ViHGiLE, • Ëglogue V », v
SEiNTIMBNT DE LA NATURE VERS 1725. 2^)S
mondaine de Pope, l'air vif et la pleine lumière, la libre vue des choses extérieures, et jusqu'aux sons rustiques et aux senteurs des champs.
Il est difficile de supposer que le jeune Écossais n'eût pas conscience de Taudace de sa tentative. Soit estime sincère pour l'école régnante, soit concession politique aux puissances du jour, il s'efforce de faire une part dans son œuvre révolutionnaire à ces goûts du public auxquels il semble que son ^uvre ait pour objet de rompre en visière. En réalité ses inno- 'ations ne sont pas d'un destructeur. Il rend une importance prépondérante à un élément de poésie que son siècle avait élaissé; mais il reste assez homme de son temps pour garder •ur place, au milieu de ses peintures, à ces développements - philosophie sententieuse et sentimentale que ses contempo- »-ins prisaient fort. Il croit utile, lui aussi, de mêler à ses des- 'iptions quelques épisodes moraux ou pathétiques, et sans énoncer jamais à certain fonds d'irréductible originalité, il efTorce, avec une déférence modeste, d'y allier plus d'une )ncession aux doctrines littéraires en cours. Il est curieux à ît égard de le voir, dans chacune des a Saisons » qui paraisnt successivement, ou, plus tard, dans les éditions nouvelles, crifier de plus en plus au goût régnant, allonger ses tirades j philosophie ou d'histoire, ajouter de nouveaux épisodes. Le rnier de ses éditeurs, Mr. Logie Robertson, a très justement 5malé ces apports successifs des influences exercées sur lomson à mesure que se prolonge son séjour à Londres, lis il semble avoir singulièrement exagéré l'importance de 3 modilications. Il nous paraît, quant à nous, qu'à étudier le veloppementdu poème, on doive être avant tout frappé d'une ose : c'est la persistance chez l'auteur d'une individualité Juste. Elle forme la charpente solide de Toeuvre à la fin nme au début; elle se laisse couvrir mais non pas cacher is les ornements disparates qu'impose la mode du temps, lous est aujourd'hui difficile de dire laquelle des deux par- 5 si diverses de son poème a le plus contribué au succès. Drdsworth avait évidemment tort de croire que les lecteurs lors eussent été surtout frappés et charmés par les épisodes * .
. Second Préface to Ihe Lyrical liallads. — Nous pouvons noter que le s connu de ces épisodes, le bain de Musidora, ne figure pas dans la mière édition de l* « Eté ».
Les nombreux poètes qui aussitôt après le triomphe des a Saisons » voulurent s'inspirer de l'œuvre nouvelle, en imitèrent plus la richesse descriptive que Tambition philosophique ou les narrations. La vérité sans doute est que le poème plut précisément parce qu'il flattait à la fois le goût de nouveauté et rattachement aux choses établies, qu'il rétablissait dans leurs droits la Nature et les maîtres d'autrefois, sans bannir expressément la poésie discursive ni les écrivains qui y déployaient un si rare talent.
Quoi qu'il en soit, la postérité, moins éclectique, fait un départ très net entre ces deux portions de l'œuvre. Par Tune, Thomson est un initiateur, un chef d'école original et puissant, dans la glorieuse histoire de la poésie anglaise. Par l'autre il prend rang, non pas même le premier rang, parmi les hommes de lettres qui ont versifié, au cours du dixhuitième siècle, quelques lieux communs de politi(}ue humanitaire, de banale philosophie et de sensibilité larmoyante et superficielle. Nous distinguerons nettement ces éléments si divers. Nous étudierons d'abord et principalement ce qui appartient en propre au poète, les traits d'observation et de description par lesquels vaut le poème. Puis nous isolerons, pour les examiner à part, tous ces hors-d'œuvre, passages de déclamation oratoire ou récits romanesques, qu'i^ introduit non pas toujours sans violence, au milieu de ses tableaux de la Nature.