Summer
f). « The raptured eye
Hurries from joy to joy, and, hid bineath The fair profusion, yellow Autumn spies. *•
(Spring, llO-Ua^}
Et quant aux moissons mûries, orgueil et joie du cultivateur, le poète les contemple et les montre avec un inépiûsable plaisir. Voici, au début de V « Automne », de vastes champs de blé que le soleil inonde de sa lumière, et sur lesquels un nuage qui passe jette une ombre mobile. <( La scène, galment chan- 4 géante, est bien faite pour dilater le cœur. Partout, aussi « loin que l'œil peut atteindre, il rencontre les flots sans « bornes d'une mer d'épis *. » — Les vagues de cette mer l'intéressent plus que celles de l'océan. Elles ont aussi leurs orages que le poète décrit comme il avait décrit leur lourd sommeil sous l'ardeur de midi. « D abord un murmure étouffé parcourt « les champs de blé qui doucement s'inclinent. Mais quand la « tempête aérienne s'est abattue bruyamment sur le moude,... c exposé nu à la rage du vent, le champ se creuse en longues « vagues qui courent et roulent dans cette mer d épis. Les t tiges, bien que flexibles, ne peuvent échapper à la violence « de la tourmente; elles sont arrachées ou vidées de leurs « graines *. i^
A ces tableaux de la terre féconde et cultivée, il convient de joindre quelques-unes des grandes scènes de la vie des campagnes. Le poète n'a eu garde de les oublier. Ses descriptions de la fenaison ^ et de la moisson \ pleines de détails d'une exquise vérité, et procédant d'une belle allure simple et franche, sont des morceaux célèbres.
Mais les champs ne revêtent qu'un moment ces parures que leur font les grandes herbes et les jaunes épis. Nous les voyons aussi quand la prairie roussàtre s'empreint d'une mélancolie qui n'est pas sans charme pour le promeneur solitaire et pensif ^, ou quand la saison des humides brouillards alourdit les lignes, confond les couleurs et attriste la nature ^. Puis vient l'hiver qui étend sur eux son âpre empire, et bientôt « la t face entière de la terre, cachée sous une enveloppe épaisse et € glacée, n'est qu'un désert éblouissant et confus, où toutes les « œuvres de l'homme sont ensevelies ^ ».
Les « Saisons » nous transportent quelquefois loin des scènies de nos régions. Le poète sait d'une touche puissante et. large étaler devant nous les immenses savanes de l'Amérique * ou
1. Autumn, 37-42. — 2. lôid., 314-330. — 3. Summer, 35â^3.m — 4. ilii/umn, 151-1C6. —5. ïbid., 910, 971. —6. /Airf., 1081-1087. — 7. \MMer, 236-240. — 8. Summer, 690-692.
ie désert africain '. Mais c'est dans la description des scènes intimes de la nature anglaise, tempérée et discrète, qu'il trouve ses plus heureuses inspirations. Son âme rencontre une émotion à chacun des petits événements de la vie des champs, et l'on pourrait multiplier les exemples d'observations délicatement notées et rendues avec une fine précision. Ce sont, par exemple, ces signes précurseurs de la fin de l'hiver qu'il a surpris quelque pâle matin : « L'année tremble encore incer- « taine, et souvent, vers le soir, l'Hiver envoie de nouveau « sa bise glacée.... Le butor sait â peine si la saison est venue « où il peut plonger son bec sous l'eau et agiter le marais « sonore; à peine les pluviers savent-ils s'ils peuvent se « répandre sur la lande et lancer leurs notes sauvages à la « solitude attentive '. » C'est, devant l'étang que recouvre un vert manteau, l'observation des millions d'insectes qui se cachent dans cette verdure flottante '. N'est-ce pas l'œil d'un peintre qui, dans ce paysage d'automne, a noté ces tons effacés grâce auxquels l'influence dominante est si fortement accusée : « Sur les champs labourés que la charrue vient de laisser « humides, les troupeaux à la toison sans couleur se disper- « sent * )D? — Et dans ce tableau de la plaine vue le soir, au cœur de l'hiver, les phénomènes observés n'évoquent-ils pas plus que la perception, mais presque la sensation d'une nuit brillante et glacée? a La terre gelée résonne fortement, et sa « surface durcie réfléchit et double chaque son, quand le chien <c du village aboie vigilant pour écarter le rôdeur nocturne, « quand la génisse beugle, quand la brise ondule et apporte (L le bruit de la cascade lointaine, et que sous le pas pressé du « voyageur, la plaine sonore vibre au loin '. ]»
Il est sans doute inutile de multiplier ces exemples. Thomson, on le voit, aimait la nature dans ses aspects les plus familiers et les plus simples. Il sentait, comme l'a enseigné depuis un penseur qui fut un poète, que les étoiles brillent la nuit sur une lande brune et banale avec autant de magnificence qu'elles en ont versé jamais sur la campagne romaine, ou sur les déserts peuplés de marbres de l'Egypte ^ Il a su trouver par-
1. Summet-, 961-977. — 2. Spring, 18-25. — 3. Summer, 303-305. — 4. Wintet*, 63-65. — 5. Ibid., 732-738.
6. « We exaggerate the praises of local scenery. In every landscape, the point of aslonishment is Ihe meeting of Ihe sky and the earth, and Ihat
mt la beauté dont aucune œuvre de la nature n'est privée. Il ous a montré celle des champs cultivés et des prairies plates, elle des landes incultes et des marais brumeux.
Lies Cours d'eau.
Ed bon paysagiste, l'auteur des d Saisons j^ sait quel parti peut être tiré pour Tordonnance d'un tableau, d'une surface liquide, réfléchissant le ton du ciel et celui des verdures et donnant à l'ensemble la tenue et l'harmonie. Mais peut-être convient- il plutôt de ne pas établir pareille assimilation. Si les ruisseaux se rencontrent fréquemment dans les descriptions de Thomson ce n'est pas l'effet d'une banale recette d'atelier. Son âme s'est éveillée à l'observation de la nature dans un district où l'abondance des eaux vives est le caractère dominant du paysage. Et d'autre part, l'aptitude propre de son génie descriptif devait le porter à goûter tout particulièrement, dans les choses visibles, ces éléments de vie et de mouvement, dont la mobilité anime la surface terrestre, comme celle des nuages anime le ciel. Aussi le ruisseau l'intéresse-t-il sous tous ses aspects, et trouve-t-il une place dans presque toutes les scènes d'ensemble. Nous le voyons naître <c dans la fraîche grotte « tapissée de chèvrefeuille, et toute mouillée de la rosée de « sources toujours jaillissantes ^ ». Nous le voyons couler paisible ^ entre des berges aux riches herbages ' », ou « parcourir « en jasant le bois aux mille voix, tantôt s'irritant au-dessus < d'un rocher, tantôt se mouvant à peine pour traverser l'étang « couvert de roseaux ; ici se précipitant en un brusque torrent, ^ et là s' étalant doucement en une plaine limpide ' ». Un peu plus loin, quelques vers brillants nous font voir et entendre ^e de ces cascades qu'offrent en si grand nombre les paysages
y seen from the flrst hillock as well as from Ihe top of Ihe Alleghanies ih ^^^ *' night stoop over Ihe brownesl, homelieat common wilh ail c spiritual magnificence Ihat Ihey shed on the Campagne, or on Ihe ym déserts of Egypt. ■ (Emerson, Essays, second sei-ies; Nature.) »• Summer, 461, 2. — 2. Ibid,, ATÔ. — 3. Ibid., 480-484.
écossais *. — Voici le moment d'aller pêcher la truite, c Maiii- « tenant que le premier et trouble torrent des ruisseaux grossis « par les pluies du printemps s'est écoulé, que sur leur lit coloré « par les mousses descend Técume blanchissante de leurs flots. « maintenant que Teau encore brune et sombre favorise la ruse « du pécheur*. » Le poète a vu aussi : « le ruisseau capricieux a et sauvage qui dans un vallon où croissent les coudriers tombe c avec un bruit rauque de rocher en rocher ' ». — Il a vu les terreurs de Tinondation : ce le déluge ne cesse de s'accroître; < les champs disparaissent noyés et nivelés sous le flot impur, a En peu de temps les fossés s'emplissent, lés prairies sont <K inondées. Du haut des montagnes, d'innombrables ruisseaux « se précipitent rouges et mugissants, et soulèvent la rivière « bien au-dessus de son lit. Alors le flot tumultueux renverse « et roule pêle-mêle bœufs, moutons, moissons, chaumières et « villageois; tout ce que le vent avait épargné, l'affreuse inon- « dation le ruine en un moment *. d — L' « Hiver » nous fournil encore une magistrale description d un cours d'eau et des caractères opposés qui marquent successivement son cours : « La rivière, grossie de maint torrent, et charriant pêle-mêle « les ruines de ses rives, finit par répandre au loin, hors de fi son lit, ses flots gonflés et rapides : irrésistible, rugissant et « effrayante elle descend des montagnes sauvages et des vallons « déserts, et se précipite parmi les rochers abrupts, avec un c fracas retentissant. Puis sur la vallée sablonneuse elle s'étale « lentement, calme, paresseuse et muette; jusqu'à ce que de « nouveau, resserrée entre deux hauteurs rapprochées, elle « s'élance dans le défilé, où les rochers et les bois surplombent c son courant bourbeux; et là, d'une force triplée, là, rapide « et profonde, elle bout, tournoie, écume et passe comme un « tonnerre *. i» Mais l'hiver finit par enchaîner toute cette violence : « Vers le soir une bise glacée, venant de différents « points, souffle sur le marais et le couvre d'une pellicule « bleuâtre; elle arrête, au milieu de sa course, le ruisseau « frémissant. La glace détachée, charriée par le courant et à « demi dissoute pendant le jour, ne fait plus entendre aucun ft bruit, mais se soude à la rive couverte de roseaux, ou
1. Summer, 590-606. — 2. Spring, 378-383. — 3. Aulumn^ 610-612. - 4. Ibid., 334-342. — 5. Winter, 94-105.
« s'amasse autour de quelque pierre pointue et forme un « pavage de cristal que le souffle de Tair cimente solidement, « jusqu'à ce qu'enfin, prise d'une rive à l'autre, la rivière c emprisonnée gronde sous la glace ^ d Et quand, après la nuit écoulée, le poète nous montre l'œuvre de la gelée, nous voyons « la cascade muette dont le torrent impuissant semble, c et semble seulement, rugir; le glaçon suspendu, le travail c délicat du gel, où apparaissent des teintes fugitives, et « d'imaginaires figures; le ruisseau figé dont le flanc de la c montagne versait le flot abondant et qui, au matin, n'est « plus qu'une traînée livide réfléchissant une froide lueur * ».
Indépendamment de ces descriptions détaillées, combien d'observations délicates pourraient être relevées, comme celle de c cette vapeur qui monte, au matin, au-dessus du cours t d'eau bleuâtre • b, ou celle des jeux de la lumière sur l'eau mouvante*; ou la note terne et sombre que met la rivière sinueuse au milieu de l'éblouissante blancheur de la neige ^
Enfin le poète nous parle aussi des fleuves d'autres continents que le nôtre : le Nil auquel il consacre dix-neuf vers • ; le Niger, le Méinam et l'Indus \ et ces fleuves monstrueux du Nouveau Monde, l'Orénoque, l'Orellana, la Plata « dont les t flots pressés roulent fièrement vers la mer. La mer vaincue, « refoulée par ce choc, cède à la pression de cette masse liquide « versée par une moitié du globe; et l'océan tremble pour son t vert domaine '. »
11 est des occasions où l'emphase est moins admissible que dans une description du conflit de ces masses prodigieuses. Mais ce n'est pas dans ces traits d'une rhétorique habile qu'il iaut chercher le meilleur du talent de Thomson. C'est dans les notations vives, pittoresques, véridiques et si nombreuses des cours""d'eau d'Angleterre, qui donnent aux « Saisons d quelque chose de la fraîcheur de ses vallées natales de la Tweed ou du Jed.
i. Winter, 720-731. — 2. Ibid., 748-753. — 3. Summer, 56. — 4. Ibid., 89-90. 161-162. — 5. Winter, 234, 235. — 6. Summer, 803-821 . — 7. Ibid., 822-831. -- 8. Ibid., 832-859.
284 MMBS THOMSON.
Forêts, bois, arbres.
a 0 vallons et bois sauvages!... Dans cette tombe repose votre druide. » Cest ainsi que se termine Tode touchante inspirée à Collins par la mort de son ami. Thomson, en effet, mérite d'être appelé le poète des bois s'il suffît de constater que, de toutes les scènes naturelles, il n'en est pas qu'il ait paru plus aimer, ni dont le souveuir apparaisse plus souvent dans ses vers. Il n'est pas une des « Saisons ]» où les forêts ne soient maintes fois mentionnées. Évidemment les scènes de son enfance, les restes majestueux d'une ancienne opulence dont se paraît encore « la vallée sylvestre du Jed * », lui ont laissé au cœur l'amour des bois *. Et cependant il faut bien noter qu'il ne nous en donne pas de descriptions expresses, à mettre à côté de ses < ciels » ou de ses « ruisseaux ». Jamais il ne iiaiit poser devant lui la forêt comme un modèle isolé. Elle figure toujours dans l'ensemble de ses tableaux, comme liée aux autres manifestations de la vie de la nature.
Du reste les traits rapides où il en évoque l'image suffisent à nous faire sentir combien il en subit profondément le charme. Il la célèbre comme une des beautés de sa patrie, c la Calé- « donie aux forêts hautes, robustes, incultes, immenses, plantées « par la main de la nature' ». — Il en connaît et en comprend tous les aspects. Quand la verdure printanière s'étend successivement de la prairie humide à la montagne flétrie, il nous montre l'œuvre de la force vivifiante complétée au moment où a la forêt épanouie expose aux soupirs de la brise la pleine luxu- (L riance de ses frondaisons, alors que les daims traversent les a fourrés épais qui bruissent, et que les oiseaux chantent invi-