‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 168 sur 272 · Snatched from the hoary steed tlie floating line · texte numérisé non relu

Snatched from the hoary steed tlie floating line

{Sprtnff^ 383.)

Pope s'était contenté <le dire : • Slight Unes of hair surprise the Tinny pri?y ■ {The Râpe of the Lock.)

■2. And while Ihe milky nutriment distils.

[^Spring. 183.)

:i. Celle entre autres qui désigne ainsi les poules :

<i Kt les oiseaux privés, dont le chant entendu Avertit Thommc à jeun du fruit qu'ils ont perdu. '»

(La Chute cTun Ange.)

A. de Vigny, »i plein de raillerie pour ces préjugés littéraires qu'ofTus- «(liait le mouchoir d'Othello, imagine lui-même, pour parler d'une chemise, titi bien ingénieuses périphrases :

« Dolorida n'u plus que ce voile incertain, Le premier que revêt le pudique matin, Et le dernier rempart que, dans sa nuit folâtre, L'amour ose enlever d'une main idolâtre. «>

{Livre Moderne. Dolorida.)

Si Delille avait eu à parler du quadrille des lanciers, Taurait-il fait en tonnes plus alambiqués que ceux-ci?

<« Le signal est donné, l'archet frémit encore,

Elancez-vous, liez ces pas nouveaux Que l'Anglais inventa, nœuds chers à Terpsichore, Qui d'une noble chaîne imitent les anneaux. -

[Livre Moderne, Le Bat.)

« intrépide * ». Tous les hôtes de la ferme sont ainsi décrits et nommés sans fausse honte : le canard aussi bien que le cygne, le dindon à côté du paon ou du pigeon *. Les pages du poème sont pleines de descriptions aussi éloignées que possible de cette langue contournée, molle et vague que produit l'abus des périphrases. Qu'on se rappelle cette scène de V « Été » qui nous montre tous les animaux accablés par Tardeur du soleil, depuis « la corneille, le freux et la pie qui se dirigent d'un vol pares- « seux vers les chênes devenus gris » jusqu'au chien de la ferme qui a dort étendu tout au long jusqu'à ce que, éveillé « par une guêpe, il la iiappe brusquement ' ».

A lire le poème nous ne pouvons nous défendre aujourd'hui de remarquer surtout ces passages où l'écrivain semble, selon le mot de Pascal, s'ingénier a à masquer la nature et à la déguiser ». Mais si nous replaçons les a Saisons d au temps où elles ont été écrites, nous saurons gré au poète de s'être souvent affranchi du mauvais goût régnant. Nous remarquerons alors davantage tant de descriptions d'une langue si simple et d'une saveur si franche, comme la baignade et la tonte des moutons *, comme la fenaison ^ ou la moisson **, comme tant d'autres scènes où Thomson écrit avec son instinct naturel et que ne gâtent pas de fâcheuses élégances.

Personnilicalion et allégorie, — Au même degré peut-être que la périphrase, la personnification est considérée comme un des procédés caractéristiques de la poésie classique au xvni« siècle. Pour ce qui est de l'Angleterre, il y a là quelque injustice. L'école ne mérite pas tout entière de porter la responsabilité d'un travers qui sans doute a sévi sur beaucoup. Les maîtres du commencement du siècle sont, plus qu'on ne serait tenté de le croire, exempts de cette affectation. Pope en use assez peu. Non seulement dans ses poèmes de discussion rimée, épîtres ou satires, mais même dans sci^ œuvres descriptives ou pathétiques, il est sobre de ces effets ambitieux ^ Plus rares encore, on le croira sans peine, sont

\. Spring, 771-773. — 2. Ibid., 7G5-787. — 3. Summer, 224-236. — i. /6iV/., 370-400. — 5. Jbid., 352-369. — 6. Autumn, 151-169.

7. Pas une seule personDification dans les ({uatre Pastorales des - Saisons », sauf ces métaphores banales d'arbres qui versent des larmes d*ambre, on de fleurs qui s^associcnl & un deuil mortel. — Deux personniflcations bien caractérisées dans Héloïse el Abélard (v. 163-170 et v. 299). — Il y en a nn plus grand nombre dans lu ■ Forêt de Windsor • ; mai*

Swift ces audaces poétiques. Dans ses vers nets, tranits et froids, nous ne pourrions guère relever que lattrion de majuscules aux noms de certaines abstractions, 'emploi d'expressions tellement effacées et ternies par ige qu'elles ne conservent plus couleur de personnifica-

*. — On peut être tenté de voir en Young un des poètes ont consacré le triomphe de cette figure. Qui n'a présent »sprit ce début de la première des a Nuits » où, en vers )res et magnifiques, l'auteur évoque devant nous comme mt de personnages imposants et muets le Sommeil, la t et le Silence primordial? Mais on aurait tort de conclure ,'e passage au reste du poème. Dans les parties même où il once à sa prédication rimée, et où sa pesante dialectique se quelque repos au malheureux Lorenzo; dans ces pases célèbres où il s'élève à une haute et riche poésie, il fait îment usage de la personnification -.

i nous en venons aux a poetie minores », l'importance de

formes de style s'accroît beimcoup. Garth y a volontiers ours. On en peut trouver plusieurs exemples accumulés is quelques vers de l'Épilogue du a Caton » d'Addison. — :hard Savage en fournil des spécimens de caractère plus usé. Son a Wanderer » nous offre plusieurs personnificaîs prolongées et poussées à fond. L'une d'elles, celle du

une n'a de caractère nouveau ni saillant. — • L'Enlèyement de la icle « au coulraire en reufcnnc d'originales, qui sont un des éléments umour du joli poème. Voir au chaut IV, ces personnages qui s'appell - la Migraine •, • TÂlTectation », etc.

- Let Love with Folly and Pride

More fit associâtes Hnd! -

iOdc to WiHlom.)

■ Why on that brow dwell sorrow and dismay Where Loves were wont to sport, and Suiiles to play? >

(-■1 Town Eclogue,)

)uand par hasard la Muse un peu prosaïque du Doyen onfunte une 'itable persounification, c'est avec une intention burlesque :

- Discrétion ! tu u'as jamais été Tamic de l'amour. ... Discrétion maudite, la faute était toute à toi.... Vénus, dis a ton père de préparer ses carreaux, et de faire Rentrer la Discrétion dans les ténèbres infernales. •

To Love, Vers trouvés dans le pupitre de miss Vanhonirigh après sa >rt.)

2. Un des rares exemples h citer s^appliquerait & une allégorie des atre saisons.

Suicide, poursuivie durant cinquante vers *, fait penser à quelques-unes des évocations de Collins, un des maîtres du genre. Enfin pour citer encore un nom, le poème si curieux de Dyer, qui, publié la même année que r« Hiver »,en reproduit à une échelle très réduite les caractères principaux, Grongar Hill commence et se termine par des personnifications.

Nous voyons donc que cette fijîure n'a pas encore pris, chez les contemporains de Thomson, la prépondérance abusive qu'on lui connaîtra plus tard. L'auteur des c Saisons » en cette matière imite plutôt les petits écrivains que les grands. Il recherche trop volontiei*s dans celte création d'êtres vides de réalité une ressource facile du style poétique. Ses personnifications valent celles de tous les héros de la Dunciad quand il nous montre « la chaumière couverte de mousse où, avec le « berger, habite la Paix * », ou quand il énumère les passion> qui, depuis la lin de l'àgc d'or, ont envahi le cœur de l'homme: « la colère frénétique — ou bien, pâle et silencieuse, la basse « envie que dessèche la vue du bonheur d'autrui, la i)€ur « etfaréc ' », etc. Les images de ce genre sont innombrables dans le poème. Les meilleures sont celles qui sont employées avec une intention ironique : « Alors la Faim rassasiée ordonne à sa « sfeur la Soif — de faire paraître le bol énorme * ».

Comme tous ses contemporains d'ailleurs, Thomson emploie coniplaisamment l'apostrophe, et c'est l'occasion de nombreuses transformations d'êtres de raison en pseudo-personnages. <K 0 chaleur qui accables tous les êtres, suspends ta « rage *. » — a Salut, ombrages, fourrés, sapins, chênes*», etc. — « Soufllcz, brises fécondantes,... ô vous, rosées... et vous, « ondées... et toi, soleil, qui rends la vie au monde ". » — a Et « toi surtout, ô vert joyeux, toi qui partout es la parure de la a Nature souriante *. » — a Où es-tu. Gelée? • » -— « Et loi, « délicieux ananas, toi, l'orgueil du monde végétal... vite je « veux te dépouiller de la tunique aux écailles tôufîues, pour a dégager ton trésor d'ambroisie, et m'asseoir à la table de u Jupiter! *° »

1. Thr Wandrrcr, caïUo H, 19l-2r)0. On peut voir encore dans le premier cliant du même poème une louf^ue allégorie de l'Industrie (170-2%).

2. Sumtner, 64. - 3. Sf,rin{f. 280-306. — 4. Autunnu 512, 513. — 5. Suitnner, iTti. — 6. Sunifiirr, MVJ. — 7. Sprintj. 49-.52. — 8. Ihid., S2, 83 — 9. \Yinifit\ 714. — 10. Sumhter, 68:>-08'i.

Les personnifications, on le voit, sont abondantes; elles portent sur les objets les plus divers; elles sont souvent d'une entière banalité *. Mais parfois il arrive à Thomson de descendre au niveau des plus pauvres versificateui's' C'est par exemple quand, au pâle olympe de ces divinités de baudruche auxquelles tant de poètes ont adressé leurs honunages, il s*avise d ajouter rinspiration elle-même, a Viens, ô Insiûration, de cet hermitt tage où les mortels te découvrent rarement; et que mon ima- « gination ose, à tes yeux sérieux, fixes et ravis qui parcourent a la voûte du ciel, dérober un regard, un de ces regards qui « créent un poète -. » — Imaginer, pour lui demander l'Inspiration, une déesse de l'Inspiration, c'est bien du triple galimatias. Disons, pour atténuer la responsabilité de Thomson, qu'il eut un complice. C'est de Mallet qu'était venue d'abord cette ingénieuse idée '. D'autre part on voudra mettre à l'actif d(^ notre poète une petite révolution dans les usages typographiques d'alors. 11 use beaucoup moins que ses contemporains de majuscules et d'italiques *. Ses allégoriques ligures y gagnent de passer un peu plus inaperçues. Sachons-lui gré d'avoir paru quelque peu honteux de ces produits de son feu poétique.

Il est au moins un sujet de représentation symbolique que Ton serait surpris de ne pas rencontrer dans le poème; ce sont les saisons elles-mêmes. Il y a là matière à des allégories tout indiquées; la peinture et la sculpture les ont prodiguées. Chacune des parties de l'œuvre, en effet, commence par une description du mythologique personnage à qui le chant doit être consacré. On a vu dans ces allégories une concession au goût du temps, et l'on n'a pas eu tort. Mais nous pensons (ju'il ne faut pas accepter sans réserve le jugement porté par M. Guillaume Guizot : « Son a Printemps » est un personnage

1. Isaac Browne n'a pas manqué, dans sa spirituelle parodie, de 'élever cet abus de l'invocation et de la personnification.

* 0 thou....

Tnbacco, Tuuntain pure of limpid trulh.

Toach llie myaterious lips thaï chant thy praise. -

{The Pipe of Tobacro.) 2. Sunwtcr, iV).

:i. • 1 thank you hcartily for your hint about personiziug of Inspiraion ; il strikes me. • (Thomson à Mallet, 11 ao^t i72G.) i. Nichols en a justement fait la remarque. ^Préface ù l'édition de Tegg.)

a inytliologique tel qu'on en peint alors sur les trumeaux. Ce d n'est que le reflet d'une œuvre d'art » ■. Ce serait apprécier inexactement le caractère des quatre allégories de Thomson que d'y voir une imitation des œuvres des peintres. Notons d'abord que ces descriptions sont bien brèves : quatre vers pour le Printemps, trois pour l'Été, deux et demi pour l'Automne, deux pour l'Hiver. Il faudrait plus de mots pour résumer la représentation fournie par un peintre. Elles sonl très brèves et sont très vagues. Nous comprendrions mieux qœ l'on comparât à des tableaux les allégories que Gray et Collins ont mises en œuvre, poursuivant la description jusque dans les derniers détails, et plaçant devant nos yeux une image complète, arrêtée dans ses lignes. Opposons aux deux lignes où l'auteur des a Saisons » figure l'Hiver les portraits détaillés que donne Cowper * ou même Shelley, et nous nous assurerons que Thomson ne s'est pas proposé de lutter avec le pinceau des décorateurs de trumeaux. H a compris qu'il y aurait discordance entre la nature telle qu'il la voyait et l'aimait, et ces factices personnifications. H a senti que ses fraîches et sincères peintures des choses de la campagne ne devaient point partager l'attention avec les imaginaires personnages qui ont traîné à travers tant de poèmes et sur tant de toiles leurs grâces banales et leurs emblèmes défraîchis.

C'est donc une impression plutôt qu'un portrait que ses descriptions visent à donner, a Viens, Printemps chara niant, viens, Saison des cieux cléments; — et du sein de a ce nuage qui s'abaisse, — tandis que partout s'éveillent les a chants, caché dans une pluie — de roses, descends sur nos u plaines ^. » Aucun artiste ne se chargerait de donner une forme visible à cette nuageuse divinité. Mais les vers du poète sont une évocation du printemps, de ses tiédeurs, de ses mélodies joyeuses, de ses senteurs et de sa parure de fleurs. Peu nous importe que la ligure elle-même soii si vaguement dessinée qu'un critique ait pu se demander quel en est le sexe *.

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