‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 189 sur 272 · No more tlie year shall \vinlr\ liorrors bring · texte numérisé non relu

No more tlie year shall \vinlr\ liorrors bring

Immorlal green shall clothe thc liills and vales Aud odoroiis swccls shall load Ihe balmy gales.

poète blessé des laideurs et du bruit de la ville. Elle évoque en traits précis et nets ces scènes de la vie des ctiamps où se plaît 1(3 jeune homme. Les vingt premiers vers sont employés à mettre en contraste le tumulte des villes enfumées et les sons doux et charmants de la campagne.

Ces descriptions, il faut revenir sur ce point, ont souvent un caractère exact, local, de chose vue et non pas seulement d'impression générale vaguement cons(îrvée. On le vérifiera par exemple dans la courte pièce n Le matin à la campagne ». Chaque vers y apporte Técho d'une observation directe. Les notations de sensations variées : vue, odeur et son s'y succèdent. Le berger qui y ligure n'est pas le mythologique et incolore personnage de tant de pastorales. C'est le plaid écossais qu'il jette sur ses épaules avant de faire le tour de son parc à moutons; et, s'il doit plus tard « chanter », lui aussi, « les louanges de quelque charmante bergère », il commence par « remettre en place sur le talus de crlôture les mottes tombées « pendant la nuit ».

Voilà la vraie et franche inspiration d où sortiront tant de fraîches descriptions des a Saisons ». Le jeune poète se laisse très rarement entraîner jusqu'aux hyperboles extravagantes ou aux concetti qui forment la monnaie courante de la langue (les bucoliques. Dans la (( Pastorale entre Thirsis et Corydon, sur la mort de Damon », nous lisons bien :

(> ruisseaux qui ^rlissez, plcurciz au poiut de laisser à sec votre lil; ]^t»s Ilots de mes larmes rempliront abondamment '.

Mais de pareilles fautes de goût sont très rares dans ces productions d'un enfant ou d'un très jeune homme. Si toutes ces pièces restent assez médiocres, en dépit de quelques traits (le description heureux, c'est par la teinte grise et monotone de l'ensemble, et non par la recherche d'ornements criards. L'inspiration ne vient pas au poète des pastorales artificielles (Je l'école; mais de la nature avec laquelle il vit en communion intime, et du poète Ramsay pour qui son admiration s'exprime dans la pièce intituh^e « Sur la Beauté - ».

1, * Ye glidiag brooks, o woep your channels dry,

My flowiug loari lliem fully sliall supply. «

i>. « Most sweetly eung in Alian Rami^ay's song. »

Après la Nature, la Religion est le « motif » le plus fréquent de ces pièces juvéniles. Plusieurs sont entièrement des morceaux religieux : « Hymne à la puissance divine », t Paraphrase du psaume CIV m, a Pastorale sur la naissance de notre Sauveur », « Fragment d'un poème sur les œuvres et les merveilles de la Puissance Divine * ». Elles nous donnent toutes l'impression d'un sentiment religieux ardent et sincère. Le premier de ces morceaux, « Fflymne à la puissance divines offre pour nous cet intérêt particulier d'être comme un t premier état » de cet Hymne dont Thomson fit plus tard le magnifique couronnement de son poème. La mesure n'est pas la mémo, le rythme de ces strophes à quatre vers, tétramétre et trimètre iambiques à rimes alternées, produit un effet différent de celui de la noble, grave et éloquente prière des € Saisons ». Mais ridée générale est identique; c'est une imitation du psaume de David ; c'est toute la nature appelée à célébrer la gloire de Dieu. Et le mouvement général du morceau, cette série d'apostrophes accumulées donne bien le même effet général que le morceau plus étendu et seul devenu célèbre dont nous avons ici plus que le germe *.

Notons en passant que dans une de ces pièces, et sans doute une des plus anciennes, si nous en jugeons par la facture, le « Fragnjent d'un poème sur les œuvres de la Puissance divine », Thomson exprime ce désir, qui l'a plus tard et longtemps hanté, d'étudier la nature en philosophe et en savant, comme il la goûte et la peint en poète.

Même dans des pièces qui n'ont pas une inspiration purement religieuse, un vif sentiment de piété se trouve parfois exprimé. Telle est la « Lamentation sur les misères de la vie •• Le jeune poète y professe cette misanthropie et ce pessimisine que, comme une crise de l'esprit, doit subir l'adolescence. Le

1. Donné par Thomson à llill, cl inséré par celui-ci dans le n* 46 de sod Piaiii Dealer.

2. Tous les molifs de la première pièce se retrouvent sous une forme plus riche on pins ample dans 1' « Hymne * des « Saisons •. Il en est un cepeDdant que le poète n'a pas conservé et qui mérite d'être noté. C'est le trait par lequel il fait ingénieusement intervenir dans ce concert des créatures un élément tout passif :

« Ye seas, in your ctorunl roar,

His sacre<i praise proclaim; While the inactive slng^^ish shore

Reeclioes to the samc. »

morceau se termine par une strophe pleine de fof, par un engagement pris de suivre la loi divine, et de traverser les misères et les corruptions de la vie en tendant toujours vers les hauteurs et vers la lumière.

Ces premières pièces font aussi une part à un élément d'intérêt que le poème des a Saisons d devait exclure presque entièrement, c'est l'humour. — Le « panier », condamné par les puritains moroses, trouve en James Thomson un défenseur complaisant. Il consacre une courte pièce à cette parure qui, « combinée avec le tartan, rend une jeune fille radieuse comme une déesse ». — Dans le morceau On Beauty, il fait de la divinité à laquelle sont consacrés ces vers une description détaillée, et il Torne elle aussi « d'un ample panier » et d'un « brillant tartan ».

Plus heureuse dans cette veine de gaieté malicieuse est la pièce dédiée à sa plus jeune sœur : a Lise se séparant de son chat ». La rime est ici abandonnée et le morceau se poursuit sur un ton moitié grave et moitié plaisant, avec les prosopopées, les interrogations et les interjections voulues; elle constitue un court échantillon d'un excellent style de parodie souriante.

« Sur le Bonheur î> est une dissertation morale de cent soixante vers, pieuse, froide et plate. Des réllexions sur la vanité des plaisirs y sont développées en un langage terriblement prosaïque. L'œuvre se termine par l'assurance exprimée en vers bien pesants que le seul bonheur réel est celui que Dieu réserve à ses élus. Deux passages seulement viennent rompre la monotonie, et, pour tout dire, lennui de ce sermon. Une image imprévue et qui tranche fort avec le ton du reste compare l'homme, dans sa recherche d'un bonheur toujours fuyant, à un épagneul qui poursuit sur l'eau un canard sauvage. Chaque fois qu'il croit l'avoir atteint, l'oiseau plonge et disparait et laisse le chien à demi suffoqué par l'eau happée au lieu de la proie *. — Quelques autres vers du même morceau, où se reconnaissent des souvenirs de Spenser et de Milton, nous montrent l'unique trace peut-être que contienne la poésie de Thomson, avant 1748, d'un goût pour le merveilleux féerique. Il en devait naturellement sentir l'attrait en sa qualité d'Écos-

i. Vers 54-61.

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sais; il avait développé ce goût au commerce de Spenser;mais il y avait soustrait toute sa production littéraire jusqu'au nionient où il lui donna un si magnifique développement dans le « Château d'Indolence ».

Ainsi quand la Lune lance son rayon d'argent

El verse sur la terre silencieuse un jour pâle,

Des cavernes slygiennes les fées s'enfuient rapides

Et sur la rive de quelque courant limpide

Qui sous le clair de lune réfléchit une lueur,

En rondes nocturnes elles se rangent pour leurs danses *.

Des renseignements précieux nous sont fournis par ces mêmes pièces, si nous en comparons la langue et la versification à celles de l'œuvre de la maturité du poète. Rien ne peut aussi bien nous convaincre de la part qui revient à Tindustrie. à Teffort prolongé, au métier appris, dans la poésie de Thomson. Deux de ces pièces : « Hymne à la Puissance divine •• « Lamentation sur les misères de la vie », nous montrent le jeune écrivain à la recherche des rythmes variés. Et de fait, à en juger par ces exemples, il maniait avec une assez élégante sûreté les tétramètres ou trimètres en strophes régulières composées de vers brefs et rapides enfermant de courtes phrase? souvent antithétiques -. Mais le vers habituellement employé est le pentamètre ïambique, celui dont le poète fera plus tanl son instrument constant, en lui donnant une forme personnelle

i. « Just se when Luna darts lier silver ray,

And peurs on silent earth a paler day : Froin Slygian caves liic flitling fairies scud, And on thc margent of some limpid flood, Wliich by reflecled moonliglit darts a glance, In midnight circles range themscives and dance. »

[(Jpon HappinesSj 88-93.)

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