CHAPITRE II
LONDRES. — LKS DÉBUTS d'uN POÈTE. — l'hIVER
Presque tous les biographes fixent au mois de mars 4725 répoque de Tarrivée de Thomson à Londres *. Ils n'ont pour cela qu'un seul motif, c est que la lettre à Cranstoun, annonçant l'embarquement comme prochain, est supposée être de la fin de février ou du commencement de mars. Or c'est là une hypothèse parfaitement gratuite : la lettre peut aussi bien être d'une date quelconque de février, et nous croyons qu'il convient de modifier l'indication des biographies. Le document positif sur lequel doit s'appuyer toute recherche à ce sujet, c'est une lettre écrite de Londres à Cranstoun, à la date du 3 avril. Dès les premiers mots elle nous apprend que notre voyageur a déjà écrit une fois à son ami, et qu'il en a reçu, depuis plusieurs jours, la réponse désirée. Si nous songeons au temps que prenait alors l'échange des correspondances entre Londres et un village écossais, nous conclurons que l'arrivée de James doit être notablement antérieure au 5 avril. D'ailleurs
1. WrigUt place le voyage en llSi (édit. de 1770, note vm). Âllan Cunninj^hain le fixe au mois d'avril 1725 (Biographie, p. xvi); un autre biographe à l'automne de la même année. L'erreur dans chacuu de ces cas est évidente. C'est uniquement entre février et mars que nous avons à choisir.
cette même lettre indique plusieurs démarches faites auprès de diverses personnes; elle nous montre le jeune homme aux trois quarts découragé, songeant même à retourner en Ecosse. Évidemment cela suppose un séjour à Londres, non pas de quelques jours, mais de quelques semaines. Nous pouvons encore rapprocher les dates extrêmes entre lesquelles doit être placé ce voyage. Thomson raconte à son ami, dans la même lettre, qu'il a assisté, à Drury-Lane, à une représentation d'Oroonoko, D'après les annales du théâtre, cette représentation ne peut être que celle du lundi !•' mars. Notre voyageur mentionne des pièces jouées postérieurement, mais non pas celles qui ont été représentés le 25 et le 27 février. Si nous admettons, comme il est extrêmement probable, qu'il n'a guère laissé passer de jours avant de se rendre au théâtre, Jious sommes amenés à conclure qu'il a dû arriver à Londres à une date très voisine du 1" mars ' .
C'est donc dans les derniers jours de février 1725 que James Thomson mit le pied sur le sol anglais et sur le pavé de la grande ville '. Sa première visite fut, dit-on, pour Mallet qui se trouvait habiter, avec la famille Montrose, Hanover Square. La route était longue et l'attention de notre provincial était sollicitée par mille objets nouveaux. Les monuments fameux dans le voisinage desquels il avait abordé, le tumulte de ces quartiers où s'agitait la population bruyante et bariolée du port, l'activité de la Cité où battait alors comme aujourd'hui Je cœur de l'Angleterre commerçante, puis et surtout l'élégance et le luxe, inouïs pour un Écossais, de ces quartiers de l'Ouest où il cherchait son ami, tout cela était bien fait pour le surprendre, le charmer et l'étourdir. Un pickpocket plus habile qu'heureux lui vola le paquet de lettres qui faisait le
i. Mr. E. Cuninghamc, dans une note inléressante à laquelle nous empruntons la date de la représentation d*Oroonoko, est enclin à penser que TarrîTée de Thomson doit être placée au lundi i*' mars {Notes and Queries, 4* série, vol. \I, p. 341). Ce jour était la fête de saint David, et, dans le tumulle des réjouissances populaires et des processions, la mésaventure qui signale la prâmiire promenade de notre poète à Londres s'expliquerait d'autant mieux. La supposition est ingénieuse, mais il est difficile de croire que, malgré tout son désir de voir enfin un théâtre de la capitale, Tborason ait assisté à une représentation, le jour môme où il débarquait après un long voyage.
2. Le lieu de débarquement était Billingsgate, d'après Shiels (Cibber's Uves), ou Wapping, d'après Buchan. .
plus clair de sa fortune. C'était un fâcheux début. Il lui fallut écrire de nouveau en Ecosse pour faire remplacer les lettres perdues. Nous savons queCranstoun recommença sur nouveaux frais celle qu'il avait adressée à Mr. EUiot de Londres. La lettre du 3 avril nous apprend que Thomson a a trouvé » le cousin de Cranstoun, et qu'il a fait plusieurs visites. Le désastre est donc à peu près réparé. Il laisse cependant encore une impression désagréable et contribue peut-être à inspirer au jeune homme naguère si conûant ses réflexions pessimistes sur la vanité et la méchanceté du monde *. Plus tard, il n'en conserva qu'un souvenir joyeux; ses amis et lui s'égayeront plus d'une fois en rappelant cette première expérience des mœurs de la capitale ^.
Nous savons avec quel empressement il a voulu connaître le théâtre dès son arrivée. Le 3 avril il avait déjà fait à Drury- Lane cinq visites, et, s'il s'en est tenu là, dit-il, c'est que sa bourse « ne marche pas de pair avec ses désirs ». Il a vu jouer OroonokOf Hamlet, A Trip to the Jubiles et Cato, Il est évident que Londres, ses théâtres, ses acteurs et ses actrices étaient en Ecosse un sujet d'entretien familier des deux amis. Il semble que Cranstoun ait lui-même demandé ces renseignements que ne comportait pas la première lettre de Thomson ; et celui-ci donne des détails sur les pièces (la tragédie lui a causé quelque déception), sur les acteurs en vogue : Booth, Wilks, Gibber, etc., sur les actrices surtout : Mrs. Oldfield, Mrs. Porter, Mrs. Booth dont il admire le jeu et plus encore la beauté avec un enthousiasme fort expansif ^
Quant aux objets plus sérieux qui occupent James, ils tiennent moins de place dans cette lettre, sans doute parce que notre voyageur n'a rien d'heureux à apprendre à son ami. Tout le monde lui dit que son projet (quel qu'il soit) sera prodigieusement difficile à réaliser. Il se propose bravement
1. • The more I see or tlic vauity and wickedness of the world, I am more inclined to the sacred office. •
2. « I remember having heard at old Strahan's (the translator of the six first books of the ^neid) ia Suiïolk Street, Johnaon and Mailet repealing the story with glee. • (Bogiian, Essay on the Life of Thomson^ p. 235.)
3. « She (Mrs. Boolh)...,daDce8 so deliciously, has such meltinglascivious motions, air, and postures,... indeed the vvomen arc generally the haadsomest in the house, and bettcr aclors than the men, but perhaps their 8CX préjudices me in their favour. •
d'essayer encore, et s'en fie pour le résultat à la ProvideiïCô. 11 croit que les choses sont déterminées nécessairement par la chaîne des événements, mais, il se promet de lier toujours sa fortune au travail et à l'honnêteté. Enfin, il se résigne à la pensée de poursuivre et d'achever ses études de théologie. A défaut de mieux, il lui faudra peut-être entrer dans le ministère, et il prépare son ami à cette évolution, non sans prévoir les pioqueries qu'elle lui vaudra *.
Il nous est assez facile de comprendre à quelles difficultés devait se heurter notre jeune Écossais. De toutes les parties de la Grande-Bretagne afduent dans la capitale tous les aventuriers qui attendent la fortune de leur savoir-faire, de leur talent ou de la protection de quelque patron. Thomson est à ce moment dans toute la vigueur de ses vingt-cinq ans, actif et énergique (en dépit de la réputation d'indolence qu'il s'est plus lard acquise), grand et fort, avec cette fraîcheur de teint qui caractérise ses compatriotes et une physionomie ouverte qui lui gagne facilement les sympathies. Mais il faut aussi nous le représenter à Londres comme un étranger dont le langage même a quelque chose d'emprunté et d'exotique. Ces nombreux Écossais, qu'il compare lui-même à des vols de vautours s'abattant sur la capitale ', parlant un anglais appris dans lès livres, une langue artificielle, tendue et pompeuse, que les Anglais ont peine à comprendre '. Pour arriver à percer au milieu de cette foule de gens en quête de places, il faudra solliciter beaucoup, réveiller fréquemment le bon vouloir des patrons qui ont promis leur appui, et ce sont là des choses dont s'accommode mal la délicatesse un peu fière de notre poète. 11 faudra surtout s'armer de patience pour attendre
i. « He (Mr. Elliol) received me affably enough, and promised me hLs assistance, thoagh at the samc lime Le told me, which everyone tells me, that ît will be prodigiously difflcalt to succeed in Ihe business yoii kno'^- I design. However, corne what will come, I sliall make an elTorl, and ieave the rest to Providence. Tliere is, I am persuaded, a necessary fixed chain of things, and I hope my fortune, wbalevcr it be, shall be linked to diligence and liooesty.... Succeed or not, I firmly résolve lo porsue divinity as the only thing now I am flt for.... I was going to bid you sappress that risiog laugh, but I check myself severely again for sufTering such an nnbecoming thought of you to enter into my mind. •
2. • ScoUand. is really fruitful of surgeons; they corne hère like flocjjs of vultures cvcry day. » (Lettre à Cranstoun, du 20 juillet 1725.)
3. J. Raiisay, Scotland and Scotsmen in the\ viii*'* century, vol. I, p. 23; vol. II, p. 543.
.roccasion favorable, et Fétat de ses finances ne lui permet pas une attente trop prolongée.
L'affection de sa mère s'emproyait cependant à lui fournir les moyens de poursuivre sa tentative. Elle voulait vendre sa part de la propriété de Widehope pour lui procurer les ressources nécessaires. C'est un dernier trait de dévoûment de la noble femme que les biographes n'ont pas relevé. Au moment même où cette vente allait se faire, James apprit que sa mère était morte, le 40 mai ', dix semaines environ après leur séparation. Sa douleur fut extrême, et la trace nous en est restée dans les vers qu'il écrivit à ce moment. 11 énumère les vertus de celle à qui il devait la meilleure partie de ce qu'il y avait dans son talent et dans son cœur de délicatesse et de force. Il rappelle avec une émotion d'une éloquente sincérité la vie de la pauvre veuve toujours en pleurs, toujours en lutte, qui n'aura connu qu au ciel le repos et le bonheur.
Il fallait vivre cependant, et, renonçant aux rêves ambitieux qui l'avaient conduit à Londres, Thomson était prêt à accepter la plus modeste situation.il avait jusqu'ici reçu l'hospitalité de Mallet et du duc de Montrose, ou vécu de ses deniers dans les auberges de Londres. Il est alors hébergé dans la famille de lord Binning, gendre de lady Grizel Baillie de Jerviswood et, par conséquent, allié à cette famille des Home à laquelle Thomson lui-même se rattachait par sa mère *. Pour s*y rendre utile il se chargea de l'éducation du jeune Thomas, fils aîné de lord Binning. L'enfant n'avait que cinq ans, et la tâche répondait mal aux goûts de notre poète. Les promesses de concours de la noble dame aboutissaient à un médiocre résultat. Il ne semble pas même que le cousin-précepteur reçût de salaire. Il s'efforça pourtant de faire bon visage à la fortune sous la forme peu engageante où elle se présentait. Dans une lettre à son ami Granstoun, du 20 juillet
i. « Whea I came iip hère I brought very little money along with me, expecling some more upon the selling of Widehope, which was to hâve been solil Ihat day m y moiher was buried. • (Lettre à Granstoun , du mois de septembre.)
2. Charles, lord Binning, septième r.omte de Haddington, avait épousé Rachel, seconde fille et héritière de George Baillie de Herviswood. Lord Binning recevait donc chez lui un parent de la famille de sa femme. Thomson était chez lui un parent pauvre en visite plus exactement qu'un précepteur. C'est un des points de la biographie du poète sur lesquels la constatation d'un lien avec les Home jette un jour nouveau.
1725, il parle de ses occupations nouvelles. Il esta EastBarnet, à la limite du comté de Hertford, à dix milles de Londres, et semble assez satisfait de se retrouver à la campagne. Il mentionne ses déceptions avec une philosophie résignée, et compte revenir à ses études de théologie. 11 n'a plus comme autrefois « une idée méprisable de ce qui est proche et une idée roma- « nesque de ce qui est étranger ». Il recommande au frère de son ami la carrière ecclésiastique comme « honorable, utile et certaine», et regrette d'en avoir autrefois parlé avec trop de dédain. Pour le moment, il interrompt de temps en temps, par un voyage à Londres, la monotonie du séjour de East Barnet. Du reste il travaille, et, le 10 juillet, envoie à son ami Mallet un « Hymne sur la Solitude » composé la veille pendant une promenade du soir.
La troisième lettre de Thomson à Cranstoun est du mois de septen^bre *. Il est toujours à East Barnet, fort bien traité mais fort peu payé dans la famille de lord Binning. Il a dû faire des dettes pour se procurer les objets les plus indispensables : vêtements, linge *, etc. (il n'ajoute pas visites aux théâtres, mais il parle un peu plus loin du plaisir que lui ont causé Miller et Cibber dans Love makes a Man^ or ihe Fops Fortune). Les créanciers demandent avec insistance à être rembourses, et James prie Cranstoun de lui prêter une somme de douze livres. Widehope va être vendu et il pourra prochainement s'acquitter envers son ami. Cette première partie de la lettre dut lui coûter à écrire. Sous la simplicité vaillante avec laquelle il expose sa situation, il nous est facile de lire le désenchantement et l'humiliation dont il souffre. Voilà plus de six mois qu'il est à Londres. Il avait voulu fuir la médiocrité d'une carrière telle que celle de son ami, et le voilà réduit à apprendre à lire à un bambin de cinq ans, et à implorer, pour une somme misérable, le secours du modeste docteur.
1. La lettre ne porte pas de date; la marque de la poste indique qu'elle fut écrite à East Barnet. Elle fut publiée pour la première fois dat s le iMndon Magazine de novembre 1824, p. 413, à la suite de l'avis suivant : • The following very ioteresting letter bas been recovered from oblivion, or at last from neglect, by our friend Elia, and the public will no doubt thank bim for the deed.... »
t. Ainsi s'explique le fait rapporté par Johnson avec une apparence de dédain contre laquelle Buchan s'élève indigné : - His first want was a pair of shoes . {Life of Tfiomson),
42 JANBS THOMSON.
Mais, d'autre part, la deuxième partie de sa lettre nous montre qu'en dépit de ces déboires, cette sorte de retraite à quelques milles de Londres, dans un pays monotone et plat % sans les nécessités d'un travail assidu, ni les attractions des plaisirs, était (il ne s'en doutait pas) la plus précieuse faveur que pût lui assurer la fortune. Car dans ce loisir fructueux de Ëast Bamet il mûrissait l'œuvre qui allait, du premier coup, faire de lui un des grands écrivain^ de son temps. Déjà la lettre à Mallet, du 10 juillet, mentionnait un « poème Jt que Thomson soumettait aux observations de son correspondant. Il s'agissait très probablement de 1' a Hiver » . Ici l'œuvre est expressément indiquée. Le poète se propose une description de la nature sous son costume le plus lugubre. Suivant l'exemple donné par Riccaltoun dans la pièce qu'il admire si vivement, il fait le tableau des scènes horribles et grandioses que présente la dure saison : inondations, tempêtes, etc. L'hiver est précoce cette année, et, sans parler des souvenirs de Southdean, il a sous les yeux le modèle de ses peintures.
Cependant le poème se développe . Ces descriptions où Thomson voyait d'abord un amusement destiné à être abandonné pour tout autre sujet qui lui viendrait à l'esprit *, il commence à penser qu'elles peuvent se grouper et s'organiser en une œuvre nouvelle à la fois par le sujet et par la forme. Il pense qu'elle lui permettra d'affronter le jugement de ces critiques et de ce public à qui il demande de l'accueillir parmi les poètes anglais. Mais il faut préparer cette publication ; il faut se rapprocher de Londres où sont les éditeurs qui lancent les ouvrages, les critiques dont l'opinion assure le succès, et les patrons qui récompensent le mérite. Thomson dit donc adieu à ses humbles occupations auprès du noble bambin. Il quitte lord G. Binning. Leurs relations restent d'ailleurs excellentes; et, deux ans plus tard, il songera à lui dédier le poème qui doit succéder à T a Hiver » '. Il partagea son temps,
4. « This country 1 ain in is not very entertaining;no variely, but Ibat of woods, and them we hâve in abundance; but where is the living stream? tlie airy mountain? or the hanging rock? «
2. « .... Being only a présent amusement, it is len toone but I drop it wbenerve anolher fancy cornes acrosâ. • (Lettre à Cransloun, de septembre 1723.)
3. Quelques-uns des renseigneaienls sur Thomson que Boswell pnt fournir à Jobnson lui venaient de sir David Dalrymple, plus tard lord Hailes, cousin du jeune Thomas, Téièvc de Thomson.
après ce départ d'East Barnet, entre Twyford *, la résidence d été de la famille Montrose, et Londres. Il y trouvait son vieil ami, Mallet; il y eut bientôt aussi pour ami le plus jeune des élèves de celui-ci, lord George Graham. Peut-être est-ce à cette époque qu'il fréquenta Hammersmith et la taverne où la tradition prétend qu'il écrivit une partie de son poème. Entre les deux t Mails 1», en face d'un coude de la Tamise d*où Ton aperçoit un paysage étendu, nu, plat et auquel Thiver donne un aspect (le désolation lugubre, subsiste encore un petit cabaret qui prenait jadis le titre de café. Plus modeste aujourd'hui l'enseigne qui se balance au-dessus de la porte, dans la ruelle étroite par où Ton accède à l'établissement, porte seulement ce nom c The Doves », les Colombes. « Thomson s'y rendait « volontiers quand la Tamise était gelée, et tout le pays couvert « de neige. Le fait est bien établi, et beaucoup de personnes t viennent visiter l'endroit », disait Faulkner vers 1830 V La tradition n'a pas disparu depuis lors. Les admirateurs de Thomson ne s'y rendent plus aussi nombreux, et c'est dommage, car ils trouveraient là quelques restes curieux du vieux village suburl>ain. La taverne des Colombes, comme plusieurs des petites maisons qui bordent le fleuve, date au moins du temps de la reine Anne. Il n'est pas sûr que le mobilier soit aussi ancien. Cependant la patronne de l'établissement, qui sert à boire aujourd'hui plus souvent aux terrassiers du voisinage qu'à des poètes, vous montre la table c où s'asseyait le grand Thomson pour écrire les Saisons ». La tradition, on le voit, a gagné en précision depuis Faulkner. La brave femme a même entendu dire que Thomson habitait la maison voisine. Le silence de Faulkner sur cet intéressant renseignement nous fait craindre que la tradition ne se soit enrichie d'additions apocryphes.
Une autre indication, dont l'origine est difficile à contrôler, nous dit qu'il vint habiter dans la maison de Millan le libraire, et qu'il y acheva le poème dans une chambre au-dessus de la boutique '.