Summer
3. 11 est vrai qu'il avait lui-même débuté dans les lettres par une traduction des Lettres persanes. Mais nous savons combien plus tard il était devenu moral pour lui-même et pour les autres. (Voir plus haut, p. «56.;
étrangère à la transformation qu*a subie l'épisode entre Tédition de 1738 et celle de 1744. — Damon et Musidora inspirent le motif principal au graveur qui illustre T « Été » dans l'édition de 1738 *. C'est le nom de l'héroïne qui fournit le titre du premier poème consacré à la gloire de Thomson '. Enfin, et ce n'est pas le moindre des hommages rendus au poète, Gainsborough y trouve le sujet d'un de ses tableaux ^.
En France, Saint-Lambert reprend l'épisode, l'amplifie et le délaie en deux cent cinquante vers. Nous n'avons plus seulement un amant, mais deux. Damon est un jeune seigneur libertin,
« Comblé dans les cités des faveurs de l'amour ».
Lucas est un vrai berger,
« Des troupeaux de Damon, le jeune et beau pasteur ».
Nous voyons figurer dans le récit non seulement Lise, la Musidora du poème anglais, mais aussi son père, sa mère, le « ministre sacré ^ de la paroisse et la foule des villageois. L'épisode du bain est traité d'une touche brutale. II ne s'agit plus d'un accident fortuit, mais d'une surprise préméditée. Damon, qui du reste connaît l'amour de la baigneuse pour c le jeune et beau pasteur », assiste au bain et, quand la jeune fille se prépare à reprendre ses vêtements,
« Damon vole, il s'élance et Lise est dans ses bras ».
Hâtons-nous de dire qu'il arrête là sa galante entreprise. Les supplications et les larmes de sa victime le touchent,
e Quoiqu'infcctc des mœurs d'un monde corrompu ».
i. Par une inadvertance ou une inQdélilé assez singulières, Tartisle, W. Kent, fait figurer quatre nymphes. Et c*est la même gravure agnmdie que reproduit rédilion iQ-4 de 1762, alors que le lexle ne fait plus mention qnc d*une baigneuse.
2. • Musidorus: A Poem sacred to the Meruory of Mr. James Thomson. » 1749. L'auteur, nous Tavons dit autre part, est Shiels.
IJn aulre admirateur a eu la fantaisie de représenter — en de bien mauvais vers — Thomson lui-même, la pomme à la main, invité à choisir entre les quatre Saisons. Le tableau des coquetteries de Spring est particulièrement vif. (Voir The Monlhltj Review, vol. 28, p. 398.) Voir plus haut, p. 118.
3. « Musidora batbing lier feet. »» (Vernon Ck>llection.) National Gullery, 308.
Il répare généreusement sa faute, donne une ferme à Luca^, marie les deux amants « dans deux jours », et fait les frais du repas de noces où il traite tout le village. Tout le monde es: ému, tout le monde est heureux, toutes les vertus trouveu' leur récompense,
t El Damon tour à tour recevait dans ses bras Polémon et sa fille, et la mère et Lucas ».
Delille a tiré de Tépisode un tout autre parti. 11 rintrodciic au chant III de son poème des a Trois Règnes », — à Toccasion des propriétés et des usages de Teau ! U invoque le souvenir du poète anglais,
e et, rival des Thomsons,
Osons par un récit égayer mes leçons ».
Puis, sans dire autrement jusqu'à quel point il est redevable à son prédécesseur, il traduit entièrement et fidèlement répisode. Son travail est du reste un modèle de traduction facile, harmonieuse, exacte et complète. Sans presque dépasser le nombre de vers de l'original, l'habile versificateur reproduit en distiques élégants tous les détails du récit. A peine omel-il parfois un trait, comme celui de ce vers anacréontique auquel le galant abbé n'a pas dû renoncer sans un regret, et qui nous montre Musidora « conduite au bain par les amours rieurs * >• On sent que la traduction a été pour son auteur « a labour of love ». Avec quel plaisir il a cherché et trouvé l'équivalent français de si ingénieuses périphrases et de si voluptueuses peintures :
t déjà sa belle main
Sur ses jambes d'albâtre a replié la soie ■. »
Peut-on dire plus noblement qu'une demoiselle ôte ses bas?- La description un peu vive des trésors révélés à l'indiscret berger et complaisamment détaillés au lecteur n'est pas pour
\. - For lo! conducted by the laughlng loves. »
{Summer, 1288.)