Summer, 1:m3-1:j75. — i. Ihid., i:i
Quand, après les sérieuses pensées de la philosophie.
Nous chercherions quelque soulagement, nous lerions se jouer
[devant nous les formes De la fantaisie capricieuse, nous composerions sans cesse Os tableaux rapides, ce cortège rassemblé D'idées fugitives qui n'ont jamais été jointes, Et par lesquelles Tesprit alerte excite une sui-prise joyeuse, Ou [)ar lesquelles liiumour, peintre des sottises, lui-même
[restant toujours grave, Provoque un rire qui ébranle profondément tous les nerfs *.
Rien de surprenant à rencontrer dans les a Saisons » cette analyse d'une faculté qui du reste a peu de part aux inspirations ordinaires du poète. L'esprit n'est-il pas une des qualités souveraines de la poésie du xviir- siècle? Tout ce que les dramaturges de la Restauration avaient dépensé de verve, de traits piquants, de saillies ingénieuses et risibles, les poètes du siècle l'ont retrouvé. L'héritière directe de la comédie du xvir siècle, c'est la poésie satirique et légère. A côté de Steele et d'Addison dont la gaité prend la forme de l'humour plutôt encore que celle de lesprit, c'est Pope qui est le véritable successeur de Congreve. Autour de lui tout le monde a de Tesprit; esprit morose, amer, parfois féroce chez Swift, esprit frondeur, impertinent et immoral chez Gay, esprit moral et moralisant chez le Young des <k Satires » et même un peu plus tard dans les mélancolies apprêtées des a Nuits ».
Or Tesprit ne serait-il pas à peu près l'opposé de l'imagination qui fait vraiment le poète? Le trait spirituel supix)se toujours une comparaison. La comparaison développée, ou au contraire résumée dans un seul terme métaphorique, c'est le mode d'expression fondamental de la poésie. Mais quelle difîérence entre ces deux genres de comparaison!
L'esprit rapproche deux termes en raison de rapports inattendus et peu probables. L'imagination poétique au contraire les unit en constatant entre eux une harmonie intime et profonde. L'esprit voit les choses par leurs côtés exceptionnels,
i. Winter, 609-()l6. — La délinition développée par Thomson est celle qu'avait donnée Locke : « Wit consisls... in th« aflflemblage of ideas; and putting thèse togclher with quickness and variety, wherein can be founri any ressemblance or congruily ». (On the Uuman Understanditig, Bk. II, chap. n.) — C'esl aussi la théorie q«*a exposée Dugald-Slewart. [Eléments of the Philosopha of the Uuman Mind, sect. IV, p. 302.)
extérieurs et peu importants. Le poète les voit en ce qu'elles ont d'essentiel. Le trait d'esprit sera d'autant plus piquant qu'il mettra en lumière un caractère plus imprévu de Tobjel visé. L'image poétique est d'autant plus belle qu'elle nous fait mieux pénétrer jusqu'au fond permanent de l'être ou de la chose. Voilà sans doute pourauoi les écrivains si spirituels de l'école de Pope sont si peu poètes. Voilà pourquoi Thomson, qui avait retrouvé une des sources vives de la vraie poésie, montre peu d'esprit. 11 n'est pas sans doute au même point que son maître, le grand Milton, dépourvu de tout sentiment d'humour. Mais, comme lui, il se laisse aller à la recherclie d'effets d'un goût très contestable. Ses antithèses à Tinstarde Pope sont quelquefois assez heureuses, témoin celle que nous venons de citer au sujet de Pope lui-même *. Plus souvent cependant ces effets sont d'une lourdeur banale, exprimant par une froide répétition de termes une assimilation peu naturelle. On en a pu lire plus haut quelques exemples.
La fantaisie, qui rapproche deux termes en apparence fort éloignés, est assez heureuse dans ce vers, qui, au milieu des fêtes mondaines, signale
... insecte brillant dans tout son éclat de l'élé, Le petit inaitre qui voltige léger, et étend ses ailes poudreuses *.
Kllc est plus audacieuse dans l'exemple suivant, mais un sourire du poète atténue l'emphase de l'hyperbole. Il s'adresse
aux jeunes tilles :
Dans le berceau Où flotte le cbèvivfeuille, et où les roses font un lit, X'allez pas, (piand le soir tire ses rideaux de pourpre, Vous lier pour quebjiies douces minutes à rhomme trompeur \
Mais le plus souvent cette fantaisie n'aboutit qu'à des pointes recherchées, à des con(!etti du genre de ceux-ci :
Cueillons dans leur fraîcheur Des lleurs à pein»' écloses. pour en orner les tresses de tes cheveux, Et ton sein aimé qui ajoute à leur parfum *,
I. Voir p. 40T. — 2. \Vinler, (U3-G4o. — 3. Sfiring, 978-981. 4. Spring^ 490-492. Tlioinson était très satisfait de la gentillesse qu'avait trouvée là son esprit. 11 y revient encore dans une petite pièce adressée à Âmanda.
• Unlees to deck lier swceter breast, In vain I rear the breathin^ flower. ■
LES nORS-D'ŒUVRB MÊLÉS AU POÈME DESCRIPTIF. 411
OU, dans le même chant, cette idée reprise par Thomson aux poètes de la Renaissance qui n'en avaient que trop usé :
... gontlc la brise De soupirs incessants, et le ruisseau de larmes ',
ou telle métaphore qui se poursuit à travers dix vers avec une insistance excessive : Palémon voit dans la jeune Lavinia la seule fleur survivante de la racine qui jadis nourrissait sa fortune; il énumère les influences atmosphériques sous lesquelles cette fleur s'est développée; il veut la transplanter dans un sol plus généreux et en faire l'orgueil de son jardin *.
L'esprit et la fantaisie n'ont donc apporté à notre poète qu'une inspiration intermittente et non pas toujours propice. Son poème renferme un épisode franchement humoristique. C'est la scène du repas des chasseurs dans I' « Automne d. Il y a là une description d*un naturel et d'une gaité parfaits. Le ton est bien celui du poème héroï-comique. L'emphase en est d'une drôlerie amusante. Rien n'est oublié des traits qui peuvent rendre la scène plus vivante et plus bruyante. Nous entendons les récits merveilleux et les vantardises audacieuses autour de la table chargée d'un rôti monstrueux, et les jeux retentissants, et la galanterie éléphantine des buveurs qui arrêtent au passage la fille d'auberge peu farouche, et les explosions de gaité des convives déjà gagnés par l'ivresse, auxquelles les chiens répondent du chenil. La scène fmale nous montre, sous la table, au milieu des verres et des pipes brisés, les victimes de cette lutte héroïque, tous vaincus, a sauf « quelque pasteur à la panse énorme, qui, s'éloignant de ses « ouailles prosternées, rentre chez lui et gémit de la faiblesse « de ce temps ' ».
!. Sj>nng, 1030, 1031. — 2. Autumn, 2H-28I. — 3. lbi(L, 492-5(;9.