Shakespeare, Ihy gift, T place before my sight
Wilh awe 1 ask his blessing ère 1 write; With révérence look on his majeslic face; Proud^to be less, but of his godlike race. »
(To Sir Godfrey Kneller.)
solide métal dont était faite la langue de Dryden. Cette transformation qui, toutes proportions gardées, n'est pas sans analogie avec la progression par laquelle chez nous au style de Corneille succéda celui de Racine, fut la tâche et fut l'œuvre de Pope.
On sait quelles merveilleuses aptitudes révélait dès l'enfance le futur héritier de Dryden. Il bégayait en vers, comme il l'a dit lui-même, et telle était sa complète possession de toutes les ressources de l'art, qu'avant l'âge d'homme il avait produit, avec r a Essai sur la Critique i», un chef-d œuvre dans un genre qui semble réservé au talent mûri par les années et nourri par l'expérience. Il ne lui a môme manqué ni l'exacte perception, ni le talent de description des choses. Il faut à cet égard distinguer dans sa carrière littéraire trois périodes distinctes. L'énorme labeur qui correspond à ses traductions d'Homère remplit ici le même rôle qu'a joué dans la vie de Milton la période d'agitations politiques. Nous nous trouvons, après cet intervalle prolongé, en face d'un poète différent de celui que nous avions auparavant connu. Or, les œuvres de la première période font seules une place au sentiment de la nature. Les imitations de Chaucer, les « Pastorales », la « Forêt de Windsor », etc., nous laissent comprendre que le poète aurait pu être un peintre du monde matériel. Gardons-nous, du reste, de rien exagérer. Un critique éminent exprimait dans une étude récente cette opinion que le premier Pope annonçait des qualités de rare et précieuse essence qui ont été plus tard et sans compensation faussées ou détruites *. Nous pensons au contraire que la véritable puissance de Pope, le plein épanouissement de son génie se trouvent dans les épîtres, les satires (y compris la Dunciad) et les Essays de ses dernières années. Quelque jugement qu'on puisse porter sur le genre, le poète y règne sans rival. Il n'aurait jamais figuré que dans un rang modeste parmi les poètes d'imagination, de passion, de lyrisme. Et de même aussi ses peintures du monde matériel, précieuses à noter dans les premières œuvres, parce qu'elles ne se retrouvent plus dans les dernières, n'ont pas pour effet de l'égaler aux grands poètes de la nature.
i. « Le premier Pope est tout lyrique, d'une fanUisie ailée et hardie, d'une passion vive et charmante,... il nous semble apercevoir en lui uo poète en puissance bien autrement grand que celui que nous connaissons. » (En. MoMTÉouT, Heures de lecture d'un critique, p. 85, 86.)
Dans bon nombre de ces poèmes de jeunesse, il voit surtout le monde à travers les œuvres qu'il imite ou traduit. Les images qu'il nous en donne sont un reflet indirect. Si dans « le Temple de la Renommée b, dans <i January et May j>, dans a la Femme de Bath » nous retrouvons quelque chose de cette joyeuse ivresse que les splendeurs de la terre inspirent à Chaucer, nous sentons bien que nous le devons à la sève puissante du vieux conteur, plutôt qu'à une sympathie de génie de son traducteur ^ Parmi les nombreux souvenirs de Virgile qui, insérés dans les <i Pastorales i», en font presque d'ingénieux centons, beaucoup sont descriptifs. Leur charme nous vient du poète latin, quand le traducteur ne les a pas gâtés par le mélange d'un faux goût qui n'a rien de virgilien. La pluie féconde et joyeuse deviendra par exemple, grâce à une très légère modification verbale, les larmes silencieuses de Jupiter se joignant au deuil de la nature '. Et quand nous rencontrons un vers de Spencer transporté de toutes pièces dans V « Été », il se détache du reste par une franchise d'allure et une netteté d'image qui font ressortir le caractère artificiel de ces petits poèmes '.
Mais la part ainsi faite à l'imitation et même au goût maniéré d'un très jeune écrivain, il faut reconnaître dans quelques-uns de ces vers descriptifs de Pope une fine précision qui n'a rien de banal. S'il y a des réminiscences, elles sont très heureusement appropriées, fondues et confondues dans l'esprit et dans la langue du poète quand il nous parle de a brises prin tanières
1. Par exemple dans ce passage où la notation de quelques faits naturels sert à Chaucer, et à son traducteur, à exprimer plus de vraie passion que M. Monté gut ne réussit à nous en montrer dans tout le poème d' • Hélolse et Abélard » :
« Awake, my love, disclose thy radiant eyes; Arise, my wife, my beauteous lady, riseî Heor how the doves with pensive notes complain, And in soft murmurs tell the trees their pain : The winter's past; Ihe clouds and tempest fly; The sun adorns the fields, and brightcns ail the sky. » (January and May, v. 525, 530.)
3. • Jupiter et Iceto descendet plurimus imbri « {• Eglogue VII », ▼. 60) devient chez Pope : « And Jove consented in a silent shower. » [Summer, V. 8.)