‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 138 sur 304 · Portraits littéimres. Bernardin de St-Piet^re · texte numérisé non relu

Portraits littéimres. Bernardin de St-Piet^re

LE POÈTE DESCRIPTIF. — SA TECHNIQUE. 3î21

ces observations, un des artistes les plus prodigieux qui aient peint en vers. — Southey nous apprend que Wordsworth n'avait pas le sens de Todorat, et le peintre Haydon qu'il n'avait pas celui de la forme *. Nous ne conclurons pas qu'il soit pour ce motif inférieur à Thomson chez qui, nous Talions montrer, a le rythme spécial de l'appareil des sens » mettait en jeu une organisation remarquablement riche et ouverte à toutes les influences de la nature.

Dès les premiers pas dans cette recherche, nous avons cependant à noter chez notre poète une lacune, sinon dans son pouvoir d'observation, au moins dans ses procédés de traduction. Les objets sont surtout révélés à notre vue par leur forme et par leur couleur. Selon la prédominance de l'une ou de l'autre de ces apparences dans le fait de perception ou dans l'élaboration artistique de l'image, nous aurons des modes de représentation qui varieront par d'infinis degrés chez les différents artistes, depuis la fixation rigoureuse des contours chez des peintres qui poursuivent quelques-uns des effets de la statuaire, sans disposer des ressources de cet art, jusqu'à ces combinaisons indéterminées de taches lumineuses où finit par aboutir la technique d'un peintre tel que Turner. Or, chez Thomson ce second mode de représentation l'emporte notablement sur l'autre. Nous ne trouverons dans les « Saisons ) aucune de ces visions nettes et éclatantes qui détachent vigoureusement sur le fond une silhouette fortement tracée. Les objets, nous l'avons vu, se montrent surtout au poète comme partie d'un vaste tableau, et lors même qu'il les observe séparément, ils lui apparaissent toujours comme animés, mobiles et changeants; c'est là une condition qui exclut la notation précise de formes arrêtées. Ce qui le frappe dans la montagne c'est la coloration des pentes, blanches quand la neige les recouvre, tachées de gris quand le dégel a commencé son œuvre, flétries plus tard jusqu'à ce que peu à peu le printemps y fasse courir la verdure, ou bleues lorsqu'elles sont aperçues dans le lointain. Il ne s'arrête pas à la forme du rocher, mais il note le rayon de soleil qui vient à l'aurore en frapper le sommet, ou qui s'y attarde le soir quand la surface du sol est envahie par l'ombre. Il observe les colo-

Page 1