il ne s'agit pas d'une étude des passions traitée à la façon des dramaturges. La seule part faite par les a Saisons » à cette forme d'ai't, nous l'avons rencontrée dans les épisodes, et nous avons dû noter alors de (luelle faible valeur sont ces peintures de l'amour. Mais dans d'autres parties de l'œuvre se montre une tentative d'analyse scientiliquc de passions, méthodiquement poursuivie et exposée '. C'est, dans le a Printemps », la peinture de l'amour naissant, l'étude des manifestations diverses
1. Ce n'est pas seuleinenl Virgile qui nous on fournirait la preuve :
« Spiritus intud alit, tolamque infusa per artus, Mens agitai mole m, et maixno se corpore miscet • ;
le pins clirélicn des poètes, Gowpcr. a orrit :
« Tliere livcs and works
A pou! in al! tiiings, and tliat soûl is God. •
2. Sumtner, 175-191, 17.S2-178S; IVj//^'/-, 216-222: .S;;W/i«;, 555-570.
3. Un passage de V • Kté » expose môme et la méthode, et Tobjet. cl les limites de lu science qui étudie les phénomènes de l'esprit. {Suttiihi. 1782-1789.)
(le ce sentiment et des transformations qu'il peut subir. Nous voyons exposé Tamourchez la jeune fille *, puis chez le jeune homme — avec force recommandations morales à Tun et à lautre sur les dangers qui les menacent *. Alors viennent les maux et les tourments de l'amour, les souffrances de Tamant séparé de sa maîtresse ^. Puis les déviations de Tamour; la jalousie *, a cette peste qui teint tout en jaune * ». Enfin un tableau des félicités de Tamour honnête, du mariage et de la famille •.
Nous n arrivons guère à goûter les passages que ces thèmes ont inspirés au poète. Sa langue y parait trop souvent boursouflée. Sa large et sonore période ne se prête pas heureusement à l'analvse des Unes et délicates nuances de la vie du cœur. Dans la peinture des transports violents il arrive vite à l'hyperbole déraisonnable. S'il s'agit de famant que torture Tabsence de celle qu'il aime, « son Ame ravie vole bien loin jusci qu'au sein imaginaire de sa belle, ne laissant derrière elle 1 que l'image d'un amant immobile ' )>.
Hyperbole et banalité, tels nous paraissent être aujourd'hui les deux caractères principaux de ces observations et de ces descriptions. S'il fallait y chercher une trace du temjiéi'ament individuel du poète, peut-être pourrait-on la trouver dans la conception qu'il s'est faite de l'amour chez les jeunes filles. Nous savons, par sa vie, qu'il a su comprendre l'amour sous une forme très pure et très haute ^ Mais quand il peint les émotions d'une jeune fille qui aime, si touchante et si chaste qu'il veuille la figurer, ses descriptions ont quelque chose de lourdement appuyé, de sensuel et d'indélicat.
« Les désirs soulèvent son sein en palpitations violentes; « un désordre délicieux envahit ses veines, et toute son àme a qui s'abandonne est amour. Son amant détourne ses yeux « de ce regard ardent, tout plein lui-même des chers et a puissants transports, et pâmé de langueur ^ »
1. Sprint/, 962-981. — 2. Ihid., 982-99i. — 3. Ibid., 095-i0'72. — 4. Ihid., 1014-1111. — 5. - The yellow tinpein}jç plaque - (M/V/., 1082). — «i. Ihid., 1 112-1173. — 1. Ibid., 1019-1021. Voir encore 1091-1095. s. Il a su aussi dire quelle est la noblesse morale de ce sentiment : - That noble wish, tbal never-cloyed désire, Wbicli, seltish joy disdaining, sccks alone To bless the dearer object of its (lame. -
{Ibid., 290-293.^ 0. lôid.y 967-972.
« Un parfum puissant, exquis comme Thaleine de Mai a quand, après s'être épandue sur les violettes, elle arrive à la « bergère pâmée d*amour, qui doucement entend son berger Cl haletant s'approcher pour se glisser dans ses bras *. »
Nous avons relevé plus haut la teinte do sensualité un peu grossière qui se mêle aux peintures de femmes qu a tracées Thomson *. C'est le même caractère qui reparait ici. II ne mérite pas un blâme très sévère . Rappelons-nous quelle licence moins franche, moins naturelle et moins inofleiisive autorisaient les mœurs (*t les exemples de ce temps. Nous comprendrons que les contemporains de Thomson n aient wi dans son poème rien que la plus rigide moralité. Longtemps apivs sa mort c'était un grand écrivain français et une femme qui admirait à la fois la pureté de l'enseignement et la beauté poétique des peintures de l'amour dans les t Saisons ». t Les vers de Thomson me touchent plus que les sonnets de Pétrarque ^ », (lisait Mme de Sta('l. Et dans une autre partie du même ouvrage : ce Esl-il une ])his délicieuse peinture de Tamour dans (( le mariage que les vers (|ui terminent le premier chant de a Thomson sur le Printemps *? »