Wintet
3. Les vers 754 à 764 du « Printemps » ont pris la place du passage suivant :
« Uigh from Ihe summit of a craggy cliff Uung o'er the green sea, grudging at its base, - The royal eagle draws his young, resolved
To try them at the sud. Strong-pounced, and bright As bwmished day, they up the blue sky wind. »
la tâche possible, et il ne la tente point K Est-il certain que les « coloristes :» les mieux doués y puissent réussir? Les descriptions de la langue peuvent-elles jamais placer sous nos yeux les couleurs d'une scène ou d'un tableau, ou l'exacte nuance d'un ton particulier? Voyons comment y réussit tel peintre-poète :
« L'ensemble éblouissant de ces vives couleurs....
Où le jaune-citron, l'orangé, Tincarnat,
Le lilas, Toutremer, l'azur et le grenat,
Tous les tons violents, toutes les notes franches
Éclatent au milieu des grandes masses blanches ^. »
Ces vers peuvent-ils nous suggérer une image de la moindre netteté? la réalisation du tableau ainsi esquissé ne peut-elle pas
1. Son ami et son élève, Savage, a élé plus audacieux. Les « Saisons » ne renferment pas une observation de couleur aussi compliquée que celle-ci :
- There blue-veiPd yellow, thro ' a sky serene, In swelling mixture forms a floating green; Streaked thro' while clouds a mild vermilion shines, Ând the breeze Areshens, as the beat déclines. »
(The Wanderer, Canto V, v. 233-236.)
2. Jules Breton, Œuvres poétiques : le Pardon de Sainte- Anne-la-Palud, \\ s'agit d'une scène dont le peintre s'est plus d'une fois inspiré et en particulier pour une de ses toiles les plus importantes : le Pardon de Kergoat. Mais l'énumëration des couleurs par récrivatn ne reproduit guère l'effet obtenu par le peintre.
Un autre exemple nous est fourni par le petit poème Gt*ongar-UUl, cette réduction des • Saisons » qui, par une si curieuse coïncidence, paraissait quelques mois avant 1' « Hiver ». L'auteur, Dyer, était, comme notre Jules Breton, un peintre doublé d'un poète. L'œuvre commence par une invocation à la nymphe qui colore la nature. Mars tout le coloris de l'écrivain se réduit à des effets tels que celui-ci :
« Below me trees unnumbered rise.
Beau ti fui in varions dyes :
The gloomy pi ne, the poplar btue, The yellow beech, the sable yew,
And beyond a long and level tawn.
On which a dark hill, steep and high, Holds and charms the waudering eye. »
Il y a une incontestable fermeté d'observation dans la description; mais nue dire des effets de couleurs? Ils ne sont pas plus complexes que chez Thotnson et ils sont moins justes. L'œil exercé de l'observateur a uoté une valeur un peu bleutée dans le vert du peuplier, un peu jaunâtre dans <^|ui du hêtre; et alors exagérant cette exacte notation, ne voyant plus la teinte dominante mais seulement l'élément de distinction qui s'y mêle, il aéclare bleu l'un de ces arbres et Tautre jaune. N'est-ce pas ainsi que se peuvent expliquer ces étrangelés de coloration qui, dans certaines peintures, déconcertent les profanes?
328 JÀMBS THOMSON.
produire aussi bien un barbouillage cru et déplaisant qu'une peinture d'harmonie éclatante comme le tableau qu'avait va Jules Breton?
L'écrivain peut-il mieux réussir à rendre l'effet d'une nuance spéciale, rare et subtile? Le vocabulaire de la langue s'y prête mal, mais une ressource y peut suppléer, c'est la comparaison avec un autre objet de nuance semblable et déjà connu. C'est le procédé dont se sont ser\^is ceux des poètes de notre siècle qui ont visé surtout à ces eflféts de couleur. Excellent s'ii reste discret, il ne tarde pas, entre les mains d'un virtuose trop habile, à devenir la raison même et la fin de la descriptioo. Notre attention se porte alors sur l'ingénieux rapprochement de l'auteur, plus que sur l'objet qu'il s'agissait de peindre. Plus la comparaison est habile, c'est-à-dire imprévue et cependant exacte, plus grande est notre admiration de Tartiste, mais plus faible aussi l'impression provoquée en nous par l'imagination de l'objet lui-même qui a fourni l'occasion de ces variations brillantes. Il nous semble que tel est bien le caractère de la plupart de ces pièces de Théophile Gautier, auxquelles conviendrait mal le nom de description, et où le poète-peintre a voulu fixer les teintes les plus délicates par une série de comparaisons accumulées *.