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beautés héroïques ou naïves des vieilles ballades *, et s'était fait le héraut de la gloire de Milton. Enfin, après les innombrables profanations commises par les dramaturges de la Restauration sur les œuvres de Shakespeare, Rowe publiait, en 1790, la première édition critique, et Pope lui-même donnait en 1725 une somptueuse édition. Il y professe une admiration profonde pour son auteur. Sans doute ses éloges ne sont pas toujours judicieux, et il y mêle des critiques où se manifeste une éviiente étroitesse de goût. Mais de ces hommages incomplets, ^omme de tout cet ensemble de faits, ressort pour nous une constatation importante. Contrairement aux préceptes et à la Pratique de la génération précédente, les contemporains de Pope et Pope lui-même reviennent au commerce et au respect le Shakespeare et des grands artistes de la Renaissance. Dès ors, et pour une période prolongée, on verra s'établir parallèeuienten Angleterre deux courants du goût et de la critique. ^ productions littéraires continueront à s'inspirer des préeptes consacrés par la mode, par le goût convenu du jour et par exemple de Pope. Mais, au-dessous de cette apparence, tous, t Pope lui-même (nous venons de le rappeler), ont une intime Irniration pour les chefs-d'œuvre d'une école toute opposée à îlle qui prévaut. Ces deux courants ne pourront continuer ngtemps à couler l'un au-dessus de l'autre sans quô peu à m leurs eaux se confondent. Ces œuvres, que l'on croit ortes et auxquelles on ne marchande pas les louanges parce Ton les juge sans effet possible sur la fortune des productions centes, doivent finir par modifier profondément celles-ci. A ut le moins, et dès à présent, les contemporains de Pope nt préparés à l'avènement d'une poésie entièrement différente
la sienne. On pourrait a priori prédire que, si les hommea ! font pas défaut aux circonstances, cette nouvelle évolution
produira. L'école classique d'alors si confiante, si conincue de sa supériorité, si riche, il faut bien le dire, en lents, ne saurait suffire aux besoins d'une société qui goûte
même temps qu'elle Spenser, Shakespeare et Milton.
. Le Spectator contient en particulier une critique pleine d'admiran de Chevy Chace dans ses numéros 70 (21 mai 1711), 74 (25 mai), de la ballade des « Enfants perdus au Bois » dans son numéro 85 uin 1711).
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Quelqu*un des poètes anglais en possession de la faveur publique pouvait-il être l'initiateur de ce retour à Timagination et à la nature? Ni Swift dont le génie puissant se manifeste ailleurs que dans la poésie ; ni Steele qui depuis 1723 avait quitté Londres, et dont la muse d'ailleurs, pas plus que celle de Gay qui prépare ses a Fables i, n'a rien des fières audaces des novateurs ; ni les talents de second plan, namby-pambij Philipps *, ou son frère John, ni Tickell ou Somerville, ne pouvaient devenir ce vase d'élection où serait recueilli Tichor précieux, l'inspiration des maîtres d'autrefois et de la poésie généreuse. Le plus vigoureux de tous ces talents, celui de Young ne vit pas, il est vrai, de pure imitation. Le futur auteur des a Nuits » a l'honneur de donner dans ses satires l'exemple d'une forme littéraire bien personnelle. Cependant c'est là si peu une tentative contraire au courant régnant que Pope lui-même adoptera bientôt cette forme. II y voit avec raison le terme naturel de cette transformation qui avait chaque jour davantage fait de la langue chantée d'autrefois un idiome surtout propre à la critique et à la dialectique.
Ainsi la poésie de l'Angleterre semble incapable de se rafraîchir et de se raviver aux sources où s'étaient alimentés les vieux maîtres. Mais au nord de la Tweed s'étend un pays très distinct, longtemps indifférent ou hostile, associé depuis peu de temps par l'union politique, au fond original, peu assimilable, et méfiant à l'égard des influences venant d'Angleterre. La littérature polie, j'allais dire lettrée, de l'Ecosse n'a jamais été bien intense. Quelques poètes — souvent des gentilshommes et une fois un roi — ont, à l'exemple des poètes français, puis de Chaucer, puis des écrivains de l'âge d'Ëlizabeth, donné à leur rude patrie quelque chose du lustre que pouvaient lui ajouter d'élégantes productions poétiques. La révolution religieuse vient à la fois diminuer en haut l'importance de ce mou-
1. Le • Cidre » de John Philipps vise bien h, imiler le slyle et la manière de Millon; mais l'effet produit n'a rien de miitonien.
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vement littéraire, et tarir en bas la soiirctî autreineiil abondante d'où avaient jailli en grand nombre les ballades, les chants d'amour on de guerre du menu peuple. II est curieux de comparer à cet égard les elTets opposés produits dans les deux pays par un même événement moral et social. La Réforme, établie en Angleterre par la couronne et dirigée dans son évolution par Taristocratie, conserve tout ce côté artistique par lequel le catholicisme s'adresse aux imaginations pour arriver au cœur et à la foi. Le protestantisme anglais ne sera pas un obstacle aux aspirations de la Renaissance vers les pures voluptés du Beau. Elle échauffera même d'une flamme intérieure plus intense quelques-uns des plus nobles parmi ces poètes : Spenser et Milton sont de pieux et sincères puritains, î- Au contraire en Ecosse, le mouvement vient d'en bas, des masses populaires; et la religion nouvelle en reçoit un caractère sombre, farouche, démocratiquement jaloux de toute supériorité, de tout luxe et de toute élégance. Cette opposition d'effets est accrue encore par une autre différence. La révolution religieuse imposée d'un côté par la main de fer des Tudor s'accomplit sans convulsions sociales. En Ecosse, d'autre part, elle ne s'achève qu'au prix de luttes sanglantes. Aussi tout ce qui appartient au vieux dogme catholique, tout ce qu'a voulu conserver le protestantisme modéré des épis- ^paliens est-il un objet de haine et d'horreur pour le presbytérianisme victorieux. L'art et la poésie deviennent aux yeux des sectaires autant d'embûches du démon. La littérature ^ubit une complète et longue éclipse, a L'encre théologique, et ^ le sang jacobite, mélangés l'un et l'autre d'une forte dose de ^ fiel, semblaient avoir anéanti toute l'intelligence du pays *. » Cet état de choses prend fin, dans le premier quart du Xvm* siècle, avec l'apaisement des passions religieuses, avec l'échange plus fréquent de produits et d'idées entre les deux parties de la grande lie. A la suite de l'Acte d'Union, les relations avec l'Angleterre et avec Londres deviennent beaucoup
1. • Théo came the scliisms in our National Church, and the fiercer schisms in our Body Poiitic : Théologie ink, and Jacobite blood, with gall enough in both cases, seemed lo hâve blotted out Ihe intellect of Ihe country. * (Carlylb, Essay on Bums. Critical Essays, vol. II, p. 26.) On peut lire aussi sur le même sujet quelques lignes intéressanlcs da Mr. Shairp {On the poetic interprétation of Sature^ p. 186).
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plus fréquentes. Les rapports commerciaux entre les deux pays se développent. Les Écossais des classes aisées prennent l'habitude de visiter Londres, malgré les diflîcultés et les longueurs du voyage qui se Taisait alors à cheval. Il était impossible que les idées ne circulassent pas en môme temps que les marchandises et les voyageurs. Le premier effet est de déterminer dans les villes d'Ecosse un désir d'affranchissement, une révolte contre laustère et tyrannique autorité de l'Église. Les tavernes et les clubs d'Edimbourg forment de nombreux foyers de libre discussion et de pensée indépendante. L'activité littéraire devient une des formes de la protestation contre l'étouffante compression du presbytérianisme. L'université d'Edimbourg, jusqu'alors pur séminaire pour la préparation des ministres, voit s'éveiller chez un grand nombre de ses jeunes étudiants une curiosité artistique, une recherche et un amour du beau qui font tort aux études théologiques *. Et bientôt, en Ecosse mémo, des auteurs se révèlent qui donnent satisfaction à ces besoins nouveaux de l'âme écossaise.
On voit dans quelles conditions différentes se trouvent les écrivains des deux pays. Tandis que l'école anglaise, lassée et comme épuisée, après le foisonnement de poètes et la débauclie d'imagination de la Renaissance, en est venue avec Pope à une doctrine de scepticisme et de négation railleuse à l'égard des hautes et ficres inspirations de la poésie, l'esprit littéraire au contraire est, en Ecosse, presque entièrement neuf. Après une longue léthargie, il revient à la vie, avec les inexpériences et les curiosités, avec la simple et fraîche sincérité de la jeunesse. Les maîtres que connaîtra cette école, ce seront, avec les grands poètes de Tantiquité, Shakespeare, Spenser et Milton plutôt qu'Addison ou Pope *. Et comment oublierionsnous, d'autre part, que, si la littérature anglaise d'alors est essentiellement urbaine, les écrivains écossais sont en contact intime avec la nature, vivent au milieu de paysages grandioses ou souriants, d'une infinie variété et d'un charme puissant?
Il y a donc là, dans une terre longtemps laissée en friche,