Ventis surgenlibus aut frela ponli
Incipiunt agilala tumescere, et aridus altis Montibus audiri fragor; aut resonanlia longe Littora misceri, et uemorum increbrescere niurmur. • (GéorgiqueSf liv. 1, 356-359.)
du vent, et tous les éléments de désordre qui concourent à former cette scène de chaos effrayant.
C'est un autre aspect du talent du poète qui nous apparaît quand nous constatons avec quelle fine exactitude il perçoit et il note un grand nombre de faits plus délicats. Il saisit et il nous rappelle des bruits peu éclatants, mais non pas peu expressifs, grâce auxquels nous entendons circuler Fair dans ses tableaux. C'est le gémissement des bois courbés par le vent; ou le bruissement des forêts sur les montagnes ; ou le murmure qui toujours émane des champs de blé, sauf pendant le calme absolu de certaines journées d'automne. Ce sont les chants ou les cris infiniment variés des oiseaux, tous notés avec une extrême précision. Un passage déjà cité du <c Printemps » nous fait entendre le chant du rossignol qui parait à Thomson, comme à Milton, également exquis et mélancolique, la note creuse du coucou., la voix aiguë et bruyante de l'alouette, les douces mélodies de la grive et de l'alouette des bois, le sifflement du merle, les notes gravement suaves du bouvreuil, les cris aigres et discordants de la corneille ou du geai, le triste murmure du ramier \ Ailleurs c'est l'appel bruyant du butor et les cris sauvages des pluviers ' ; ailleurs encore les clameurs des freux, le hululement du hibou, les cris aigres et perçants du cormoran et du héron '.
Le poète remarque aussi la valeur particulière que prennent des sons familiers dans des circonstances exceptionnelles. Il a noté les modifications apportées aux voix ordinaires des choses par la gelée de l'hiver : les cours d'eau font entendre un murmure plus rauque sous le froid qui les étreint, et les glaçons se froissent sur la surface du courant; la terre glacée retentit plus sonore sous les pas du marcheur. Enfin, et c'est encore UDe façon de signaler l'importance des sons dans la nature, rien ne le frappe plus que le silence succédant au bruit habituel, et plusieurs fois il a noté les effets imposants de ce calme inaccoutumé. C'est, au milieu des ardeurs du jour, la prairie muette dont le silence est encore souligné par le cri d'un grillon *; c'est le silence de la nature apeurée à l'approche de l'orage'; c'est, dans une claire nuit de printemps, le rossignol
*• Sping, 575-612. — 2. Mid., 20-25. — 3. Winter, 440-147, — 4. Stim- "»<*'•, 446, 447. — 5. /6td., 1116,
qui verse ses chants à la nature ravie et silencieuse ^ Ou bier. encore le poète note le contraste d'un mouvement apparent avec un silence qui le dément, et il tire un heureux effet de h peinture de cette cascade gelée et muette dont les eaux enchaînées semblent — et semblent seulement — rugir *.
Nous avons tenu à souligner cette importance dans les de^ criptions de Thomson des phénomènes auditifs. En même temps que nous y voyons une confirmation du caractère général que nous attribuons au poème, celui d'un tableau de la vie de la nature, elle est le témoignage d'une riche et délicate organisation d'artiste. Quel que soit le parti qu'il saura tirer plus tard de ses impressions, on peut dire que l'observateur sensible à de subtiles influences des sons naturels montre un plus rare pouvoir de perception que celui auquel les seosa^ tions visuelles s'imposent de préférence. L'influence des voix des choses s'exerce en nous de façon plus discrète et plus intime. Il faut un travail d'analyse plus délié pour les isoler dans l'afflux des perceptions qui nous enveloppent, ou au contraire pour leur rendre dans l'œuvre poétique la place qu'elles ont dans la nature. Il convenait donc de signaler ici un des traits principaux qui donnent au génie descriptif de Thomson sa valeur.
Ce n'est plus, pourrait-on dire, de description qu'il s'agit quand nous en venons au rôle des autres sens. Les émotions qu'ils nous fournissent ne sont pas d'ordre esthétique. Les satisfactions du palais n'ont rien de commun avec les joies du Beau ; nous dire quelle est l'odeur d'un objet ou quelle réaction il offre au toucher, ce n'est pas nous en donner une image artistique. Et cependant on ne saurait omettre l'étude de ces sens inférieurs, si Ton veut exactement connaître et le caractère d'une œuvre descriptive, et la richesse ou la délicatesse de l'instrument d'observation du poète.
a Dans Paul et Virginie d, dit Sainte-Beuve, a les odeurs se
i. Summe7\ 746.
2. Winter, 748, 749. « Tumultuous silence for ail sound -, dit en face d uDe scène analogue le poète essayiste américain Thoreau.
« mêlent à propos aux couleurs, signe de délicatesse et de sen- « sibilité qu'on ne trouve guère, ce me semble, chez un poète « moderne le plus prodigue d'éclat *. it Chez Thomson aussi les notations d'odeurs sont fréquentes, et comme chez Bernardin de Saint- Pierre, elles témoignent de cette sensibilité aux influences des choses que signale la critique. Mais elles ont dans le poème des « Saisons x» une importance plus grande. I) ne s'agit plus ici des senteurs inconnues d'une terre lointaine. Ce sont les parfums associés à des choses familières; ce sont des impressions maintes fois ressenties que le poète nous rappelle. Et si ces traits ne peuvent directement concourir à déterminer l'image des choses décrites, qui ne sait au moins combien est grande la part de ces sensations dans l'impression qui se dégage de certaines scènes? Nous nous trouvons ramenés ainsi à l'observation fondamentale de ces pages. C'est l'impression suggérée par les choses, et non pas leur image directe, que l'écrivain vise à reproduire; et, parce que les sensations de l'odorat peuvent jouer un rôle important dans cette impression, la notation de ces effets lui est d'un précieux concours. Le souvenir du parfum exquis ou pénétrant qui s'échappe d'un pré fraîchement fauché ou d'un champ de fèves en fleurs éveillera avec une puissance singulière le souvenir des objets; et dans notre esprit, vibrant sous le choc de cette vive sensation, l'image de l'objet apparaîtra, plus précise et plus forte qu'aucune description formelle n'aurait pu l'évoquer. Thomson avait la flne sensibilité qui s'ébranle à ces subtiles influences des odeurs; il avait aussi, grâce à son instinct d'artiste, ce sentiment que son œuvre en devait être imprégnée comme la nature elle-même. « Où trouver des mots... dont la puissance, « voisine de la vie, parfume mes vers de ces fines essences, de « ces souffles embaumés, qui, sans s'épuiser jamais, ne cessent « de se répandre autour de nous'? » Aussi les indications de ce genre abondent-elles dans les « Saisons ». Rien ne contribue plus à donner au poème son caractère de sincérité, à quelquesunes des scènes qu'il retrace leur physionomie de choses vues et aimées. Nous avions noté, dans un autre passage, que Thomson nous montre rarement un coin découpé du panorama réel de la nature. En revanche, dans ses scènes un peu
1. Portraits lUléraii^s, vol. Il, p. 129. — 2. Spring, 414-478.
générales et vagues, c'est bien une atmosphère réelle qui circule. Nous entendons les murmures d'un vent qui n'a rien de mythologique; nous en sentons la caresse ou le choc brutal: et il nous arrive, comme dans les campagnes de nos pays, chai>t de douces, de vivifiantes ou d'enivrantes senteurs. ÉvidemmeDt c'est un des traits de la nature rustique par où se communiqi.t Je plus directement à notre poète cette jouissance épicurienne que nous avons signalée déjà. Il goûte les plus simples de ce^ sensations ; et, sorti de la ville, il aspire avec délices, non pas seulement Todeiir des églantiers de la haie, mais aussi celle des vacheries '. Il mentionne au premier rang des caractères de la nature au printemps ces parfums prodigués dsms Tair entier *. Il note l'exquise odeur du muguet ', le parfum prodigue de la giroflée * ou la senteur pénétrante des jonquilles ', etc. Il s'enivre avec les moissonneurs de la capiteuse odeur des foins *; et, en dépit de ses plaintes sur Timpuissance du langage ', il rend avec force la sensation délicieuse que lui a fait éprouver une de ces simples senteurs des champs : t Proa menons-nous longtemps dans ce chemin où la brise qui vient « à nous passe sur ce champ de fèves en fleurs. L'Arabie ne a peut s'enorgueillir de parfums plus enivrants que celui qui, « apporté par chaque souffle de l'air, pénètre nos sens et ravit « notre âme •. »
Nous avons voulu reproduire ce passage pour montrer que si, dans la description de la nature que nous donnent les <( Saisons », les sensations de l'odorat ont un rôle important, oe n'est pas seulement par le nombre des passages qui les enregistrent, c'est autant, sinon plus, par l'intensité de l'impression subie et reproduite par le poète *.
1. Sprinff, 105, 106. — 2. /6trf., 97, 98. — 3. Ibid,, 446, 447. - ■4. IbicL, 533. — 5. ïbid., 547, 548. — 6. Summer, 339, 360-545. - 7. Spnng, 474-478.
8. Springj 497-500. Nous trouvons chez un contemporaia de Tbomson. qui aimait et qui connaissait lui aussi la campagne, un sourenir de celte même impression exquise :
« At the close of day VVhen the bean-flower and hay Breath'd odours in every \viod.
Love enliven'd Ihe veins Of the damsels and swaina. • (Gay, vol. 1, p. 267, The Coquette Mother and her daug hier, a Sonp.)
9. Le • Printemps • fournirait 14 et !'« Été • 16 indications d'odeurs. Si nous reprenons le terme de comparaison cité précédemment, nous trouvons
Il est également vrai que la langue de Thomson éveille plus d'une fois l'imagination de sensations tactiles. Non pas qu'il se propose jamais d'insister dans sa description sur ces effets de reliefs, de succession de plans solides qui sont le domaine de la sculpture. Son art est trop général pour rechercher cette précision matérielle, et cette solidité marmoréenne que certains poètes ont atteintes dans leurs images *. Mais cette vive sensibilité à laction des choses qui lui fait enregistrer si souvent des sensations de l'odorat, se révèle aussi dans nombre de termes auxquels s'associe une impression de tact. Les adjectifs smooih et surtout soft reparaissent très fréquemment dans les <ï Saisons -». Leur valeur est tantôt matérielle et tantôt morale. Dans ce dernier cas encore elle manifeste la tendance du poète à comparer volontiers diverses qualités des choses aux caractères d'une surface polie, moelleuse, agréable au toucher. Dans cette transposition de perceptions d'un sens à un autre qui alimente le vocabulaire de toutes les langues, les préférences d'un écrivain pour certains termes permettent de conclure à la vivacité de certaines impressions sur son âme. Thomson a une prédilection marquée pour le mot mellow. Il l'emploie à traduire des qualités très diverses, depuis la maturité des fruits ' ou le moelleux d'un vieux vin «, jusqu'à réclat tamisé d'un corps de femme vu dans l'eau S ou au chant délicieux et grave du bouvreuil '. Or c'est toujours une sensation tactile qui se retrouve au fond de toutes ces valeurs métaphoriques. On pourrait noter la même valeur d'association dans plusieurs des épithètes fréquemment employées par le poète. C'est un des secrets de la force et du pouvoir suggestif de ses adjectife. Entre cent exemples contentons-nous encore de citer « l'éclat intense et aigu d dont il voit briller les étoiles d'un ciel d'hiver •, ou cette a froide lueur » du ruisseau gelé qui réfléchit les rayons du matin '.
dans Le Salyre de V. Hugo 5 indicalioiis de cette nature contre 105 nientions de phénomènes visuels et 21 évocations de sons. Dans les 340 premiers vers de Jocelyn, une seule indication d'odeur. Mais encore une fois il faut se garder d'exagérer Pimportance de pareils relevés. D'autres morceaux ou d'autres passages pourraient donner des proportions variables.
1. Aucun peut-être plus que Keals. Voir Ode io a Grecian (7rn, ou ces figures d'une noble et divine statuaire du début d^Hypenon.
2. Summer, 302. — 3. Auiumn, 705. — 4. Summer, 1324. — 5. Spring W4. - 6. Winter, 740. - 1. Ibid., 753.
Enfin la plus superficielle lecture du poème fera remarquer le grand nombre de passages qui notent une impression d€ plaisir tout physique et sensuel. Les mots coolj gdid^ fr&h, humid reviennent sans cesse, parce que Técrivain ne se lasse pas de mentionner les jouissances dues à la fraîcheur des bois et des eaux. Il n'y a pas dans V « Été a moins de dix-huit traits qui rappellent ces sensations.
Les sensations du goût ne sauraient être absentes de l'œuvre de notre épicurien. S*il passe en revue les fruits, il n'en note pas seulement les couleurs, mais l'indication de leur goût trouve place dans ses vers. Il n'oublie ni la saveur intense des fruits des tropiques *, ni la vertu piquante du citron *, ni la chair rafraîchissante du tamarin '. A plus forte raison s'arrêtel-il aux qualités des fruits de nos climats. Il énumère dans le verger d'automne : la poire juteuse *, et les pommes. « Dans « leur froide pulpe réside une essence diverse, fraîche, exquise, « acide, qui prépare pour la langue altérée le cidre piquant*.... > 11 ne mentionne de la pèche ou de la prune que leur aspect et leur couleur; mais il rappelle le goût succulent de la figue®. La saveur des raisins ne l'arrête pas; il n'y a là qu'un vin inachevé; mais quand le travail des hommes est venu compléter l'œuvre de la terre et du soleil, avec quelle savante précision il distingue le « bordeaux moelleux », « le bourgogne au riche et mûr bouquet )> et « le Champagne vif et gai »'! Rien n'égale cependant l'enthousiasme qui l'inspire au souvenir du goût délicieux de certain fruit exotique; il n'est plus alors d'hyperbole qui semble excessive à son lyrisme : « Ananas « délicieux, orgueil du monde végétal, toi qui dépasses tout ce (( que les poètes ont imaginé dans leurs rêves d'un âge d'or; vite, « laisse-moi te dépouiller de ta robe épaisse, mettre à nu tes « trésors d'ambroisie et prendre place au banquet de Jupiter * ! »
C'est aussi le souvenir d'un banquet qui nous vient à l'esprit après cette étude où nous avons vu combien Thomson a subi fortement ou délicatement toutes les influences des choses naturelles et les a toutes reproduites. A lui, comme au pro-
1. Summer, 658. — 2. Ibid,, 664. — 3. Ibid.^ 667, 668. — 4. Aulwnn, 631. — 5. Ibid., 6'H-643. — 6. Ibid., 676-6:9. — 7. /Atrf., 703-706. — 8. Swnmei'f 685.
digue Timon dans la pièce de Shakespeare, peuvent s'adresser ces mots : « Les cinq sens voient en toi leur patron,... l'oreille, * 1 e goût, le toucher et Todorat se lèvent de ta table charmés » * .
Thomson, nous le savons, s'attache surtout à décrire les scènes les plus simples, les aspects les plus connus de la Dature. C'est une des raisons sans doute qui lui ont assuré une popularité si prompte, si grande et si universelle. Quand la littérature et la société étaient peu familières avec le monde des choses, le poème des « Saisons d fut accessible aux lecteurs sans exiger d'eux une initiation préalable. Il n'en est pas besoin pour goûter le plaisir que peuvent donner les descriptions fidèles et ingénieuses d'un orage, d'un champ de blé ou d'une prairie, d'une averse de pluie ou de neige, d'un ciel brillant ou nuageux, ou d'un torrent — schématique.
C'est peut-être pour la même raison qu'à cette popularité succède aujourd'hui un respect qui est un peu fait d'oubli et d'ignorance. On admet que Thomson excelle à rendre ces phénomènes d'une quotidienne banalité dont est tissée la vie de la nature, et l'on croit volontiers qu'il n'y a pas autre chose dans son poème. Or la poésie moderne vit d'autres recherches et d'autres ejffets. Ce sont les apparences exceptionnelles, les notations subtiles, les petits faits jusqu'alors inaperçus qui témoignent de la puissance d'observation de l'artiste. — Est-il bien certain qu'il y ait là' vraiment une conquête de la poésie de notre siècle? On nous permettra d'en douter, et de revendiquer pour Thomson ce mérite aujourd'hui si prisé. Aussi bien, quand nous avons signalé l'exquise et riche sensibilité de ses organes, n'avonsnous pas fait pressentir, et du reste prouvé par quelques-uns des exemples cités, que son œuvre enregistre en grand nombre ces détails ou rares, ou fugitifs, ou d'une délicatesse ténue qui
*• « Hail to Ihee, worthy Timon
The five best sensés
Acknowledge thee their patron ; and corne freely To gratulate Uiy plenteous bosom : th*ear, Taste, touch and smeU, pleased from Ihy lable rise. • (Timon of Athens, acl. I, se. ii, 128-132.)
échapperait à une attention superflcielle et qui dénote à la fois Tobservateur, l'artiste et le familier de la nature?
C'est un côté du talent de notre poète qui n'a guère été mis en lumière. La raison de cette injustice est très apparente. Ce^ traits délicats sont notés par Thomson avec une sincérité, or. pourrait dire avec une naïveté absolues. Nos modernes littérateurs soignent et sertissent avec un soin jaloux tout effet inédit qu'ils ont eu la bonne fortune de découvrir. Il n'y a au contraire chez Thomson aucune préoccupation de souligner et de mettre en valeur ces éléments de pittoresque. Ils disparaissent presque, emportés au courant de son ample période et de se? larges descriptions. Mentionnés seulement comme appoint en vue d'effets plus vastes, ils sont souvent cachés sous le vêtement somptueux et un peu raide de son style. Et cependant on se ferait une idée incomplète et inexacte de son génie si Ton négligeait ces indications rapides. Dans toutes les parties de l'œuvre elles viennent nous montrer le don d'observation minutieuse et serrée, l'aptitude à noter certains traits pittoresques parmi les mille éléments qui concourent à l'effet d'ensemble.
Nous avons cité déjà les vers cliarmants où le poète décrit une promenade à la campagne par une matinée de printemps. Il y a là un détail singulièrement précis, et bien fait pour mettre dans les vers quelque chose de la fraîcheur délicieuse de l'heure. C'est celui qui nous montre le promeneur courbant les buissons de la haie qui, en se redressant, font jaillir les gouttes tremblantes de la rosée *. — Il note un peu plus loin le calme parfait de l'air : «t On n'entend pas un souffle frémir « parmi les bois, ou faire tourner avec leur bruissement coutuc mier, les feuilles aux mille scintillements du tremble élevé * ». — Jamais poète n'a rendu avec plus de sobriété, ni d'éclat, ni plus de fine justesse la magique transformation de la terre quand, après une longue pluie, un rayon perce les nuages : « Le rayon rapide frappe la montagne qui s'illumine, il glisse <K sous la forêt, il tremble sur les eaux, et, dans une brume « jaune qui fume au loin sur la plaine immense, il met une « flamme sur toutes ces pierreries delà rosée dont les myriades « étincellent • d. — « Sur la terre saturée la nuit calme jette une
1. Spnnff, 103-105. — 2. Ibid., 155, 156. — 3. Ibid,, 191-195.
« ombre adoucie * . » — Nous avons parlé déjà de ce ruisseau de
printemps, où « après que le premier et trouble torrent grossi
<c par les pluies printanières s*est écoulé, l'écume blanche
« descend sur l'eau brune que colorent çà et là les mousses
« do fond * ». — La scène de la pêche fournirait plus d'un trait
sobre et délicatement noté, comme celui de la surface de
Tonde où une ride vient trahir la crainte du poisson qui s'est
contenté de toucher l'appât '. — Le poète a vu encore dans le
vaste panorama que le regard embrasse de la colline de Rich-
inondy le fleuve dont la surface apparaît au loin moirée *. —
Et, pour emprunter un dernier trait à cette première partie du
poème, rappelons cette description des manœuvres de l'oiseau
auprès de la femelle : a ... frappé, il se retire confus, puis il se
« rapproche encore ; tourne amoureusement et déploie ses ailes
« tachetées; pas une de ses plumes qui ne frémisse de désir* d.
L* « Été » nous fournira également presque à chaque page
quelqu'une de ces notes vives et pittoresques. Le poète en quête
d'un frais abri remarque la coloration plus foncée de l'herbe
près du ruisseau •. — A la naissance du jour, il aperçoit « les
4c cours d'eau fumants qui brillent bleus à travers le crépus-
« cule ». — Il voit la mer « jusqu'à l'extrême limite de l'horizon
1. Spring, 216, 217. — 2. Ibid,, 378-38-2. — 3. Ibid., 426, 427. — 4. Ibid., 521, 522.
5. Spring, 626-629. — H y a là un efTet que plus d'une fois Ronsard s*est altachc à rendre :
- Voyez, de çà de là, d'une frétillante aile, Voleter par les bois les amoureux oiseaux. »
{Amours de Marie, VI.)
• Tout ainsi les colombelles Trémoussant un peu des ailes Havement se vont baisant. •
{Ode VL)
• L'alouetle
Trémoussant d'une aile menue. »
{Gaietés, 1.)
Notre vieux poète n'approche pas cependant de l'exacte, vive et presque musicale description de Thomson :
« In fond rotation spread the spotted wing, - And shiver every feather \vith désire. »
Le premier vers pourrait être d'ailleurs un souvenir de cet hexamètre du P. Vanière ;
« S«epe solum verrens penna pendente rotatur. »