‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 238 sur 272 · Blessedislc! with matchless beauty crowned · texte numérisé non relu

Blessedislc! with matchless beauty crowned

And manly hearts to quard the fair. »

2. Le doute s'étend également à la musique de ce chant. L'auteur en est- il le grand Hândel ou le modeste Dr. Arne? On pourra lire sur cette question un échange de notes, qui n'entraîne pas de conclusion déGnitive, entre MM. Chappell, J. Marshall, W. H. Huck, etc., dans Noies and Queries {2"* séries, vol. IV. p. i.'î2 et 415; — 7"* séries, vol. H, p. 4, 132, 410, 490).

Handol reproduit la musique de POde dans son Occetsional Oratorio. Aurail-il fait un emprunt à Arne?

Le Dr. Arne est le heau-frère de ce Thcophilus Cibber, sous le nom duquel parut la première biographie de Thomson. Sa sœur, Suzanna Maria, la seconde Mrs. T. Cibbers, était elle-même actrice et lettrée. Elle a traduit en 17o2 une comédie de Poullain de Saint-Foix, iOracle,

3. • According to the présent arrangement of the fable, I ^as obliged to reject a great deal of what [ had wrilten in the other; nor could 1 retain of my friend's part more than three or four speeches aod a part of one song. «

a ALFRED. » S83

Thomson, Mr. Chappell, Tinterlocuteur de Mr. Marshall dans la discussion insérée par Notes and Queries, et Mr. Logie Robertson, le plus récent des critiques et des biographes de Thomson, tiennent pour les titres de ce dernier. La plupart des commentateurs et des critiques s'abstiennent de prendre parti. Les arguments de fait qui ont été mis en avant sont en effet peu concluants.

Mallet, disent les uns, déclare qu'il a conservé seulement dans sa vereion remaniée du Masque, « trois ou quatre discours et une portion d'un chant » dus à son ami. Or, Rule Britannia est une ode et non pas un chant, et Rule Britannia ligure dans F a Alfred » de Mallet. Donc celui-ci en est Tauteur. D ailleurs jamais personne, parmi les contemporains des deux poètes, n a protesté contre la prétention de Mallet. — A quoi Ton répond qu'il n'est pas sûr que celui-ci ait jamais émis cette prétention ; que la distinction entre une a ode chantée m et un a chant » est bien subtile et ne saurait être invoquée; que Rule Britannia est précisément conservé en partie dans l'œuvre nouvelle, comme le « chant » dont parle l'auteur de la préface*. D'autre part on a relevé la publication, dans un recueil de pièces diverses imprimé à Edimbourg du vivant de Mallet, sous le titre de The Charmer, de l'ode Rule Britannia avec les initiales J. T. pour désigner l'auteur. Le livre eut au moins deux éditions. Mallet qui avait conservé des relations à Edimbourg n'a jamais protesté contre cette attribution.

Tels sont les seuls renseignements de fait qui aient été avancés. On voit que, s'ils établissent une présomption plutôt favorable à Thomson, ils ne sont pas dénature à entraîner une conviction absolue. Mais, en dehors des preuves directes qui font défaut, il est d'autres considérations qui peuvent nous permettre d'asseoir un jugement solidement fondé. Plusieurs des biographes et des critiques de notre poète ont émis cette

i. Les trois strophes supprimées dans V Alfred de Mallet étaient remplacées par trois strophes nouvelles écrites par Bolingbroke. Mr. Chappel fait remarquer que Mallet devait plus voloutiers abandonner aux remaniements du poète grand seigneur une production de Thomson qu^unc des siennes propres.

Dans le même ordre de preuves négatives ou pourrait encore mentionner ce fait qui n'a pas été signalé : Johnson, qui avait connu Thomson et Mallet, donne dans son choix des œuvres de Mallet une odo tirée du masque de Drilannia (c'est VAffred remani»^), et, malgré la vogue du Hitle Britannia, ce n*est pas là Todc qu'il cite.

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opinion que les considérations extérieures militent en feveur du grand poète contre Tadroit faiseur de vers. C'est aussi notre conviction très arrêtée, mais au lieu d'une impression subjective nous voudrions exposer les observations exactes qui nous ont imposé cette opinion.

Et d'abord une comparaison des œuvres des deux écrivains ne crée-t-elle pas déjà un titre sérieux à Thomson? Dans tout ce qu'il a écrit se trouve la preuve d'un patriotisme sincère et ardent jusqu'à l'emphase, d'un dévouement enthousiaste à la liberté, d'une foi intolérante dans le droit de l'Angleterre à l'empire de la mer. Il a consacré à ces idées des poèmes entiei's : Britannia, Liberty; et, dans ses autres œuvres, c Les Saisons )), a Poème à R. Walpole », « à Talbot », « Tragédies )), il ne se lasse pas de les reproduire.

En regard de ces œuvres dont le sentiment national et l'amour de la Liberté forment, à l'égal de l'amour de Ja Nature, linspiration dominante, que nous offrent les écrits accumulés par Mallet au cours d'une vie beaucoup plus longue? Des satires, des poèmes descriptifs, des ballades sentimentales ou des contes grivois, pièces de tons variés et de valeur fort diverse, dans aucune desquelles nous ne rencontrons la trace des sentiments qui emplissent l'âme de Thomson. Une fois cependant il se i)ropose de louer une Société qui s'occupe d'arracher au dénument et à la dépravation des hommes et des enfants dont on fera des marins. Et ce sujet qui aurait inspiré à Thomson un enthousiasme peut-être sans grâce mais à coup sûr fervent et éloquent, Mallet le développe sous une forme narquoise et paradoxale. Son ami se serait indigné de voir traiter, sur ce ton de persidage, des questions qui touchaient à la puissance navale et à la grandeur de l'Angleterre. Lui qui ne parle jamais du chêne qu'avec une sorte de respect, parce qu'il y associe l'idée des navires qui porteront sur tous les points du monde le drapeau, l'influence et la gloire de son pays, il aurait peu goûté la plaisanterie de Mallet attribuant à cet arbre comme destination suprême la potence de Tyburn '. Que le dilettante sce|)tique, l'homme de lettres sans pudeur

1. Tf/burn : to the marine Society. (iKuvres de MaUct. — Il faudrait encore noter ce prologue de Hritannia où un marin ivre vient amuser le public de ses saillies grotesques. N'est-ce pas le digne début d'une pièce qui doit se terminer au chant du Hule liritannial

qui devait plus tard employer sa plume aux plus basses besognes politiques et, pour un salaire, réclamer et obtenir Texécution d'un soldat malheureux, que Mallet ait pu donner à son pays son chant national, ce serait en vérité une affligeante ironie de la fortune. L'hypothèse est de celles contre lesquelles Û faudrait protester si ^mème oh ne pouvait appuyer d'observations concluantes la réclamation élevée au nom de Thomson.

A prendre successivement les idées énoncées dans les six strophes de Tode, il serait facile de montrer que chacune d'elles a été maintes fois exprimée par Thomson dans ses autres œuvres; mais nous nous attacherons seulement à relever les similitudes d'expression où se révèle la main du môme ouvrier.

Les premiers vers énoncent une image, [celle de l'Ile de Bretagne sortant des flots, et une idée, l'empire des mers providentiellement destiné à l'Angleterre. L'image et l'idée se trouvent déjà exprimées en des vers moins concis, mais où l'analogie des. termes est frappante, dans un passage de Liberty et un autre de Britannia (1727) :

When Britain first, at llcaveu's commaiid,

Arosc froin the azuro * main, This was the charter of the laud.

And guardian angels sung Ihis slrain :

Riile, Britannia, rule the waves, etc. {Ode, f*-' strophe).

Since (hst the nishing flood,

l'rged by Ahiiighly power, this favoured' islc Tiirncd flashing froin the continent aside *.

Ihis

The native power for which yoii were designcd By iate, when fuie designed the firinest state That e'er was seated on the subject sea'.

For this thèse rocks around your coast were thrown *.

La deuxième strophe proclame fièrement le bonheur de l'Angleterre, seule libre au miUeu des nations asservies.

The nations not so blest as tliee,

Must in their turns to tyrants fall ; While thou shalt flourish great and frec.

1. L^épilhëlc « azurc » est fréquente dans les ■ Saisons • (voir Summet\ 82, 1223. — Auiumn, 885, 1215; Winter, 783, etc.) et se retrouve aussi plusieurs fois dans ■ La Liberté • (Voir Brilain, 103, 465), etc.

2. Liberty, Britain, 460-462. — 3. Britannia, 191-194. — 4. Id., 199.

La même idée se représente plus â*une fois. En voici la forme dans a La Liberté » :

0 happy land î

Whcre reigns alone this justice of the freeî *

La troisième strophe rappelle les victoires de T Angleterre et associe à ce souvenir Tirnage du chêne natal :

As thc loud blast that tears the skies Serves but to root thy native oak.

C'est une association analogue que nous présentent ces deux vers de Britannia :

For Uns, your oaks, peculiar hardened, shoot Stronfî into stiirdy growth '.

La cinquième rappelle les sources de la grandeur de TAngleterre, agriculture, commerce, suprématie maritime. Le dernier vers,

And eveiy shore it circles, thine,

doit être rapproché d'un vers de a TÉté » dont il reproduit une expression caractéristique et où Ton peut sans témérité trouver le germe du refrain célèbre de Tode :

llence rules thc circling deep, and awes the world '. Enfin le deuxième vers du refrain :

Hritons neverwill be slaves,

n'ofTre-t-il pas une analogie remarquable avec ce vers du « Château » :

Those wrctched men who will be slaves *?

Certainement ni la deuxième partie du poème, ni ce vers n'étaient écrits en 1740. Il n'est que plus intéressant d'y voir, comme par une contre-épreuve (les autres passages cités étant

1. Liberiy, Urilain, 515, 516. — 2. Brilannia^ 201, 202. — 3. Summer, 431. — 4. Chant II, 303.

tous antérieurs à TOde), l'attestation que c'est bien la main de Thomson que nous trouvons dans Rule Britannia.

L'hommage rendu dans la dernière strophe à la beauté des femmes anglaises, est un des lieux communs de la poésie de notre auteur. Aux deux vers de TOde :

Blest isle î with matchless beauly crowned, And manly hcarts to guard the fair,

on comparera, par exemple, ces deux vers de « La Liberté » :

Such the fair guardian of an isle that boasts Profuse as vernal blooms, the fairest dames *.

Avons-nous tort de croire que ces rapprochements prouvent la paternité de Thomson, qu'ils donnent aux impressions un peu vagues des juges qui avaient cru à cette parenté une démonstration solide, et qu'ils laissent défmitivement au poète des <( Saisons » un honneur que méritait l'ardeur de son patrio tisme?

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