‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 18 sur 272 · John Forbes · texte numérisé non relu

John Forbes

8. n mourut en 1791, le dernier survivant des amis du poète. On< jours avant sa mort, il reçut l.i visite d*un • reporter » intelligent, il put donner avec une entière lucidité d'esprit, et une grande pré de souvenirs, des renseignements nombreux et inappréciables ^ur de Thomson, dont il fut Ta mi pendant vingt-deux ans, le voisin à mond, et dont il faillit devenir le beau-frère. « 1 became acqu wilh Thomson in the year i72t) when he published his poem of \\ Ho livcd opposite to me in Lancaster Court, in the Slrand.... • (/ yîemoranda.,.y dans Goohuvcn & Librar g... ^ p. 27i.)

d'autres encore recherchent son amitié. Deux mois seulement se sont écoulés depuis la publication du poème, et Thomson peut écrire à Hill : « Vous m*avez donné la gloire ».

Mais cette gloire n'assurait pas au jeune poète des moyens d'existence. L' € Hiver » avait été dédié à sir Spencer Gompton, « Speaker b de la Chambre des Communes. Mallet avait écrit cette dédicace, et Tavait libéralement assaisonnée de l'ingrédient qui devait rendre le plat agréable. Les talents et les vertus de sir Spencer sont pompeusement célébrés et l'auteur lui dit en plein visage : « Comme le berger dans sa cabane «peut sentir et reconnaître l'influence du soleil, avec une gra- , « tilude égale à celle des grands dans leurs palais, ainsi peut-il i « mètre permis de dire combien j'ai conscience de ces bienfaits, «qui de tant de vertus puissantes tombent sur cette nation «dont ces vertus sont l'ornement » \ L'auteur était donc en droit d'attendre du patron qu'il avait choisi quelque substantiel témoignage de satisfaction. Le « speaker » était un très puissant personnage '; la protection de Mrs. Howard, qui le fit un jour premier ministre, lui permettait sans doute d'intervenir ^ns la distribution des places et des sinécures. Or, c'étaient ^à les récompenses visées alors par les écrivains. Ils les trouvaient moins humiliantes et moins précaires que les faveurs sollicitées de la cour par les gens de lettres d'un âge antérieure Thomson évidemment avait, depuis son arrivée à Londres,

. ^' • As Ihe shepherd in bis cottage may feel and acknowledgc ttie 'QÛueace of ibe sua, with as lively a gratitude as Ihe great man in his P^^ce, even I may be allowed lo publish my 8cnse of those blessings ^lï'ch, from so many powerful virlues are derived to Ihe nalion tbey «dora. »

-• Ce Wilmington était un personnage politique auquel peut s\npiiHquer '*^ spiritueUe dénnilion que Ton connail : un imbécile longtemps méconnu. ^ njère de Pope rappelait, dit-on, the Proser, et Rob. Walpole résumait son jugement en ces termes : • a^er ail he was a poor créature >. Mais la laTeur de Mrs. Howard le Ht créer en 1727 barou Wilmiuglon, et comte ^Q 1730. (1 ne fallut pas moins que son élévation au poste de premier liinistre en 1742, pour que sa nullité devint manifeste.

3. a Ils échangèrent la protection de la Cour pour la protection des hommes d'État, et celle-ci fut aussi inévitable que l'autre. Que cette protection nouvelle ait été plus agréable, plus digne que l'autre, cela est de ^ule évidence. • (Alex. Beuame, Le Public et les Hommes de lettres en '^fiffleterre au xviii* siècle^ p. 353.) — Depuis l'avènement de Walpole aux affaires, Ja protection des ministres faisait défaut aux écrivains, aussi bien qne cJle de la Cour. C'est ce que Thomson et les aventuriers aUirés à Londres vers la mémo époque n'avaient pas encore eu le temps de constater.

espéré pareille aubaine. En choisissant Thonime politique à qui dédier son poème, il avait cru s'arrêter à celui qui pouvait le plus sûrement lui assurer ce rêve de plus d'un poète, otium eu m dignitate.

Rien ne vint; et la déception fut très grande. Sir Spencer resta tout à fait insensible à Thonneur qui lui était fait. 11 ne répondit même pas aux compliments de l'auteur par renvoi de quelques guinées. Ceci était une véritable infraction au code des usages qui régissaient alors les relations entre écrivains et grands seigneurs* ; c'était un affront qui demandait vengeance Hill prit vivement fait et cause pour son jeune protégé. Il lu adressa quelques vers où le manque de goût et de tact di a speaker » était signalé à l'indignation publique. Thomson 1 remercie, le 24 mai, avec les formules exubérantes qui conti nuent à remplir cette correspondance. 11 exprime en partiel lier toute l'admiration que lui inspirent les vers les plus frap pants de la pièce. L'auteur de V a Hiver » devait faire appel toute sa courtoisie pour s'extasier devant d'aussi médiocre iraiUitions des distiques et des antithèses de Pope :

a Souriez de votre espoir évanoui — convaincu, trop tard, - « que la grandeur ne réside pas toujours chez les grands*.

a Les patrons sont les grands de la nature, non pas ceux c (( l'État; — et le génie est un titre que ne crée pas le grai a sceau. — Les rois, de la générosité de qui découlent les pri « cipaux courants de la richesse, — sont pauvres en puissanc a quand ils veulent conférer des âmes '. »

Une fois de plus il fallut accepter pour vivre un modes emploi. Thomson (juitta son logement de Lancaster Court, c dans les derniers jours de mai, entra dans T a Académie » < Mr. Watts, Little Tower Street. Il y était précepteur d'un jein homme que l'on suppose avoir été lord George Graliam,

4. « Tickell affinns thit (wiUi Halifax) no dedication wentiinrewarded (Johnson, Lift* nf llalifac.)\o\v aussi A. Beuame, Le Public et les llomfh de lettres, p. 357.

2. Smile al yoiir vanished hope — convinccd, too late, Thaï grcatness dvvclls noi, always, wilh llie greal.

3. Patrons are naturels nobles, not Uie stale*s; And wil's a Lille no broad seal créâtes.

Kings, from wliosebounty weallh's chief currenls flow, Are poor in power, whcn they would soûls beslow.

LES DEBUTS d'un POÂTE. 61

du duc de Montrose, et jusqu'alors un dea élèves de iprès sa correspondance avec Hill, nous pouvons r que ses fonctions lui laissaient beaucoup de loisirs, ■s six mois passés à Little Tower Street. D'ailleurs t là qu'une situation toute provisoire. La première

V « Hiver > était épuisée, et déjà l'heureux poète tien préparer une seconde.

s de Hill avaient, s'il faut en croire Johnson, été

par quelques journaux. Sir Spencer Compton s'émut icité donnée à cette afTaire. Le poème et le poète aux-

ait attaché si peu d'importance étaient en voie de lèbres; il était temps de faire preuve de discernele générosité. On apprit donc à Thomson que le » le recevrait volontiers. L'entrevue eut lieu dans la u i juin, et le poète la raconte aussitât à Hill avec imie malicieuse. Le grand homme l'a reçu de façon ins doute en dissimulantdeson mieux son embarras, it quelques questions banales, et lui a donné vingt C'était, parait-il, le taux ordinaire auquel se payaient :es. Le a speaker » n'avait donc pos réparé ses torts [i vraiment libéral, et Thomson no conservait pas de sse tardive une très chaude reconnaissance. )uva cependant fort embari'assé. La seconde édition itre dans jwu de jours. Les vers de Hill devaient y lOC ceux que Mallet avait écrits sous la même inspiétait pourtant difficile de flétrir publiquement l'ab- ;oùt et l'avarice de Complon après avoir accepté son 'lusieurs lettres de Tliumson à ses deux amis nous eraux |>éripétiesd'une amusante comédie. H voudrait ivvcr ces épitres oii de chaleureux éloges consacrent s; il s'efToi-ce de décider ses deux alliés à atténuer qiies, ot à en effacer dos reproches qui n'ont plus de Ire. Mais les deux poètes n'entendent pas renoncer es plus mordants de leurs satires; ce sont les mieux ceux auxquels ils tiennent le plus. Toulc la diplo- Ttiomson menaçait de rester impuissante dans cette icate. Quand il croyait avoir dét.'idé Mallot ii des atténécessaires et faisait valoir cet exemple pour peser

a Hill du 4eL du 7 juin.

6i JAMES THOMSON.

sur llill \ il apprenait au contraire que Mallet tenait mord h ses apostrophes indignées, et, plutôt que d'y renoncer, ] posait, au grand émoi de notre poète, de supprimer le t éloges à l'auteur et reproches au patron. Puis, c'était Hill tour à tour consentait et refusait, si bien que le malheui Thomson lui adressait une dernière et pressante demande I jours avant le tirage de l'édition *.

Enfin le poème fut publié vers la fin de juin ', avec les c pièces. Nous ne savons pas si Mallet avait changé quelquecl à la sienne*; il semble que llill ait consenti à quelques rc ches '. Une troisième pièce élogieuse s'ajoutait aux deux aul Elle était signée du nom de Mira ^ C'était le pseudonyme i

1. • ... Asthc case dow is, one of your infinité delicacy will be thc juUge, whcthcr il will be proper lo priât thèse two inimilablc copi Verses 1 liave from you and Trom Mr. Mallet, withoulsucli litlle altéra

as sh.ill cUar sir Spencer of thc bcst satire I cver read (Lettre à

du 7 juin 1726.)

2. Lettres ù llill des 4, 7, 11 et 17 juin, et à Mallet du 13 juin.

3. En un format in-oclavo, tandis que la première édition cla quarto. Le nom de Tauteur n'y est plus suivi des lettres A. M. qui se v au titre de Pédition du mois de mars, bien qu^^, nous le savons, Thc u*y eût point de droit. Cette édition fut l'objelf dans la mOme annc nouveaux tirages qui portent, comme seule différence, des pages de uiodiflées et indiquant la 3* et la 4» édition.

4. To Mr, Thomson on his publishiiif/ th'j second édition of kix cailed Wintei'f by David Mallocii. Il semble que ce soit la dernière sion où Tami de Thomsou ait conservé son nom patronymique. Il I la m(}mc année (sept. 1720) sous le nom de Malle I, dans la liste des criptcurs au Misccllani^ puijliû par Savage. Mais, dans ses relations SCS amis, le nom de Mallet était depuis quel(|ue temps adopté. La de Thomson, du 10 juillet 1725, commence par ces mots : « Deor Ma et se lermine par ceux-ci :

Nor by a morlal scen, save he A Mallet or a Murdocli be.

Mr. P. Cunninghaui (édil. des • Vies de Johnson •) indique à tort ce cément comme ayant été brusquement elTeelué vers ce moment. Dan: lettre à Kcr, de septembre 172i, Malloch dit : « .My cousin Paton \ hâve me write my name Mallet, for there is not an lilnglishman Ihu pronounce il •. — Il e^l une antre raison qu'il ne mentionne pas : Mî se prêtait à une transformation en Moloch, qui déplaisait à notre Kco

r». To \fr. Thomson doithtiwj to what patron he shou>d addres^ his calUd \Vinlef\ by Aaron Hill. La pi^cc se trouve dans le Recuei poésies do IlilI {Thc Engliah Poels in 100 vol , 1822, vol. LX, p. 40).

G. To Mi', Thomson on hia blootninr/ Winlor^ by Mira. — • .... I b you could Nvilli a liltle trouble, make Clio's vérités very pretty — lov (Thomson à Mallet, 13 juiu 1726.) — • Her name (Glio) bas of late be l'ibusod and 8candalise<l, that 1 am informed she bas lately changod t'.ial of Myra... • — {The Brilish Journal, Salurday, 2i septembcr 172.î

vellement adopté, sur le conseil de Mallet, par Martha Fowkes dont le premier nom de plume, Clio, était devenu trop célèbre. Cest Mallet aussi qui avait demandé à Tobligeant bas-bleu cette contribution à la gloire de Thomson. Il avait revu et amélioré les vers.

Celte deuxième édition conserve du reste la dédicace de Mallet ', et les lecteurs devaient être surpris du contraste que présentait Tadresse en prose au speaker et les épîtres de Hill et (le Mallet où il était question de lui. Thomson n'avait pas ajouté de vers à sa première production *; mais il Tavait fait précéder d'une préface en prose qui est en heureuse opposition avec le ton et le style de la dédicace. C'est une sorte de manifeste poétique où l'auteur fait sa profession de foi avec fierté, avec indépendance, avec une véritable élévation de pensée. Il revendique les droits de la poésie : on n'y veut voir souvent qu'un amusement frivole, il y montre les plus nobles plaisirs qui aient charmé les hommes a depuis Moïse jusqu'à Milton ». Il s'élève du reste contre l'emploi vil, mercenaire ou puéril qui est trop généralement fait alors de la langue des vers. La poésie ue restera pas dans son état présent. Le retour aux sujets grands et graves la sauvera. Rien n'y contribuera plus que 'élude de la nature trop longtemps négligée. Et, après quelques compliments aux trois confrères qui lui ont donné un témoignage poétique de leur sympathie et de leur estime, il termine cette page de noble et haute critique, en annonçant son projet de traiter les autres a Saisons y> '.

^- Elle se trouve dans les 5 premières cdilions.

-Elle conlenail 187 vers. Ce nombre restera celui des cinq premières '-^itious. Plus lard le chlfTre s'élèvera graduellement jusqu'à 1 069.

^* « Altbough Ibere may seem to be some appearauce of reason for Ihe

Posent contempt of it,... yet that any man shonid seriously déclare

^^^inst that divine art is really amazing. Il is... nfTronting the universal

'*^te of maokind, and declaring against what bas clmrmcd Ibc listcning

^^'Ofld from Moses down to Millon.... That Ihere are fréquent and noto-

•^ous abuses of poetry is true,... let bor exchange her low, vénal, trining

^Dfcjects for sucb as are fair, useful and magnilicent.... Notbiug can bave a

Mter inQuence towards the revival of poelry than the choosing of great

3Qd serions sabjects.... Pocts and roaders of poelry should rclurn to the

iludy of Nature loo long oeslected.... See the bcst poels, both ancient and

/DoJern. Whence did tbey dérive thcir inspiration? They bave been pas-

Jionnlely fond of retirement and solitude : the wild romanlic country was

tlicir dclight.... »

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