‹ James Thomson, sa vie et ses óeuvresChapitre 93 sur 272 · DE THOMSON · texte numérisé non relu

DE THOMSON

C'était la première fois qu'un poète prenait la Nature pour sujet d'une œuvre de longue haleine. On peut être tenté d'ob- J^ter le De Naiiira Rerum. Mais ce poème n*est pas une Peinture du monde. Lucrèce est trop préoccupa d'enseigne- '^ent philosophique pour s'attarder beaucoup à la pure des- ^''iption. Le souvenir de quelques traits merveilleusement Pï*écis et vigoureux qui sont dans toutes les mémoires, ne doit P^ guider notre jugement sur Tensemble. Lucrèce ne voit ^uèrele côté pittoresque des choses, a II dissèque et analyse la '^^ture D, dit M. de Laprade, « plutôt qu'il ne la décrit ^ » Au ^n traire, avec le poème de Thomson, c'est la série complète *^s tableaux de l'univers qui doit passer devant nos yeux. ^* bien que pour étudier son œuvre, nous pouvons dresser ^ priori le catalogue des aspects et des phénomènes variés que Pï'ésente la vie du monde, et chercher quelle interprétation et ^^elle i>einture il nous a données de chacun. Nous commencerons par les plus grands, par ces trois objets dont l'immensité n'exclut pas une sorte d'unité individuelle : le ciel, la mer, ies montagnes.

l. Le Sentiment de la Sature avant le Christianisme, p. 180 et auiv. On trouvera aussi Texposc de considèralious analogues dans Touvrage de .Shairp, On the Poetic Interprétation of Sature, chap. x, p. 147 et suiv.

Le Ciel.

Le premier est celui qui exerce sur Thomson le plus puissant attrait. Il ne Toublie dans aucun de ses paysages. Il le suit sous ses aspects toujours changeants et infiniment variés. U observe et il note dans cette mobilité même un des caractères et une des beautés de ce fond splendide sur lequel se dôtach^ toute scène. On a signalé déjà la valeur de ses ciels; nous avons à indiquer ici quelle richesse de coloris, quelle subtile perception d^effets merveilleusement divers justifient Téloge. K*^ réunissant les passages épars dans les différents chants, nou ^ trouvons ime suite de tableaux où sont notés et décrits totales états successifs du ciel aux diverses heures du jour et dar»^ les conditions changeantes de Tatmosphère.

Quel poète n'a pas chanté l'aurore? Mais après tant de ma ^■

très qui (m ont laissé d'éclatantes ou de gracieuses peinture ===

Thomson mérite d'être placé hors de pair pour la précision, ï-

justesse et surtout la riche diversité de ses descriptions. TantcS

toute la vision est suggérée par un seul mot : « Aussitôt qij^-

« le matin tremble au ciel, et peu à peu déploie l'immen^

« clarté du jour * ...)>; ou encore dans le même chant : * L--

« longue nuit s'achève et le matin brille serein dans tout l'éclat

a de sa beauté humide * ». Tantôt, au contraire, une descrip

tion minutieuse nous fait assister au développement graduel d^

cette scène grandiose : « L'Aurore aux doux yeux apparaît. Tau -

« rore, mère des rosées, qui d'abord brille faiblement à Torien

« diapré, jusqu'à ce que la lueur grandissante s'étende au loif

« sur le ciel, et que, devant l'éclat de sa face, les blancs nuages

a se dispersent et fuient. D'un pas précipité la brune nuit se=

« retire. Le jeune jour envahit l'espace, et découvre tout^

« l'immense perspective des plaines », etc. ^ — Combien dilfé^

rente l'aube qui met lin à une nuit d'hiver a quand l'aurore^

« se levant tard sur le monde engourdi, soulève son <eil pâl€^

« et sans joie * ».

i. AulwHiij V. 151. — 2. Mîrf., V. llGi). — 3. Sutnmer, v. 47-53. — 4. \Vinter, v. 745, 756.

' LES OBJKTS DKCIUTS. :2y9

Après le tableau de si riclie coloris où U' poète nous a montré l'aurore d'un jour d été, sa palette a des tons plus éclatants encore pour décrire l'apparition du soleil lui-même et cette pompe vraiment royale, selon le mot des Grecs*, au milieu de laquelle il s'élève.

« Mais là-bas à Torient s'approche joyeux le puissant roi du « jour. Le nuage diminué, l'azur flamboyant, le front de la « montagne qui s'illumine d'or lluide, annoncent gaîment sa « venue. Et voilà que soudain, entièrement révélé, rasant la

* terre brillante de rosée et l'air qui se colore, il apparaît dans

* sa majesté infinie; il verse le jour brillant, les rayons d'or

* qui se jouent sur les rochers, sur les collines, les tours et les

* cours d'eau sinueux, et lui-même étincelant s'élève à l'ho-

* rizon lointain ^ » Voyez, d'autre part, quelles teintes sobres ^t fines dans ce tableau d'un matin de printemps : « Alors l'air

* redevenu libre échappe à l'oppression du froid, mais, plein

* de vie, plein d'une âme vivifiante, il élève au plus haut du

* ciel les nuages légers, il les étend minces, floconneux et ^ blancs sur toute la voûte céleste ^ »

Suivons la marche du soleil. Voici le grand jour : « Mainte-

* nant flamboyant au ciel, le soleil puissant fond dans l'air

* iimpide les nuages hauts élevés et les brumes du matin qui ^ planaient autour des collines en bandes mi-parties, jusqu'à

* Ce qu'enfin, tout entière dévoilée, la face de la Nature ^ brille depuis l'immense cercle où la terre semble s'unir à

* la sphère inclinée du ciel * ». Et voici la même heure quand ^^Utomne a tout empreint de sa beauté plus grave : a Le jour,

^ répandu à flots sur le ciel et sur la terre, s'échauffe et ^ grandit; splendeur infinie! il revêt au loin tous les êtres. ^ Ciombien calme est la brise! à peine un souffle entraîne-t-il

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