‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 149 sur 304 · a  tree'8 mère firewood, unless humanised · texte numérisé non relu

a  tree'8 mère firewood, unless humanised

Which well the Greeks knew when tliey stirred ils bark With close-pressed bosoms of subsiding nymphs, And made the forest-rivers garrulous With babble of gods. »

(Elizabetb B. Browitino, Aurora Leighy S^^* Bk.)

Ces Yers ne rappellent- ils pas ceux d'an poète plus proche du paganisme qu'Éiizabeih Browning?

« Escoute, Bûcheron, arreste un peu le bras : Ce ne sont pas des bois que tu jettes à-bas; Ne Yois-tu pas le sang lequel dégoûte à force Des Nymphes qui vivaient dessous la dure escorce? » (Ronsard, Contre les Bûcherons de la Forest de Gastine.)

2. Mr. Shairp parait avoir noté cette analogie sous les différences. Il avait présentes à Tesprit les deux grandes civilisations aryennes, celle de rinde et celle de la Grèce, en écrivant : « When the Aryan family had reached their mytfaologising era, and, owing to the weakness of their abstracting powers and the strength of untutored imagination, were weaving the appearances of earth and sky into their hiérarchies of gods. Nature and Imagination were face to face, and w^ere ail in ail. » (On the Poetic Interprétation of Nature, p. 24.)

pomorphisme grec a vécu. La poésie moderne n'y revient parfois que par un dilettantisme érudil. Il n'était pas la meilleure part du patrimoine artistique du noble peuple. Il sacrifiait la nature à Thomme. En dépit de ses mythes charmants, en dépit de ses contes radieux, de cet Olympe dont le culte échappe à la loi de l'abandon final, il a fermé les yeux à toute une moitié des choses et ne nous a laissé du monde qu'une conception mesquine et faussée '. L'effort de l'esprit indien a trouvé au contraire un renouveau dans notre moderne poésie, Shelley, comme on l'a remarqué, est un Indou d'Occident ', Avec une autre puissance artistique sans doute que celle des vieux poètes d'Asie, il nous montre la résurrection d'un état d'âme primitif des Orientaux. Il a, lui aussi, identifié son être avec les existences matérielles qui nous entourent. Il a voulu vivre de la vie des choses, connaître et traduire les élémentaires sensations des forces naturelles; se faire tour à tour oiseau, fleur ou nuage. Le résultat — qui le nierait? — a été l'une des plus merveilleuses œuvres poétiques qu'aucune littérature ait produites. Mais quand on prétend faire de cette conception le terme d'une évolution, l'aboutissement, Tépanouissement suprême de la poésie descriptive, il nous semble

1. « Le monde fut pour Homère la scène tantôt agitée, tantôt paisible, de l'humanité. C'est à Thomme que le poète s'intéresse dans Tiuimense univers. Ce n'est pas la Nature en elle-même qu*il dépeint, mais la Nature agissant sur l'homme et l'homme sur la Nature. • (GKsnART, lac. ciL, p. 56, 51.)

Using Nature as a background or settiog to human action and

émotion.... is fréquent in the Uiad and especially in the Odyssej. • (Sh\irp, On the Poelic Interpt^tation of Nature^ II.)

Mr. Rus k in indique avec précision les limites assez étroites entre lesquelles se donne carrière dans les poèmes homériques l'obserTation du monde {Modem Painters, vol. III, chap. xin); et Schiller va jusqu'à nier que le vieil aède ait eu plus de sentiment pour la nature que pour le vêtement ou le bouclier qu'il décrivait avec un égal plaisir. (Cité par Sh.%ibp loc. cit., chap. X, p. 146.)

Écoutons enfin sur ce sujet l'opinion de M. de Laprade : « La Grèce et l'anthropomorphisme ont détruit le sentiment de la Nature.... Le fleuve et l'arbre, pour être déifiés sous forme humaine, ont dû être privés de leur caractère d'arbre et de fleuve. Quand leur nom mythologique sera effacé, quand leur effigie humaine sera brisée, ils resteront quelque chose sans vie et sans nom qui n'aura plus de signification poétique pour les peuples. • {Le Sentiment de la Nature avant le Christianisme, p. 370-372.)

2. On peut citer, parmi les critiques français qui ont relevé cette analogie, M. G. Sarrazin, la Renaissance de la Poésie anglaise^ p. 45; et surtout M. A. Chevrillon, Dans Vînde, p. 171, 172.

qu'on méconnaît le passé. Le mysticisme naturaliste deShelley nous ramène au plus ancien mode de représentation du monde.

Cette conception extrême est exceptionnelle. En voici une

au contraire qui est fréquente. Le poète sait qu'il y a en dehors

de rhomme une réalité indépendante de lui et d'essence très

différente. Mais il croit à un lieu de subordination entre ces

êtres inférieurs et l'âme humaine. Il se refuse à admettre que

la nature puisse ignorer le drame auquel elle fournit un cadre

et un fond de scène. Il veut trouver une vie et une sympathie

dans la matière. Et, non pas sans doute à titre permanent

comme dans le polythéisme mythologique des Grecs, mais

accidentellement et pour faire écho à ses passions et à ses

émotions, il voit dans l'univers des souffrances ou des joies,

des ravissements ou des plaisirs semblables aux siens. Ce sera

la façon d'être, en face de la nature, des écoles et des époques

où la personnalité de l'homme prend un développement

excessif. Ce sera un des traits caractéristiques de ce qu'il nous

faut appeler, faute de terme plus précis, la poésie romantique *.

Mais, à des degrés divers, cette tendance à colorer les choses

des reflets qu'y jettent nos sentiments se trouve toujours

accompagner l'expression d'émotions vives et profondes *.

{.Telle esl bien l'attitude de Chateaubriand en face de la nature. Jamais il ne s'oublie devant elle. Quand il l'observe et la décrit c'est pour noter les rapports de cette grande chose avec celte autre grandeur : l'âme de Chateaubriand; de même que « s'il médite sur la destinée des empires disparus c'est pour découvrir le rapport surprenant de la ruine des plus grandes choses et de l'inévitable anéantissement de sa personne ». (A. Sorbl, Mme de Staëi^ p. 122, 123.)

C'est aussi la même émotion égoïste et théâtrale que manifesteront ses disciples : Byron, Lamartine, de Vigny, etc. Pour trouver des exemples de cette déformation dramatique de l'univers, il suffirait d'ouvrir au hasard leurs œuvres. Le noble et pur poète dont nous avons plus haut reproduit quelques vers nous fournira une unique citation :

« I ...... watched the sun

On lurid morns or monstrous aflernoons

(Like some Druidic idol's fiery brass

Wtth fixed unflickering outline of dead beat,

Prom \^'hich the blood of wretches pent inside

Seems oozing to incarnadine the air)

Push out through fog with his dilated disk,

And startlé the slant roofs and chimney pots

With splashes ot fierce colour. •

(Eliz. B. Browniho, Aurora Leigh, Bk. 111.)

2. Bacon a été si frappé de celte perversion de la réalité qu'il y voit le

dignant que la Nature demeure sereine en*face des éphémère> et douloureuses destinées humaines.

D'autres esprits s'élèvent au-dessus de cette conceptioi égoïste et, à la bien considérer, mesquine et frivole. Ils ne veulent pas voir dans Tunivers immense un simple miroir où st contemple l'humaine vanité K Ils ne s'indignent pas non plu^ que les choses, poursuivant leur impassible destinée, resten étrangères et insensibles à nos passions. Ils reconnaissent et affirment la distinction absolue des deux mondes; et à Tespril de rhomme, ils opposent l'esprit qui soutient et régit le rnoode matériel. Deux conceptions peuvent satisfaire ce besoin d'établir un intervalle bien tranché entre l'univers et l'homme. L'une est inspirée par un spiritualisme profond, l'autre par un amour intense de la nature.

La première est celle qui observe avant tout dans la nature Tœuvre d'un Dieu personnel, dont la volonté toute-puissante a créé les choses, dont la Providence les conserve et les gouverne. L'univers vaut alors à nos yeux comme témoignage de la grandeur de son auteur. C'est la théorie qui ressort de toute la poésie de la Bible. Le monde y est « comme une salle extérieure « où se laisse parfois apercevoir le souverain mystérieux qui « habite au delà * r>. Cette vue des choses ne laisse aucun rôle à

« Bois », « Antres «et « Ondes •. {Odes, XXIH : • Quand je suis vin.irl ou trente mois », etc.)

Victor Hugo d'ailleurs a parfois, en Xnce du mystère et des tristesses de la nature, une attitude plus virile et plus fièrc que celle d'Olympio :

u Le ciel est trouble, obscur, mystérieux; qu'importe? Rien de juste ne frappe en vain à cette porte. La plainte est un vain cri, le mal est un mot creux. J'ai rempli mon devoir, c'est bon, je souffre heureux. »

(U Année ternble.)

1. "I now aftirm of Nature and of Truth, Whom 1 iiave served, thaï Iheir Divinily Revolls, ofTended at Ihe ways of men.

Philosopliers, who though the human »oul He of a Ihousand faculties composed,

And Iwice teu thousand interests, do yet prize This soûl, and the transcendent uni verse No mord than as a mirror thaï reflects To proud Self-love her own intelligence. »

Ce sont ces vers de Wordsworlh que Ruskin a choisis pour épigraphe de son lieau livre Modem Painters,

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