Suinmei', 1f>S4-l
[l'une blancheur pale et sans rayonnement, souvent, e saison, silencieusement au nord des lueurs météojail lissent. D'abord elles couvrent la région inférieure , puis toutes ensemble convergent soudain vers le t du firmament, et aussitôt retombent toutes ensemble ^monter aussi rapidement; elles se mêlent, s'arrêtent, lent et se raniment, emplissant l'air d'un dédale ux *. »
oici la nuit d'hiver : a Quand du ciel livide le soleil 1, souillé de mainte tache qui erre mobile sur son l'éclat terni, des bandes rouges et ardentes com- )t autour de lui à s'embraser. Les nuages chancelants ent incertains et hésitants, comme s'ils ne savaient à quel maître obéir; tandis que la lune s'élève len- , pâle à l'orient plombé, et porte un cercle blême de ses cornes émoussées. Vues à travers l'air trouble , les étoiles sans éclat émettent un rayon frissonnant; ► ent semblent s'élancer à travers l'obscurité, laissant e elles une longue lueur blancliAtre '. » — Et quand, de la saison rigoureuse, le froid s'est emparé du la sphère du ciel tout entière révélée, déployant à la s mondes infinis, brille d'un éclat intense, et, d'un l'autre, elle scintille, voûte formée d'étoiles éblouis-
s heures et les saisons ne sont pas seules capables )rmer ce ciel aux aspect mobiles. Nous ne pouvons
relever tous les passages où Thomson en a noté ipparence pittoresque. A l'approche de l'orage il se 3 nuées. « Le vent du sud se répand, échaufTe l'air îe, et sur le ciel vide son souffle forme les grosses 3utes gonflées d'averses printanièrcs. D'abord on voit
une grise volute qui fait à peine une tache sur le lis rapidement, en amas accumulés, les nuées épaisses înt le ciel chargé ; elles se mêlent profondes, et une té opaque couvre tout l'horizon... . Peu à peu la brise ce à un calme absolu \... n Et quand la pluie ainsi
a pris fin, a dans le ciel du couchant le soleil
/i, 1082-1114. — L>. Winler, 118-129. - 3. Ibid., 738-741. — H3-I55.
(( qui 6'al»aisr>(* re[>îu*;ul radieux au milieu des rougeurs des a nuages divisés que ses rayons égaient de changeantes couc leurs * ». Le pinceau du poète se charge de teintes plus violentes pour nous montrer un ciel d'été où va éclater la tempête. (( S'accumulant lentement au-dessus du bois devenu « livide, une obscurité éti'ange s'amoncelle, et grandit, et « prend possession du ciel entier qu'emplissent les vapeurs a funestes exhalées des couches secrètes où dorment les miné- « raux. Le nitre, le soufre, le gaz ardent du gras bitume, se « répandent dans l'air, et leurs amas aux nuances variées où « se cache la flamme souillent le ciel -.... » — L'horreur de l'orage dont la description suit les vers que nous venons de traduire, rend plus radieux le retour du soleil et l'affranchissement du ciel : a A mesure que de la face du ciel les nuages a dispersés s'éloignent tumultueusement, la voûte immense c s'enfle plus sublime, et sur le monde elle étend unazu* « plus pur. La nature après l'orage brille d'une fraîcheu*^ « nouvelle; à travers l'air plus léger un éclat plus vif, u^ a calme plus limpide tremblent et se répandent. Et cependaa*'^ « comme signe du danger passé, une brillante robe de joi-^ « que rehausse l'abondance des jaunes rayons recouvre \^^ « champs; la nature ranimée sourit '. »
Il faudrait, pour ne rien oublier, reproduire aussi la descrip^ tion de Tarc-en-ciel après la pluie de printemps *, celle d'u ciel polaire '', celle d'un ciel africain embrasé par le simoun, o d'un ciel bouleversé par le typhon *; d'autres passages encor Au total le poème ne renferme pas moins de vingt-six descrip lions des aspects du ciel. Nous venons de voir de quelle valeu ils sont. Aucun poète, sans excepter Wordsworth qui pendan soixante ans a promené sur la nature l'objectif de son observa^** tion patiente, sincère et enthousiaste, aucun poète a-t-il réussie à transcrire aussi vivement, avec une plus grande magie des^ mots, ces mille aspects ondoyants du ciel, des nuages et désastres ? Nous ne sommes pas surpris qu'un autre poète, un de ceux aussi que l'inconstante splendeur du ciel et de la lumière attiraient plus que tout autre objet, le peintre ïurner, ait parfois voulu joindre son génie à celui de Thomson, et fixer sur
1. Sprhiff, 188-100. — 2. Sumnier, UOaiMl. — 3. Ibid., 1223-1232. — 4. Sprinr/, 203-206. —5. Winter, 859-864. — 6. Smwwc/-, 961-992.
LES OnJETS DÉCRITS. ^65
sa toile l^s ouleiirs et les l'ayoïis qui vibrent dans les vev^ des «Saisons » '. S'il est vrai, comme le pensait Ampère, qu'on ne doive pas juger un poète avant de connaître son soleil, Thomson peut hardiment solliciter ce jugement-.
La Mer.
On peut à bon droit s'étonner que, dans cette œuvre où le ciel est si curieusement et amoureusement peint, on rencontre peu de descriptions de la mer. Le poète écossais a bien le sentiment Que ce qui fait le caractère particulier de sa terre natale, ce qui inexpliqué tous les traits, ce qui la rend si diflférente de toute *utre région montagneuse, c'est la présence continuelle de la 'ïier souriante ou formidable, qui bat les côtes, pénètre de toutes parts dans les terres par ses a firtlis » et ses (( lochs », et ^^mble prolongée au cœur même du pays par les lacs qu'elle alimente et qui reproduisent ses grâces et ses colères. Ne devrait-on pas s'attendre à voir (!hez lui, comme chez Théo- ^rite, la mer partout présente dans une poésie toute insulaire '? Thomson est loin cependant de lui donner pareille importance. Dans sa description de TÉcosse, il note d'un trait ^pide la proximité de ce puissant voisin ; mais rien ici qui supl)Ose ni qui évoque une vision directe : « Voici la Galédonie et « ses hautes montagnes. Elles sont, grâce à la mer onduleuse,
1. • Turner emprunte au • Printemps • de Thomson Le lac Buttermere (effet de pluie), National Gallcry, n» 460. » (Cuesneau, la Peinture anglaise, p. 133.)
Une autre peinture de Turner, n" 492 de la Galerie Nationale, a pour titre Frosty Morning, et pour thème ce vers :
- The rigid hoar frost melts before his beam. »
(Aulumn, 1159.)
2. • On ne comprend pas bien le coloris d'un poète, si Ton ne connaît son soleil. - (J.-J. Ampère, cité par Mérimée recevant Ampère à l'Académie.)
3. « Dans celte poésie insulaire, on aperçoit sans cesse la mer à Thorizon. » (J.-J. Ampère, la Poésie grecque en Grèce, chap. ii.)
« enveloppées d'un air vif et subtil qui aiguise les âmes ^... » Et c'est tout. Pas un mot pour décrire ces prodigieuses scènes de la côte d'Ecosse, où, dans les tempêtes terribles de la racr du Nord ou de TAtlantiquo, les vagues livrent de si furieux assauts aux falaises de granit. Pas un souvenir de ces aspects tour à tour charmants et grandioses de la côte occidentale, 0(1 les Hébrides étendent, le long d'un rivage merveilleusement découpé, leurs îles aux formes capricieuses, et les curieux défilés de leurs détroits, et leurs montagnes qui semblent surgir de la mer, et les mille accidents pittoresques de ce rivage fameux.
Ailleurs, il est vrai, il arrive au poète de mentionner cesiles écossaises. C'est pour y noter la multitude des oiseaux qui y vivent. Le caractère de cette région est fixé brièvement en deux traits. « Là où Tocéan du Nord, en vastes tourbillons, bouilc lonne autour des îles nues et tristes de la lointaine Thulé, là « où la houle de TAtlantique se déverse parmi les Hébrides « orageuses *.... »
A défaut de peintures précises, savamment développées, comme celles qui nous ont été données du ciel, les « Saisons • offrent cependant quelques scènes où ce puissant acteur joue son rôle. Toutes, sauf une ou deux exceptions, sont des scènes de bouleversement et de tempêtes. « Au milieu de l'hiver sau- « vage, je voudrais me retirer entre la forêt gémissante et le « rivage battu par l'infinie multitude des flots, dans un séjour « rustique, abrité, solitaire '. » Voilà la seule occasion où le poète exprime le désir d'avoir la mer pour voisine, et voici les seules où elle lui offre un spectacle qui le charme : « Aux « splendeurs du soleil couchant, l'air, la terre et l'océan sou- « rient dans leur immensité* ». — « L'océan amer, vu du « sommet de quelque promontoire aigu, réfléchit, toujours « mobile, jusqu'aux limites extrêmes de l'horizon bleuâtre, un « rayon flottant ^ » La beauté de? la peinture est hors de doute, mais on voit que, même dans ces deux exemples, le poète est surtout frappé du caractère violent ou mélancolique de la mer. Le soleil n'évoque pas sur ses flots Timpression de joie qu'il sait répandre sur le désert ^ La mer plissée de sourires,
1. Atthimn, 8x0-x83. - 2. M/rf., 862-865. — 3. Winier, 425-42». - 4. Summe,\ 1623-1621. — :\. Ihifi.^ 167-170. -6. Iht'd., 163.
.>i)5iOjxov ytXxajxx *, la mer qu'une agitation légère couvre de aille fleurs, la mer bienfaisante qui nourrit ou enrichit les lommes, et qui rapproche les nations, Thomson ne voit guère es aspects. Il s'attache de préférence à dépeindre les colères e l'océan déchaîné : « C'est surtout sur la mer dont les vagues flexibles obéissent à la tempête, que la fureur du vent grandit. Sur Tocéan redouté que creusent de longues ondulations, sous la ligne de feu qui entoure le globe, le typhon tournoyant, lancé d'un bout de l'horizon à l'autre, épuisant toute la rage de tout le ciel, le typhon règne et la trombe impitoyable. Dans le ciel d'une sérénité trompeuse, la tempête couve, condensée dans un petit nuage qui fait une tache sur l'azur. Igooré de tous, sauf du marin expérimenté, le signe précurseur plane, ardent et cruel, ou bien sur le front de quelque promontoire il amasse ses forces. Le démon produit d'abord un calme trompeur, puis il lance une brise légère pour tenter le navire à déployer ses voiles. Et alors tout à coup s'abat sur la mer une masse confuse de vents mugissants, de flammes et de flots en torrents '. » Ce sont surtout les préliminaires de la tempête qui l'ont 1 arrêté. Il dépeint avec plus de détail et d'insistance les erreurs d'une tempête sur les mers d'Europe : « L'océan, sous une pression inégale, se soulève d'un mouvement rompu et désordonné.... Alors d'une explosion soudaine la tempête se déchaîne et lance comme un torrent toute la masse de l'eau bouleversée. Sur la mer impuissante cette force iérienne s'abat,' et la violence du vent creuse jusqu'à son it l'océan décoloré. Et pendant toute la durée de cette nuit loire dont l'aile immense recouvre Thorizon ', l'onde fouettée lans cette lutte terrible se couvre d'écume; le sommet de ses nille vagues semble s'embraser.
'< I..es flots, énormes comme des montagnes, s'élèvent en un iésordreaff'reux jusqu'au ciel, pour éclater l'un après l'autre,
u» îioç at6f,p xal ta/OirTepo: Tcvoal, Koraftâv xe iCTjvai tcovtîwv tî xvi|xsTri>v ivr,piO{iov Y^Xa^iia, 7ra|i;xf,T(i>p te yf,, xa\ Tov iravisT/jV x*ix)ov t,).îo*j xaXtô.
•Eschyle^ • Promcthée ».'.
Sumtner, 980-996.
Le vers anglais, fort beau, est dà à nue suggestion de Pope qui •"élre 8*C8t souvenu de Miilon. Voir plus liant, p. 147 et n. 2.
« et, avec un fracas formidable, retomber en chaos. Les navire « à 1 ancre sont chassés de leur station et fuient éperdus, au^ « rapides que les vents, sur le désert hurlant des eaux irré- « sistibles. Tantôt ils escaladent gémissants la vague gonflée, « tantôt ils se précipitent au fond des retraites cachées de « Tabîme, et entendent tonner les ilôts au-dessus d*eux. Puis « ils remontent, et, poussés par le souffle de tous les vents « réunis, ils volent vers des côtes lointaines, — à moins qu'un « rocher aigu ou quelque barre perfide ne les arrête, les brise « et les disperse en fragments flottant épars *. »
On voit que, si Thomson a borné son observation à un des aspects de la mer, au moins a-t-il su le peindre avec une singulière puissance. 11 s*est attaqué à une vision plus grandiose encore, et en quelques vers comparables aux plus sublimes tableaux de Milton, il a évoqué le spectacle du cataclysme diluvien :
<( A une époque lointaine et obscure, un déluge survint. Le « globe qui recouvrait de ses voûtes les eaux centrales s'ou\Til « en crevasses profondes, et, partout brisé, s'écroula dans « Tabîme. Sur les montagnes immenses formées par les débris a de la terre, les eaux passèrent en vagues énormes, jusqu'à « ce que, du centre jusqu'aux nuages qui se déversaient en a torrents, rien n'apparut plus autour du globe que les flots (L tunmltueux d'un océan sans rivage *. »
En contraste avec ces descriptions où le peintre a surtout vu le mouvement et la violence de la mer, en voici d'autres qui l'ont frappé par un caractère d'immobilité non inoins efl'rayante. Il nous montre l'exilé russe errant dans sa prison de déserts sans limites, a Rien ne frappe ses regards que la « neige couvrant le sol et chargeant lourdement les arbres, et « des fleuves solidifiés qui, à travers Timmense solitude, éten- « dent jusqu'à la mer leurs horreurs glacées'. » Il les suit jusque-là et, dans les mers polaires, nous montre « des mon- « tagnes de glace entassées énormes sur des montagnes. Le « marin frissonnant les aperçoit de loin informes et blanches, « comme une atmosphère de nuages. Parfois, surplombant les « flots, des cimes se dressent menaçantes au-dessus d'autres « cimes; ou bien s'écroulant avec un bruit terrible, comme si
\. Winter, 148-174. — i>. Sprim/, 308-3i:3. —3. Winter, 801-805.
« le chaos s'emparait de nouveau du monde, elles entr'ouvrent « au loin la mer et ébranlent le pôle solide. L'océan Jui-mème « ne peut se défendre de la puissance furieuse qui enchaîne « la nature, mais, saisi au milieu des colères de sa tempête, « par le froid irrésistible, il est, jusqu'à une profondeur de t maintes toises, enchaîné, incapable désormais de rugir, — « désert lugubre, hérissé de vagues rocheuses, inhospitalier à « toute joie et à toute vie *... »
Gomme si ces tableaux d'un monde mystérieux et effrayant exerçaient sur lui un attrait particulier, le poète revient encore à ces paysage polaires pour nous y montrer l'effet du dégel : Ces mers mornes qui entourent Tàpre pôle ne vont plus souffrir les entraves du nord puissant; mais, éveillant tous leurs Ilots, elles se soulèvent irrésistibles. Ecoutez! le grondement se prolonge ; il s'étend sans arrêt à travers les glaces qui se fendent. Puis tout à coup elles éclatent, et dressent jusqu'aux nues mille montagnes formées de leurs amas. Malheur à la barque chargée de misérables pleins d'effroi qui, ballottée parmi ces fragments flottants, jette l'ancre à l'abri d'une île de glace, quand la nuit accable la mer et rend cette horreur plus horrible! Quelle force humaine peut résister aux maux qui s'unissent pour les assiéger? La faim qui leur ronge le cœur, une lassitude impuissante, le rugissement des vents et des vagues, le fracas des glaces qui s'écroulent, cessant un moment pour se renouveler avec plus de rage et de bruit, et mugissant au loin dans d'effrayants échos *. »
La mer de Thomson ne vaut pas son ciel. Elle n'est pas ariée comme nous la montre la nature; le poète ne la voit que ous son aspect terrible. Dans ces descriptions, il y a plus l'emphase que le sujet lui-même ne l'exige; le peintre s'y neutre à nous observateur moins délicat et artiste moins sincère que nous ne l'avions vu dans ses premiers tableaux. Mais a part ainsi faite aux lacunes et aux défauts, ne serait-il pas )iseux de signaler la puissance de langage, la maîtrise robuste ivec laquelle le jeune poète luttait contre les plus grandioses ;t les plus terrifiants spectacles de la nature et en fixait des mages d'une beauté saisissante? De tous les poètes qui depuis