The snn to me is dark And silent as tbe moon
{Satnson AgonUtes^ y, 81, 88.)
la confusion des deux impressions ne nous choque pas. Mais quand Victor Hugo, un halluciné de la vision, voit un bruit ou un silence, l'impérieuse puissance du maître ne suffit pas toujours à nous faire accepter une assimilation impossible.
« Et c'était le clairon de l'abîme....
Je le considérais dans les vapeurs funèbres
Comme on verrait se taire un coq dans les ténèbres
« ....ce clairon qui se tait dans la nuit
Et qu'emplit le sommeil formidable du bruits »
Les notations de sons prédominent chez Thomson; et rien n'est plus naturel puisque, selon une observation qui s'est déjà plus d'une fois imposée à nous, ce sont les phénomènes de mouvement et de vie, plutôt que les apparences définitives et immuables qui le frappent et qu'il s'attache à reproduire. Dans r € Hiver i où nous avons relevé quarante- deux indications de lumière ou de couleur, les notations de sons s'élèvent au nombre de soixante-deux ^ Le poète, on le sent, n'est sourd à aucune de ces mille voix par lesquelles se manifeste la vie des choses. Il a l'oreille extrêmement sensible aux infinies modulations de ces bruits. H sait quelle est l'action sur notre âme de cette simple et puissante musique de la nature, et son poème nous en fait entendre l'éternel accompagnement.
Pour traduire les effets sonores qui s'imposent à l'attention la plus superficielle : la voix de la mer, le gémissement du vent, le grondement du torrent ou de la cascade, le vers de Thomson s'enfle ou s'apaise avec une merveilleuse souplesse, et de ces phénomènes si connus il nous donne une représentation égalenient exacte et poétique. Voyez, par exemple (autant qu'une traduction peut viser à rendre un effet dû comme ici à la sono-
ï. Ugende des Siècles, vol. IV, La Trompette du Jugement,
•^. Voici quelques points de comparaison : dans Les Pauvres Gens de Victor Hcoo, 43 notations de lumière et couleur (36 + 7) pour 20 notations de son. Dans Le Sati/re, 105 notations du premier ordre (78 -f- 27) contre 27 <la second.
Dans les 340 premiers vers de Jocelyn, 27 impressions visuelles, et 20 impressions auditives.
il faut, bien entendu, traiter ces documents avec la prudente réserve ^ui convient à la plupart des données statistiques. Le relevé fait dans d'au- |PC8 œuvres pourrait modifier considérablement la proportion. C'est une tendance générale que nous avons prétendu indiquer.
33â JAMES THOMSON.
rite même du texte), cette description d'un orage de tonnerre : a Partout règne une peur inquiète et une morne stupeur. Tout « à coup à Toeil ébloui la lueur rapide apparaît, loin au sud, « déchirant la nue; et, suivant plus lentement, d'une explo- « sion qui emplit l'air, le tonnerre élève sa voix terrible. C'est « d'abord à la limite de l'horizon que se £siit entendre If a grondement auguste de l'orage; mais, à mesure qu'il se « rapproche, et livre aux vents les roulements de son formi- « dable refrain, les éclairs tracent une plus large courbe de « feu, le fracas devient plus assourdissant, jusqu'à ce que sur « le ciel se déploie une vaste nappe de flamme livide, qui se « referme et s'ouvre plus immense, se referme de nouveau et « s'ouvre énorme, enveloppant tout le ciel de son flamboie- « ment. Et toujours suit le rugissement plus bruyant et main- « tenant déchaîné; il grandit, il devient plus profond, et les « éclats se mêlent en un horrible fracas qui secoue le ciel et « la terre *. »
Il est difficile de ne pas penser que Byron s'est rappelé cette page magniflque en décrivant au troisième chant de Childe- Harold • un orage dans les Alpes. Il ajoute à la scène des traits qui la placent en un point précis ; les montagnes dont il fait le fond de son tableau, et le lac du premier plan sont des éléments qui viennent accroître l'efifet; mais, en dépit d'une exagération qui n'échappe pas à l'emphase, Byron n'a point ici surpassé la puissance descriptive de l'auteur des « Saisons •.
Rappelons encore, parmi tous les exemples que l'on pourrait citer, la tempête en mer décrite dans 1' c Hiver i. Le poète y accumule les évocations de sons perçants ou graves, et la lecture de ses vers laisse à l'esprit l'impression d'un tumulte assourdissant et confus. Rien n'est oublié des bruits précurseurs, ni les cris des oiseaux, ni cette voix mystérieuse et solennelle qui vient des montagnes et que Virgile avait aussi entendue '. Puis vient le fracas des flots soulevés et précipités les uns sur les autres, ou fouettés jusqu'à se couvrir d'écume, et le hurlement