Par exemple
- Like the gay birds that sung them to repose, Content and careless of to-morrow's fare. Her form was fresher Ihan the morning rose When the dew wets its leaves, unstained and pure As is the lilv or the mountain snow. »
{Atitumn, 190-194.)
i- « The modest virtues mingled in her eyes,
SUII on the ground dejected, darling ail Their humid beams into the blooming flowers. »
38â JAMES THOMSON.
c Comme dans uq vallon, au sein de TApennin,
A Tabri d'un cercle de montagnes,
Un myrte croit, loin de tout regard humain.
Et répand dans cette solitude ses parfums délicieux.
Ainsi s'épanouissait, fleur que nul ne voyait,
La douce Lavinia '. >
Ce joli passage est une des plus heureuses additions faitepar Pope au texte de son ami, et Thomson accepte les sli vers sans y rien modifier. Le début de Tidylle en est la partit la plus heureuse. Thomson y montre qu'à ses qualités d'énerg.»^ et de touche vigoureuse il sait aussi joindre la délicate^e e. la grâce. Pope y manifeste une fois de plus la merveilleuse aisance avec laquelle il sait se mettre à Tunisson d'un talent original et d'une inspiration très éloignée de la sienne. Quant aux vers où se développe le récit proprement dit, ils offrent peu d'intérêt. On y trouve plus d'un trait de goût contestable, comme cette fm du discours par lequel Palémon offre à la jolie glaneuse ses biens, son cœur et sa main.
« Les champs, le maitre, tout, belle jeune fille, est à loi.
Si aux bienfaits nombreux que ta maison
M'a prodigués tu veux ajouter ce bien,
Le plus précieux de tous, le pouvoir de te combler de bienfaits ^. »
1. « As in the hollow breast of Apennine Beneath the shelter of encircliDg hills, A myrtle rises far from human eye,
And breathes ils balmy fragrance o'er the wild. Se flourished blooming and unseen by ail The sweet Lavinia. >
On a remarqué que la botanique de Pope laisse h désirer. Virgile avaii plus exactement noté l'habitat du myrte : « amantes littora myrtos ■.
2. Aulumnj 290-293. Le trait, tel qu'il est, appartient à Pope. L'idée eo était en germe dans le texte de Thomson (édit. de 1738), mais mal et lourdement développée :
« With harvest shining ail thèse Fields are Ihine; And if m y wishes may présume so far, Their master too, who then indeed were bleat To make the daughter of Acaalo so. »
Nulle surprise que la correction de Pope ait été adoptée avec empressement. Quelques vers plus haut, Pope avait voulu supprimer un effet d'antithèse un peu analogue, mais celte fois Thomson regimbe et conserve son vers et sa pointe :
• And is \vben unadorned adorned the most. •
L'invraisemblance de la fable est naïve. La pauvre glaneuse dont la vue inspire dès l'abord à Palémon un violent amour, lui paraît ressembler au vieil A'casto, son bienfaiteur, dont il recherche depuis longtemps la fille, et il se trouve que Lavinia est cette fille mênîè. Les sentiments sont d'une psychologie toute sommaire.
« Il la vit charmante, mais il ne vit pas la moitié Des charmes que sa vue modestement baissée tenait caches ; A ce moment même Tamour et un chaste désir Naquirent dans son sein *. »
Cet amour, de naissance si subite, s'exprime en exclamations, en interrogations et en interjections continues : « Quel dommage qu'une beauté si délicate.... soit destinée aux rudes embrassements de quelque rustre grossier • ! — 0 vœu romanesque, je voudrais qu'elle fût sa fille ' I — Es-tu donc la fille laissée par Acasto *? — 0 toi, plus douce que le printemps * ! — Il te sied mal, oh I il sied mal à la fille d'Acasto ® », etc.
Saint-Lambert n'a pas conservé l'épisode ' ; peut-être l'origine biblique lui en déplaisait elle. Mais le récit est resté longtemps populaire en Angleterre. Goldsmith le faisait figurer parmi ses extraits choisis des beautés de la Littérature anglaise • ; et un poète provincial y prenait la matière d'un long poème en deux chants •. Nous ne recommandons à per-
1. Autumn, 229-232. — 2. Ibid., 237-241. — 3. Ibid., 25!. —4. Ifnd., 265. - 5. Ibid,, 210. — 6. Ibid., 282.
7. Il lui en faut un cependant pour TÂutomne. 11 reprend le premier épisode de Summer, le dépouille de tout ce qui en faisait la raison d^être, et le réduit à la plus insigniûante anecdote. Cinquante vers nous apprennent que la naïve Rosette et le jeune Lubin s'aiment, qu'un orage les elTraie, qu'ils veulent rentrer chez eux, rencontrent sur leur chemin un tombeau, et en profitent pour jurer de s'aimer toujours.
8. « Sélection of the Beauties of Engh'sh Literature. » L'hommage ainsi rendu & l'auteur des Saisons est d'ailleurs fort diminue par celte remarque dont Goldemith fait précéder le morceau : « Mr. Thomson, though in gênerai a verbose and affected poet, bas told this story \vith unusual simplicity. It is rather given hère for being much esteemed by the public, ihan by the editor. - (Murray's Goldsmith, vol. III, p. 438.)
9. * Palemon and Lavinia, A Legendary Taie. In iwo Parts. Enlarged from a story in Thomson'» Seasons, by David Mouktfort, Prompler of the Theatre-Royal. Edinburgh. . 1783.
L'ouvrage est devenu très rare. L'exemplaire du Briiish Muséum est incomplet. Le poème est écrit en strophes de quatre pentamètres à rimes alternées. La première partie contient LVIIl strophes, la seconde doit avoir
sonne la lecture de Tœuvre de Mountford. Nous reconnaisscrmême que sous la forme beaucoup plus brève où il pan. dans les t Saisons », le récit n'est pas un chef-d'ceuvnr Thomson, avec la collaboration de Pope, ne nous a pas donar une version nouvelle à comparer au simple et pénétrant mr de la Bible. Son imitation est bien pâle à côté de la sobr esquisse où Hugo a fixé le charme grave de l'idylle juive '.
Au total, on le voit, ces passages ne sont pas de ceuxqu ajoutent beaucoup à la gloire du poète. Ils viennent moins dr lui-même et de l'inspiration de son vrai génie, que de soi temps et des influences qui l'entourent. Il n'a ni le talent d: narration alerte et souple, ni le don dramatique qui aurait pu insuffler la vie aux personnages de ces petites scènes. Et cependant, même dans ces hors-d'œuvre, se retrouvent enojn quelques traces de la personnalité vigoureuse du maître Dans l'ampleur et la sonorité du vers d'abord. Et puis, pour ce qui regarde le plus important de ces épisodes, dans une manière à tout prendre plus large, plus robuste et plus saine. qui tranche au milieu des œuvres de ce temps. Le tableau de genre du bain de Musidora — le souvenir le plus saillant que laisse la lecture de ces passages narratifs — peut avec avan- ' tage être comparé aux scènes analogues où se complaisent la littérature et l'art du xviii" siècle. Pour la morale comme pour l'art, la sensualité un peu grossière des peintures de Thomson vaut mieux que les mièvres élégances de Prier, de Parny ou de Dorât, ou que la licence à froid de Swift, de Montesquieu ou de Voltaire. Il y a dans son fait une teinte de réalisme peu délicat, mais il n'y a pas de libertinage. Et c'est peut-être un mérite que d'avoir rappelé, à l'époque où florissait Boucher, les droits et la beauté du naturel, fùt-il même un peu cru.
à peu près la même étendue, à en juger par le développemenl atteint par le récit à la strophe L, la dernière qui figure dans l'exemplaire de la graDJe Bibliothèque de Londres.
1. La Légende des Siècles. Booz endonni. — A. Chénier semble avoir c" la pensée de traiter le même thème, témoin ce viii" fragment d'idylle qu'il imite • des vers de Thomson en faveur des pauvres glaneuses •.
Patriotisme et Politique.
Il y a dans les « Saisons » bien d'autres développements parasites que les Épisodes. Ceux-ci étaient, au moins par quelque lien fragile, rattachés au poème descriptif. Nombre d'autres morceaux * ont pour seule raison d'être le désir du poète d'entretenir ses lecteurs des sujets qui occupaient alors les esprits, ou de faire une place — au second plan et derrière la Nature — à un nouveau personnage, James Thomson lui-môme. Nous passerons rapidement en revue les passages où nous sont ainsi révélés les pensées de son esprit et les émotions de son cœur, les jugements de son goût aussi bien que les témoignages de sa science ou les traits de son esprit.
Le patriotisme est une des sources d'inspiration qui viennent le plus souvent alimenter ces effusions du poète. Il avait apporté d'Ecosse une foi nationale sincère, et il y mêlait, nous le savons, quelque secret espoir que la politique le conduirait, comme plus d'un écrivain avant lui, à la richesse et aux honneurs. Aussi sommes-nous tentés de lui savoir gré de ce qu'il n'ait pas plus souvent encore abandonné le sujet propre de son poème pour adresser à qui de droit les tirades de son patriotisme quelquefois éloquent et souvent déclamatoire.
L'occasion en est d'ordinaire l'éloge de quelqu'un de ces hommes d'État du parti whig auxquels il était attaché par ses convictions non moins que par ses ambitions ou sa reconnaissance. Nous voyons apparaître successivement au milieu des tableaux de la nature (comme, dans les parcs alors célèbres, chaque -tournant de chemin était orné d'une colonne, d'une urne ou d'un terme), les portraits de ces hommes publics, de renommée fort inégale, auxquels le poète assigne
i. Quelques chiffres préciseront rimporlance relative de ces deux élénienls fournis par le poème. Dans THiver, qui ne renferme pas d'épisodes, sur 1066 vers, 375, soit plus d'un tiers, sont consacrés à ces développements accessoires. Le nombre en serait dans le « Printemps • de 500 vers, sur 1115, soit près d'une moitié; dans V a Été - de 673, sur 1805; et dans l' - Automne • de 648, sur 1373.
d'uniformes et sublimes vertus : Dodington *, Onslow , Argyle ', Forbes*, Lyttelton*, Pitt*, Cobham ^, Wilmington ' ou Chesterfield •. — Nous n'avons guère de renseignement utiles à recueillir de ces extraits. Ce n'est pas dans les louanges extravagantes adressées à des Dodington ou à des Wilmington que rhistoire cherchera des documents sur les hommes d'État du XVIII* siècle. Mais ce qui peut frapper dans ces panégyriques. c'est l'insistance avec laquelle l'auteur célèbre chez ses h(^ros leur amour de la liberté, leur dévouement à la patrie, et aussi (car la plupart appartiennent à l'opposition) aux doctrines du parti whig. Le terme pairiol revient sans cesse dans l'énuiDération des vertus de ces politiques. Le mot n'a pas alors la même valeur qu'aujourd'hui. Les t patriots » ce sont les partisans des droits de la nation, en contraste avec les serviteurs trop zélés du roi *•.
Mais le patriotisme, avec le sens que nous attachons à ce mot, est également présent dans ces effusions de Thomson. Le poète ressent et exprime fortement l'orgueil national de ses concitoyens et de ses contemporains. Il a le patriotisme locaJ de l'Écossais. Il énonce avec fierté les beautés de son pays de lacs, de forêts et de montagnes; il en résume l'histoire avec enthousiasme **. Mais il a surtout le patriotisme britannique. A maintes reprises il exprime l'orgueil que lui inspire la grandeur de sa patrie, et qui ne va pas sans une bonne part de dédain au de haine pour les rivaux de l'Angleterre ". 11 demande qu'un homme d'État se lève, digne de présider aux détestinées de la patrie et qui ne souffre plus cette humiliation de laisser les bateaux hollandais pêcher dans les baies et les estuaires anglais ^M Ce sont parfois des occasions inattendues qui font jaillir ces hymnes à la gloire de la Liberté ou de la constîtu-
I. Sumnier, 2l-3i — 2. Atitumn, 9-22. — 3. Ibid., 929-943. — 4. /fcirf., 944- 949. — 5. S/îrm/7, 903-961.— 6. Autumn, 1048-1069. — 7. Jbid,, 1070-1081. — 8. Winier, 17-40. — 9. Ibid.y 656-690.
10. C'est le sens que le mot conservait encore dans la langue de Burke lorsque le grand orateur représentait Tadministration de Pitt (1766) comme formée d'éléments hétérogènes : « patriots and courtiers, King*8 fricnds an d republicans, whigs and tories, treacherous friends and open enemies, etc. • (Cité par A. T. Thomson, p. 332.)