‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 121 sur 304 · the hiUs · texte numérisé non relu

the hiUs

That earth's dishonour and encumbering load. »

(Blackmorb, The Création,)

3. « .... In the seyenteenth century, one of the most enlightened of the rellgious men of his day (Fleming), himself a native of a mountain country, casting about for sooie reason to explain to himself the existence of mon- ^ns, can light upon this reason only : they are inhabited by the bcaslë. . (RcsKiN, Modem Pointers, vol. IV, part, v, chap. vu, p. 94.)

4. • 1 am just arrived at Gcneva, by a very troublesome journey over the Alps, where I hâve been for some days togelher shivering among the eleroal snows. My head is still giddy with moun tains and précipices, and you can't imagine how much I am pleased with the sight of a plain. •*

5. m He Write an epic poem, who never saw a mountain! » (Cité dans Chambers's Cyclopxdia of English Literature, vol. I, p. 682.)

274 JAMES TBOMSON.

monts d'Ecosse, au moins n'est-il pas resté insensible à leur caractère et à leur charme. Illui arrive rarement d'en évoquer la vision devant nous par une description directe. C'est toujours à propos d*un phénomène ou d'une apparence secondaires qu'il en fait mention. A la fonte des neiges on voit c les « monts élever vers le ciel leurs têtes verdoyantes * ]i. « Après (L l'orage, le premier rayon du soleil va frapper la montagne qui « s'illumine ". » — Et de même à l'aurore « le rocher humide, n le sommet brumeux de la montagne surgissent à nos yeux et € s'éclairent de la lueur matinale' ». — Au lever du soleil « le « nuage disparaît, l'azur s'enflamme, le front de la montagne « s'illumine d'or fluide* ». — Le dernier rayon du soleil couchant s'attarde sur le mont *; et la lune verse son pâle déluge qui flotte au loin et se répand doucement sur la montagne voisine du ciel •. Dans les paysages d'hiver nous voyons la montagne tachetée par l'effet du dégel '. — Les détails pittoresques des hautes régions sont parfois indiqués d'une touche ferme et sûre. C'est * le précipice abrupt qui projette l'horreur « sur l'onde noire du torrent • », ou qui offre un inaccessible abri à l'aire de l'oiseau de proie • ; ou bien encore l'avalanche « qui roule d'abîme en abîme, avec un bruit de tonnerre, ses « montagnes de neige *® ». — Quelquefois aussi le poète trace au fond de son tableau, d'un trait rapide, le profil d'une chaîne éloignée. « Le paysage rompu s'élevant peu à peu, se hérisse <( en collines escarpées, et au-dessus, les monts de Cambrie, < comme de lointains nuages qui bordent l'horizon bleu, s'élè- <( vent sombres **. » Et quand le poète note en quelques mots le caractère des grandes chaînes qui forment l'ossature du continent européen il trouve des traits précis et heureusement suggestifs : « Toute cette région de montagnes farouches que « les Alpes étincelantes, que les Apennins où ondulent les (( forêts, que les Pyrénées lancent comme des branches prodia gieuses jusque dans les pays lointains '^... »

Rien de tout cela ne constitue la description directe d'une montagne. Une fois cependant le poète a revu et nous a montré le rocher qui terminait la vallée du Jed, ce Carter

1. Spring, vers 17. — 2. If^id., v. 190, 191.' — 3. Summer, v. 54, 55. — 4. /6td., Y. 83, 84. — 5. Ibid., 1691, 1692. — 6. Autumn, 1098, 1099. — 1. Winter, 991. —- 8. Summer, 163, 164. — 9. Spring, 452, 453. — 10. Winler, 416-418. — H. Spring, 958-961. — 12. Winter, 389-392.

Fell qui pendant ses jeunes années était pour lui « la montagne ». Et, chose singulière, cette description (bien sommaire du reste) n'est introduite que pour constater la disparition de l'objet qu'elle peint : « La montagne hérissée, énorme « et sublime, qui,... entre les royaumes ennemis, élève la haute « et longue muraille de ses rochers, la montagne ne remplit « plus la scène de ses aspects grandioses et variés; mais dans « la nuit des vapeurs qui s'amassent, elle disparait au regard t étonné *. » — La seule autre description un peu prolongée que renferme le poème est celle d'une région que le poète n'a vue que par l'imagination et à travers les récits des voyageurs; ce sont les monts de l'Abyssinie *.

Et cependant à défaut de descriptions prolongées, nous trouvons dans les « Saisons » de nombreuses traces de ce sentiment si naturel chez un fils de l'Ecosse et qu'exprimait le dernier passage cité : la montagne est un des traits les plus importants du décor de la nature. Proche ou lointaine, elle n'est jamais absente des paysages de Thomson. Nous venons de voir comment elle s'associe aux divers jeux de lumière où se plaisent les pinceaux de notre peintre. Un effet moins banal, qui porte plus sûrement la marque d'un souvenir de choses senties, c'est l'évocation des voix de la montagne. L'habitant des vallées et des plaines se blase sur le spectacle de ces masses uniformément imposantes. Mais les bruits qui par intermittences lui sont envoyés par ces géants immobiles contribuent surtout à leur donner le caractère d'acteurs importants dans le grand drame de la nature. Lorsque la tempête menace, un des présages qui frappent le poète, c'est <c au milieu du c silence de la nature, le bruit sourd qui, des montagnes, roule t sur la terre grondante, trouble l'eau du fleuve, et, sans un f souffle de vent, agite les feuilles de la forêt ' ». — « Par les € bois, par les landes marécageuses soupire le triste génie de c Forage; là-haut, parmi les rochers disjoints et branlants, c parmi les solitudes des montagnes aux sommets fracassés, les t ruisseaux bruyants et les cavernes font entendre, comme un t présage, un rauque gémissement dont l'écho se prolonge *....» — « Des montagnes, couvertes de forêts bruissantes, une voix

1. Autumny 7H-717. — 2. Summer, "47--8i. — 3. Ibid,, H16-H20. — 4. Wmier, 66-11.

a sort et, d'un accent solennel, invite le monde à se pré- « parer *. »

De la montagne vient le présage; c'est elle aussi qui prépare l'orage et le lance sur la plaine, «c Le cercle des montagnes a battu des vents enferme leur masse tourbillonnante et la « précipite comme un torrent dans la vallée *. ï> C'est d'elle enfin que viennent les torrents et les ruisseaux qui formeront les fleuves : a La rivière, grossie de maint torrent, irrésistible, c mugissante et terrible, descend des montagnes sauvages et « des solitudes que peuplent les mousses, et bondit parmi les « rochers abrupts, avec un bruit retentissant '.^ »

On le voit, Thomson est loin de négliger dans ses tableaux du monde la montagne. 11 la mêle presque à toutes ses descriptions. Et ses montagnes ne sont pas celles qui découpaient sur les fonds de toile des peintres du paysage classique leur silhouette banale et sans vérité.^ plus d'un trait nous reconnaissons qu'il a vécu dans leur voisinage, qu'il a éprouvé les impressions diverses de leurs aspects changeants. Il a senti leur beauté; il s'élève par là au-dessus de la capacité esthétique de ses contemporains et des siècles passés. Mais il n'a pas abordé de front, au moins dans les « Saisons i>, la tâche de retracer avec précision les caractères de ces paysages grandioses; il n'a pas eu sur ce point l'audace qui fait les grands explorateurs; et, comme la page où il a plus tard comblé cette lacune, est restée inconnue au milieu d'un poème oublié, on peut dire que Thomson a laissé à d'autres, parfois moins bien doués pour cette œuvre, le mérite d'ouvrir â la littérature et à l'esprit humain ce domaine nouveau. Les pages révélatrices de Gray et de Rousseau, les brillantes ou éloquentes peintures de Byron, de Shelley, de Wordsworth et de Coleridge, ou de notre Lamartine ne doivent pas cependant nous faire oublier qu'avant eux Thomson avait connu la beauté des montagnes, et leur avait fait une place sur la scène du monde.

1. Winter, 151, 452. — 2. Aulumn, 322-324. — 3. Winter, 94-99.

Plaines, ohampB, praîrieB, landes, marais, etc.

Sans doute ces aspects que nous avons étudiés, et dans lesquels la nature se montre sublime et surhumaine, sont ceux qui sollicitent le plus justement Teffort d'un grand artiste. Ils ne sont pas peut-être ceux dont l'interprétation nous révèle le plus sûrement chez Técrivain un sentiment pénétrant et sûr du monde visible. Il faut plus de délicatesse de perception et une sensibilité plus fine pour goûter et pour traduire le charme d'une scène simple et familière, d'un panorama sans accidents grandioses, d'un paysage de plaine. C'est la pensée qui se dégage des vers où Sainte-Beuve, observateur à coup sûr capable de tout comprendre, déclare choisir pour son domaine les aspects les moins imposants de la nature :

< Laissons Chateaubriand

ne rien demander

Que d'entendre la foudre en longs éclats gronder,

Ou mugir le lion dans les forêts superbes.

Bien; il faut Taigle aux monts, le géant à l'abîme,

Au sublime spectacle un spectateur sublime.

Moi, j'aime à cheminer et je reste plus bas.

Quoi! des rocs, des forêts, des fleuves? Oh! non pas.

Mais bien moins; mais un champ, un peu d'eau qui murmure,

Un vent frais agitant une frêle ramure ;

L'étang sous labruyère avec le jonc qui dort. »

Thomson qui, nous l'avons vu, a montré, dans la description de quelques-uns des grands tableaux, une admirable maestria, Thomson est aussi le peintre épris des simples beautés de la terre, des grandes plaines couvertes de gazon, ou des champs de blé ondulant au souffle du vent. Il connaît et il retrace le charme de ces paysages, dont l'uniformité a aussi sa ^ndeur. Il les a vus et il nous les montre sous tous leurs aspects, aux différentes heures du jour et aux différentes saisons. Les descriptions qu'il nous en donne ont une franche saveur et un véritable parfum rustique :

* Ohl loin de la ville enfumée,... errer par les champs

« mouillés de rosée où tout est fraîcheur! et, des buissons « courbés, faire jaillir les gouttes tremblantes, à mesure que « j'avance dans le vert dédale des haies de chèvrefeuille! sentir « ro(feur des étables! gravir quelque éminence et de lavoir c la campagne, aussi loin que Toeil peut atteindre, épanouie « comme sous une pluie de fleurs mêlées, blanches el « rouges*. »

Évidemment ce sont là des tableaux qui l'attirent plus que les violences superbes de la mer ou l'écrasante grandeur des montagnes. Il y revient avec une complaisance manifeste. C'est devant une de ces scènes au charme discret, qui plaisent sans étonner, qu'il veut parler d'amour à la femme aimée, t Viens « et promenons -nous longtemps en ce lieu où la brise nous « arrive après avoir franchi ce champ de fèves en Heur. « L'Arabie n'a pas de plus suave parfum.... Viens et que ton « pied ne dédaigne pas la prairie, toute couverte d'une fraîche « verdure et de fleurs innombrables, parure spontanée de la « Nature '. » — Et s'adressant encoreà son Amanda : « Parcour- « rons-nous la prairie souriante? ou bien nous promèneronsa nous au hasard dans les champs où ondulent les moissons '? » S'il finit par proposer à son amie une ascension modeste*, c'est pour lui faire admirer, du haut de la colline de Richmond, un riche panorama « de collines, de vallées, de bois, de « champs, de clochers, de villes brillantes et de cours d'eau a dorés, jusqu'au point où l'immense paysage se perd dans la « brume ' ». — Dans cette description même, ni l'amoureux, ni le peintre ne font entièrement disparaître le fils des champs, élevé parmi les rudes laboureurs. La pensée des richesses promises s'associe pour lui, devant ce paysage d'été, au charme des couleurs chaudes ou riantes, comme elle s'associait au ravissement de la campagne couverte de fleurs au printemps '.

1. Spring, v. 100-HO. — 2. Jbid., 497-504. — 3. Summer, 1403-1406.

4. Un des premiers commentaleurs et critiques des - Saisons >, J. More,a fait cette remarque que jamais Thomson ne décrit une scène uq peu v&ste sans avoir au préalable amené le spectateur ou le lecteur jusqu'à un point élevé. (Voir More's Strictures^ et The Monthbj Review, vol. 58 (année iW] p. 286, 287.)

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